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intégral]
Les adeptes de la Méditation transcendantale ont lancé une
offensive sur la Suisse. Mais, après une campagne de presse visant les jeunes
Suisses fortunés, le recrutement est à la peine.
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Photo: Claude
Gluntz / L'Illustré
Pour le raja Félix, il suffit que 1% de la population
soit éclairé pour que le pays tout entier le devienne aussi.
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Déambulant dans les couloirs feutrés du Palace à Lausanne, le
raja Félix Kägi est satisfait de sa récente notoriété. Les annonces
retentissantes que son mouvement d’inspiration védique a fait paraître au mois
de décembre dans la presse suisse ont attiré l’attention sur sa personne,
jusqu’ici totalement inconnue. Avec son médaillon de pacotille, sa couronne
clinquante et sa tunique blanche finement brodée sur les manches, il rappelle
l’iconographie des heures sombres de l’Ordre du temple solaire en 1995. De toute
évidence, son sourire permanent se nourrit d’une autre dimension psychologique.
Et, dans un anglais très alémanique, il assaisonne toutes ses réponses de world
peace et de leadership.
Après avoir proposé de raser le tissu urbain de Genève pour en
faire un utopique quadrillage, son mouvement a proposé juste avant Noël à 300
jeunes Suisses de se former afin de rendre le pays «invincible». Rien de moins
que cela. Pour suivre le cours d’une année, il faut être dégagé de toute
contingence matérielle et payer un écolage de 25 000 francs. Les participants
seront formés à la «loi naturelle totale» et «ceci créera un nouveau genre
d’emploi apprécié de la brillante jeunesse d’aujourd’hui».
Loi naturelle
On devrait en rire et, à la limite, avoir
une once de sympathie pour ce personnage qui semble tomber de la lune, mais la
réalité est plus complexe. Après une formation aux Pays-Bas, le raja Félix
dirige depuis peu le mouvement de la Méditation transcendantale en Suisse et a
pris ses quartiers à Lausanne. Ce chimiste, né à Saint-Gall il y a une
cinquantaine d’années, fait partie d’un mouvement aux ramifications mondiales.
Fondé en 1957 par Maharishi Mahesh Yogi (88 ans), le Mouvement mondial de
régénération spirituelle s’est installé à Los Angeles et s’est développé dans
des dizaines de pays. Et chacun se souvient d’avoir vu le gourou en compagnie
des Beatles, parmi autres célébrités.
En Suisse, le mouvement est apparu dans les années 60 et s’est
établi dans la commune de Seelisberg (Uri), où se trouve la Maharishi European
Research University. On prétend y enseigner de tout, du management, de
l’administration publique, des sciences politiques, de l’architecture védique,
de l’agriculture védique, de la prédiction ou de la maîtrise en gestion des
affaires. En 1992, une branche politique s’est formée sous l’appellation de
Parti de la loi naturelle. Elle a été représentée dans 82 pays et a même tenté
une percée au Conseil national en 1995 dans le canton de Vaud (639 suffrages
pour le premier de la liste !). Mais ces velléités électorales ont été
abandonnées en 2000 «pour ne plus perdre de temps, de ressources et
d’énergie».
Mardi 3 janvier, au 14 de la rue du Rhône à Genève, où le
mouvement a installé également ses quartiers par le biais d’une société de
domiciliation, on semble loin du compte quant au recrutement. Deux secrétaires
travaillant pour la société Régus vous renvoient à un simple numéro de
téléphone. Raja Félix sait très bien qu’il n’attirera pas d’un coup de baguette
magique les 300 jeunes Suisses à son «Programme de formation en leadership pour
une Suisse invincible». Il admet que s’il avait «entre cinq et dix personnes»,
ce serait déjà un bon début.
Paradoxalement, le terme «invincible» semble peu adapté à un
mouvement qui prône la paix. Il ne s’agit pourtant pas d’une nouvelle lecture de
la maxime Si vis pacem para belllum. Non, «il ne faut pas chercher à tuer son
ennemi, mais à le transformer en ami». Ainsi, le maître parle d’une
invincibilité «non armée», émotionnelle, silencieuse, qui se comprend dans un
ordre naturel d’harmonie. Les mots viennent tout seuls, tous à connotations
positives: paix, harmonie, indépendance, méditation, bien-être intérieur,
etc.
