La méditation transcendantale

New Age / Le délire totalitaire du raja Félix

L'Hebdo, 5 janvier 2006, par Eric Felley
[Texte intégral]

Les adeptes de la Méditation transcendantale ont lancé une offensive sur la Suisse. Mais, après une campagne de presse visant les jeunes Suisses fortunés, le recrutement est à la peine.

Photo: Claude Gluntz / L'Illustré

Pour le raja Félix, il suffit que 1% de la population soit éclairé pour que le pays tout entier le devienne aussi.

Déambulant dans les couloirs feutrés du Palace à Lausanne, le raja Félix Kägi est satisfait de sa récente notoriété. Les annonces retentissantes que son mouvement d’inspiration védique a fait paraître au mois de décembre dans la presse suisse ont attiré l’attention sur sa personne, jusqu’ici totalement inconnue. Avec son médaillon de pacotille, sa couronne clinquante et sa tunique blanche finement brodée sur les manches, il rappelle l’iconographie des heures sombres de l’Ordre du temple solaire en 1995. De toute évidence, son sourire permanent se nourrit d’une autre dimension psychologique. Et, dans un anglais très alémanique, il assaisonne toutes ses réponses de world peace et de leadership.

Après avoir proposé de raser le tissu urbain de Genève pour en faire un utopique quadrillage, son mouvement a proposé juste avant Noël à 300 jeunes Suisses de se former afin de rendre le pays «invincible». Rien de moins que cela. Pour suivre le cours d’une année, il faut être dégagé de toute contingence matérielle et payer un écolage de 25 000 francs. Les participants seront formés à la «loi naturelle totale» et «ceci créera un nouveau genre d’emploi apprécié de la brillante jeunesse d’aujourd’hui».

Loi naturelle

On devrait en rire et, à la limite, avoir une once de sympathie pour ce personnage qui semble tomber de la lune, mais la réalité est plus complexe. Après une formation aux Pays-Bas, le raja Félix dirige depuis peu le mouvement de la Méditation transcendantale en Suisse et a pris ses quartiers à Lausanne. Ce chimiste, né à Saint-Gall il y a une cinquantaine d’années, fait partie d’un mouvement aux ramifications mondiales. Fondé en 1957 par Maharishi Mahesh Yogi (88 ans), le Mouvement mondial de régénération spirituelle s’est installé à Los Angeles et s’est développé dans des dizaines de pays. Et chacun se souvient d’avoir vu le gourou en compagnie des Beatles, parmi autres célébrités.

En Suisse, le mouvement est apparu dans les années 60 et s’est établi dans la commune de Seelisberg (Uri), où se trouve la Maharishi European Research University. On prétend y enseigner de tout, du management, de l’administration publique, des sciences politiques, de l’architecture védique, de l’agriculture védique, de la prédiction ou de la maîtrise en gestion des affaires. En 1992, une branche politique s’est formée sous l’appellation de Parti de la loi naturelle. Elle a été représentée dans 82 pays et a même tenté une percée au Conseil national en 1995 dans le canton de Vaud (639 suffrages pour le premier de la liste !). Mais ces velléités électorales ont été abandonnées en 2000 «pour ne plus perdre de temps, de ressources et d’énergie».

Mardi 3 janvier, au 14 de la rue du Rhône à Genève, où le mouvement a installé également ses quartiers par le biais d’une société de domiciliation, on semble loin du compte quant au recrutement. Deux secrétaires travaillant pour la société Régus vous renvoient à un simple numéro de téléphone. Raja Félix sait très bien qu’il n’attirera pas d’un coup de baguette magique les 300 jeunes Suisses à son «Programme de formation en leadership pour une Suisse invincible». Il admet que s’il avait «entre cinq et dix personnes», ce serait déjà un bon début.

