| La pieuvre scientologue
L'Express du 12/04/2001 Un logiciel scientologue Place
Beauvau par Jérôme Dupuis
L'antivirus informatique Panda, acheté par le ministère de l'Intérieur, est
fabriqué par une société appartenant à un généreux membre de la secte
Le ministère de l'Intérieur a-t-il financé, à son insu, l'Eglise de
scientologie ? La question agite les couloirs feutrés de la Place Beauvau depuis
quelques jours: une enquête interne a en effet révélé que le ministère avait
souscrit un contrat avec une société informatique dirigée par un célèbre
scientologue. Selon nos informations, la Direction des transmissions et de
l'informatique (DTI) a signé, en 2000, un contrat avec Panda Software pour une
utilisation illimitée d'un logiciel antivirus baptisé «Global Assurance
Antivirus 24 h/24-365 jours/an». Montant du bon de commande: 200'000 francs.
Selon le ministère de l'Intérieur, 12% de son parc informatique, qui alimente
aussi bien l'administration centrale que les commissariats ou les préfectures,
utiliserait le logiciel Panda. «Nous n'avons aucune possibilité légale d'évincer
d'un marché une entreprise dirigée par un scientologue», explique-t-on chez
Daniel Vaillant.
L'annuaire de Wise, l'institut mondial des entreprises scientologues, dans
lequel figure Panda Software, qui a signé un contrat avec le ministère de
l'Intérieur.
Fondé en 1990 à Bilbao, Panda Software est aujourd'hui le quatrième éditeur
au monde de logiciels antivirus, ces produits qui évitent aux ordinateurs d'être
envahis par des parasites du type ILOVEYOU. Le nom du fondateur de cette
multinationale implantée dans 50 pays, Mikel Urizarbarrena, apparaît dans le n°
66 d'Impact, le magazine sur papier glacé de la secte, pour avoir fait un don de
40'000 dollars (soit 240'000 francs), en 1996, à l'Association internationale
des scientologues. Un petit cadeau, réitéré régulièrement depuis, qui lui a valu
le titre honorifique de «patron». Un responsable de la succursale française de
Panda est lui aussi un adepte de la «religion» fondée par Ron
Hubbard.
Conseils généraux et importantes sociétés
Plusieurs conseils généraux - dont ceux de la Gironde, du Gard ou de
l'Indre-et-Loire - et d'importantes sociétés - Naf Naf, Carrefour, JC Decaux...
- ont également signé avec la firme espagnole. Panda se prévaut même, dans un
document, de contrats avec des «agences de renseignement»... La société de Mikel
Urizarbarrena n'est pourtant pas tout à fait un groupe comme les autres. Elle
verse en effet un pourcentage de ses bénéfices au World Institute of Scientology
Enterprises (Wise), une organisation basée aux Etats-Unis qui regroupe près de 2'500 sociétés dirigées ou contrôlées par des scientologues (voir le fac-similé).
La France en compte une petite quarantaine. Une partie du montant du contrat
signé avec le ministère de l'Intérieur français - on parle de 6 à 9% - a donc
logiquement dû approvisionner les caisses de Wise. Officiellement, cette «dîme»
rémunère l'utilisation de la «technologie Ron Hubbard» par les entreprises
affiliées à l'organisation.
Mais, au-delà du financement de la secte, le contrat signé avec le ministère
de l'Intérieur suscite des interrogations plus... techniques. Est-on bien
certain que les mises à jour régulières du logiciel par Panda ne permettent pas
de pénétrer dans les bases de données ultraconfidentielles du ministère ? «Notre
réseau est sécurisé et ne permet aucune intrusion extérieure», assure-t-on Place
Beauvau. Il y a dix ans déjà, une polémique était née de la signature d'un
contrat entre une entreprise informatique proche de la Scientologie et le groupe
d'intervention de choc du ministère, le Raid.
Fin 2000, le ministère de l'Intérieur allemand a, lui aussi, dû affronter un
problème similaire: Berlin s'était aperçu que le logiciel Diskeeper, présent
dans le programme Windows 2000 de Microsoft, était fabriqué par une société
informatique dirigée par un scientologue notoire.
Très à cheval sur la lutte
contre les sectes, le gouvernement de Berlin a demandé à Microsoft d'inclure un
«déprogrammateur» du logiciel «suspect» sur Windows 2000. La firme de Bill Gates
a cédé à l'amicale pression du ministère de l'Intérieur allemand ...
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