Trois cents étudiants à 25'000 francs, cela ferait tout de même
7, 5 millions. Mais peu importe, on ne cause pas d’argent entre gens de paix.
Signe des temps, la Méditation transcendantale a pour objectif de créer une
élite et de s’installer dans la Genève internationale. Selon le raja, des
transactions sont en cours avec la Fondation de valorisation des biens de la
Banque cantonale. Selon lui, il suffit que 1% de la population soit «éclairé»
pour créer un climat favorable : «La société est l’expression des individus. Il
n’est pas nécessaire que tous les Suisses soient influents pour que la Suisse
soit influente.» Là, il a certainement raison, mais n’est-ce pas déjà le cas
?
Pour lui, la démocratie helvétique reste un bon système, qui n’en demeure pas
moins «réactif et pas assez anticipatif. La Suisse n’est pas un pays idéal. Ses
habitants sont parmi les gens les plus stressés d’Europe.»
Idéologie de la réussite
S’il apparaît aujourd’hui sur
la scène helvétique avec un effet d’annonce bien calculé, le mouvement de la
Méditation transcendantale n’en est pas moins connu et observé par les
spécialistes. Il est répertorié dans la liste française des sectes, mais
celle-ci, critiquée de toutes parts, ne fait plus référence depuis le 1er
janvier 2006.
A Genève, le Centre intercantonal d’information sur les
croyances (CIC), présidé par François Bellanger, dispose d’un dossier exhaustif
sur la question. Dans un livre paru en 1995, le philosophe français Michel
Lacroix a parlé de l’évolution politique des mouvements du New Age, qui, chacun
à leur façon, tentent de mettre en place une sorte de «directoire mondial des
affaires planétaires.» Sur ce point, le mouvement de Maharishi Mahesh Yogi se
rapproche des raéliens de Claude Vorilhon ou de la scientologie de Ron Hubbard.
Tous cultivent un élitisme affirmé.
L’historienne des religions du CIC, Nicole Durisch Gauthier,
cite également un ouvrage de Reinhart Hummel, Les gourous, qui écrit à propos de
la Méditation transcendantale: «Les techniques de l’hindouisme ont été associées
par Maharishi Mahesh Yogi à la croyance occidentale à la technologie et à la
possibilité de tout réaliser pour constituer une idéologie de la réussite et un
programme utopique de salut.»
Ainsi donc, le mouvement, associé dans les années 60 à la
culture hippie, s’est actualisé d’une manière surprenante. La sociologue
Brigitte Knobel, qui travaille aussi pour le CIC, y voit une connotation très
«néolibérale» qui revendique un élitisme basé sur l’argent et des promesses de
réussite. La brutalité des propositions (telles que raser des villes suisses
pour en faire des quadrillages) procède également de la même volonté de
provoquer l’opinion. Et l’annonce cible bien les jeunes issus des milieux
nantis : «Venez avec détermination et confiance et vous satisferez les grands
espoirs de vos parents pour votre carrière», écrit le raja Félix.
François Bellanger espère qu’on n’ait pas là une nouvelle
affaire où la crédulité et l’argent «font bon ménage». Quant au contenu des
annonces, il pondère : «Chacun est libre de croire ce qu’il veut. Si ces gens
veulent le présenter comme ça, c’est leur droit, dans la mesure où ils ne
violent pas les lois du pays.»
Reste le soupçon d’escroquerie: «On peut y
penser, fait-il remarquer, mais il faut être très prudent. Selon la loi, il faut
qu’il y ait tromperie ou astuce. Dans le cas présent, la ficelle est tellement
grosse que celui qui paie 25'000 francs est excessivement crédule.» Bref, une
victime consentante aurait peu de chances devant un tribunal. A moins de prouver
qu’elle n’a pas trouvé la paix intérieure et mondiale ?
Avec la collaboration de Karin Suini
Remarque d'Info-sectes:
L'argument de
Me François Bellanger estimant qu'il s'agit de personne
excessivement
crédules
ne tient pas compte de la pression et du stress au sein
d'un mouvement sectaires utilisant la
manipulation écrasante. Les juges et avocats suisses devraient suivent une formation sur le sujet
comme c'est le cas en France où l'on ne donne plus la
garde d'un mineur à un père ou une mère membre d'un
groupe reconnu comme étant nuisible.