Paradoxalement, le terme «invincible» semble peu adapté à un mouvement qui prône la paix. Il ne s’agit pourtant pas d’une nouvelle lecture de la maxime Si vis pacem para belllum. Non, «il ne faut pas chercher à tuer son ennemi, mais à le transformer en ami». Ainsi, le maître parle d’une invincibilité «non armée», émotionnelle, silencieuse, qui se comprend dans un ordre naturel d’harmonie. Les mots viennent tout seuls, tous à connotations positives: paix, harmonie, indépendance, méditation, bien-être intérieur, etc.

Trois cents étudiants à 25'000 francs, cela ferait tout de même 7, 5 millions. Mais peu importe, on ne cause pas d’argent entre gens de paix. Signe des temps, la Méditation transcendantale a pour objectif de créer une élite et de s’installer dans la Genève internationale. Selon le raja, des transactions sont en cours avec la Fondation de valorisation des biens de la Banque cantonale. Selon lui, il suffit que 1% de la population soit «éclairé» pour créer un climat favorable : «La société est l’expression des individus. Il n’est pas nécessaire que tous les Suisses soient influents pour que la Suisse soit influente.» Là, il a certainement raison, mais n’est-ce pas déjà le cas ? Pour lui, la démocratie helvétique reste un bon système, qui n’en demeure pas moins «réactif et pas assez anticipatif. La Suisse n’est pas un pays idéal. Ses habitants sont parmi les gens les plus stressés d’Europe.»

Idéologie de la réussite

S’il apparaît aujourd’hui sur la scène helvétique avec un effet d’annonce bien calculé, le mouvement de la Méditation transcendantale n’en est pas moins connu et observé par les spécialistes. Il est répertorié dans la liste française des sectes, mais celle-ci, critiquée de toutes parts, ne fait plus référence depuis le 1er janvier 2006.

A Genève, le Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), présidé par François Bellanger, dispose d’un dossier exhaustif sur la question. Dans un livre paru en 1995, le philosophe français Michel Lacroix a parlé de l’évolution politique des mouvements du New Age, qui, chacun à leur façon, tentent de mettre en place une sorte de «directoire mondial des affaires planétaires.» Sur ce point, le mouvement de Maharishi Mahesh Yogi se rapproche des raéliens de Claude Vorilhon ou de la scientologie de Ron Hubbard. Tous cultivent un élitisme affirmé.

L’historienne des religions du CIC, Nicole Durisch Gauthier, cite également un ouvrage de Reinhart Hummel, Les gourous, qui écrit à propos de la Méditation transcendantale: «Les techniques de l’hindouisme ont été associées par Maharishi Mahesh Yogi à la croyance occidentale à la technologie et à la possibilité de tout réaliser pour constituer une idéologie de la réussite et un programme utopique de salut.»

Ainsi donc, le mouvement, associé dans les années 60 à la culture hippie, s’est actualisé d’une manière surprenante. La sociologue Brigitte Knobel, qui travaille aussi pour le CIC, y voit une connotation très «néolibérale» qui revendique un élitisme basé sur l’argent et des promesses de réussite. La brutalité des propositions (telles que raser des villes suisses pour en faire des quadrillages) procède également de la même volonté de provoquer l’opinion. Et l’annonce cible bien les jeunes issus des milieux nantis : «Venez avec détermination et confiance et vous satisferez les grands espoirs de vos parents pour votre carrière», écrit le raja Félix.

François Bellanger espère qu’on n’ait pas là une nouvelle affaire où la crédulité et l’argent «font bon ménage». Quant au contenu des annonces, il pondère : «Chacun est libre de croire ce qu’il veut. Si ces gens veulent le présenter comme ça, c’est leur droit, dans la mesure où ils ne violent pas les lois du pays.»

Reste le soupçon d’escroquerie: «On peut y penser, fait-il remarquer, mais il faut être très prudent. Selon la loi, il faut qu’il y ait tromperie ou astuce. Dans le cas présent, la ficelle est tellement grosse que celui qui paie 25'000 francs est excessivement crédule.» Bref, une victime consentante aurait peu de chances devant un tribunal. A moins de prouver qu’elle n’a pas trouvé la paix intérieure et mondiale ?

Avec la collaboration de Karin Suini

Remarque d'Info-sectes:

L'argument de Me François Bellanger estimant qu'il s'agit de personne excessivement crédules ne tient pas compte de la pression et du stress au sein d'un mouvement sectaires utilisant la manipulation écrasante. Les juges et avocats suisses devraient suivent une formation sur le sujet comme c'est le cas en France où l'on ne donne plus la garde d'un mineur à un père ou une mère membre d'un groupe reconnu comme étant nuisible.

La MT voudrait construire une "Tour de l'invincibilité" à Paris

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-962036,0.htmlLynch,

Lynch, l'Elysée et la Tour de l'invincibilité
LE MONDE |Article paru dans l'édition du 3 octobre 2007

Le président de la République français, Nicolas Sarkozy, et le cinéaste américain David Lynch lors d'une cérémonie de remise de la Légion d'honneur à l'Elysée à Paris, le 1er octobre 2007. AP/VINCENT KESSLER

Journée aussi parisienne que stakhanoviste et politique lundi 1er octobre pour David Lynch. Son film Mulholland Drive était diffusé en "prime time" sur Arte, mais là n'était pas le plus important. Le cinéaste avait commencé son après-midi en étant reçu à l'Elysée, par Nicolas Sarkozy, qui a l'a élevé au rang d'officier dans l'ordre de la Légion d'honneur. Distinction rare pour un citoyen américain. David Lynch en a profité, non pour parler 7e art avec le président de la République, mais pour tenter de le convaincre de l'aider à mettre en oeuvre un projet qui lui tient à coeur : la construction d'une "Tour de l'invincibilité" à Paris.

Sans rire, le réalisateur, accompagné de son gourou français, Dominique Lemoine, président de l'association Gouvernement de la paix, a expliqué au chef de l'Etat qu'il suffisait de faire circuler des énergies positives pour oeuvrer pour la paix dans le monde. De créer des champs magnétiques pacifiques. Il a ainsi calculé qu'en installant un millier d'adeptes de ce type de méditation au centre de la France - "chiffre non laissé au hasard puisqu'il correspond à la racine carrée de 1 % de la population française" - cela permettrait de résoudre des problèmes aussi complexes que la criminalité, le chômage ou les aléas boursiers ... David Lynch a proposé à M. Sarkozy "l'exclusivité" de son projet.

La méthode utilisée par Gouvernement de la paix provient d'une ancienne tradition védique, "scientifi- quement prouvée", promet Dominique Lemoine. David Lynch avait déjà tenté, sans aucun succès, de convaincre Jacques Chirac, il y a trois ans, du bien-fondé de ses remèdes miracles en politique. En joignant même le geste à la parole, en s'allongeant sur la moquette pour mieux expliquer à l'ancien président où passaient les énergies positives dans le corps.

Cette fois-ci, plus confiant, David Lynch a laissé au chef de l'Etat un épais dossier sur son projet. "Le pays a changé et est prêt à des approches plus atypiques", pense Dominique Lemoine. Dans la foulée de sa visite à l'Elysée, Lynch a aussi voulu, sans avoir pris rendez-vous, aller serrer la main du maire de Paris. En plein Conseil de Paris, Bertrand Delanoë n'a pas reçu le cinéaste adepte de la méditation transcendantale qui arborait pourtant fièrement sa nouvelle décoration sur son veston. Au pied levé, Christophe Girard, adjoint au maire chargé de la culture, lui a fait visiter les lieux, l'a fait poser pour des photos dans les salons et n'a pas résisté à lui montrer comment fonctionnent les Vélib'. Mais le cinéaste est reparti penaud, sans avoir pu expliquer directement au maire qu'il cherchait pour sa Tour de l'invincibilité un immeuble parisien, entouré d'un jardin, pour installer ses élèves chargés de méditer pour améliorer, à terme, le sort des Français.

Nicole Vulser


Commentaire de Roger Gonnet (webmastes d'antisectes.net :

Jacques Chancel était méditant me semble-t-il à l'époque où il a fait venir l'arnaqueur aux clones et aux petits hommes verts dans son émission.