SHRI RAM CHANDRA MISSION

 Ces pères divorcés, impuissants devant les sectes ...

Le Nouvel Obs, n°1861, semaine du 6 juillet 2000, par Hubert Prolongeau
[Texte intégral]

DEUX EXEMPLES AUTOUR DU GROUPE SRI RAM CHANDRA  MISSION

Les parents sont divorcés et la mère, membre d'une secte, a la garde des enfants. Face à ce cas de figure assez fréquent, la justice hésite entre la nécessité de protéger l'enfant et celle de sauvegarder la liberté de croyance

"Au début, cela ne m'a pas inquiété. Ils venaient méditer à la maison en groupe. Les enfants n'étaient pas touchés. J'ai même essayé, mais ce n'était pas mon truc. Je les traitais avec une certaine ironie." Michel Gilbert partage alors depuis dix ans l'existence de Françoise, dentiste, avec qui il a eu deux enfants, de 5 ans et 2 ans et demi.

Le couple connaît des difficultés financières : il n'a plus de travail et décide de devenir père au foyer. De plus en plus, sa compagne se livre à la méditation et fréquente un groupe appelé Shri Ram Chandra Mission, dont le siège est à Madras, en Inde.

Ses membres s'adonnent à la méditation sahaj marg, inspiré du rajah yoga, suivant l'enseignement d'un maître nommé Shri Ram Chadraji Maharaj, dit Babuji.

Ce dernier demande une dévotion absolue à ses adeptes et veut « éduquer les masses et propager parmi elles l'art et la science du yoga». Pendant sept mois, Michel voit grandir cette influence. En décembre 1998, le rapport Vivien classe Shri Ram Chandra parmi les sectes. 2 000 personnes en seraient membres. Le père s'inquiète. En janvier 1999, le groupe lui fait sentir qu'il est indésirable. Fin février, Françoise parle de séparation, fait chambre à part. Il se rend compte qu'elle prépare un voyage en Inde pour l'anniversaire du maître, puis qu'elle a une liaison avec un autre adepte. Le 29 juin, Michel est hospitalisé pour un ulcère. Elle emmène les enfants en Espagne. Le 15 août, Michel Gilbert attaque la secte pour enlèvement d'enfants. Le 21 décembre, une ordonnance confie pourtant la garde exclusive des enfants à la mère. Depuis, il a pu obtenir de les voir dans un point-rencontre. Il n'a aucune information sur leur adresse, leur école. «Quand je les vois, mon fils est comme éteint. J'ai essayé d'entrer en contact avec la secte en Inde : je n'ai eu aucun écho.»

Vidéo : Le Témoignage de Michel Gilbert à l'émission "CIEL MON MARDI" de Dechavanne (TF1 2001)

L'histoire de Bernard P. est presque identique. Après son divorce, il note chez ses deux garçons de 8 et 9 ans un comportement étrange, une volonté de dissimulation qu'ils n'avaient pas avant. Ils lui avouent alors que leur mère fréquente Shri Ram Chandra, racontent qu'un portrait du gourou trône à la maison. Le père se renseigne, inquiet. Les enfants lui annoncent plus tard qu'ils doivent participer à un séminaire du groupe au château d'Augerans, près de Dole, en août 1999. Bernard P. saisit alors le juge aux affaires familiales pour obtenir la garde de ses enfants ou, du moins, interdire à la mère qu'ils soient emmenés dans la secte. Le juge accordera l'interdiction de sortie du territoire, mais estimera qu'il n'y a pas urgence à modifier le droit de garde.

«L'arsenal juridique est suffisant, affirme Philippe Lefant, avocat au barreau de Chambéry, spécialisé dans ce type d'affaires, si l'enfant est en danger, c'est-à-dire en contact permanent avec la secte. Il est possible de demander la déchéance d'autorité parentale du conjoint fautif devant le tribunal de grande instance. Sinon, on peut demander que l'enfant dont l'adepte a la garde ne soit pas mêlé à ses affaires religieuses. On peut aussi obtenir la saisine du juge aux affaires familiales pour réorienter son éducation. Mais c'est une décision peu satisfaisante car extrêmement difficile à contrôler : on ne peut guère le faire que par huissier, et cela n'a de valeur que si la personne visée n'est pas prévenue. Sinon, il est facile de tout dissimuler. Presque systématiquement, je demande l'interdiction de sortie du territoire pour les enfants quand la secte a un siège social à l'étranger. Et je l'obtiens régulièrement.»

Le problème réside plus dans l'attitude des juges. «Les actions de ce type se heurtent au principe fondamental de la liberté de croyance, poursuit Philippe Lefant. Il me faut souvent faire preuve d'une modération que mes clients ne comprennent pas, pour ne mettre en avant que le bien de l'enfant et non l'aspect idéologique du problème.» «La justice ne peut intervenir que si la santé, la sécurité, la moralité ou les conditions d'éducation de l'enfant sont compromises», rappelle le président du tribunal pour enfants de Versailles.

Ce qui laisse place à bien des incohérences. Ainsi, en 1993, un père divorcé avait obtenu le retrait de la garde de ses enfants à la mère parce qu'elle fréquentait les Témoins de Jéhovah. «La pratique d'une secte particulièrement prégnante ne peut qu'avoir un retentissement sur le comportement d'enfants jeunes et contrarier leur libre arbitre», avait estimé le tribunal.

En revanche, la même année, Aimé Lafarge, dans la même situation, était débouté par le tribunal de Narbonne au motif que cela «reviendrait à permettre que des particuliers agissant isolément qualifient de secte tout groupe minoritaire au sein d'une religion ou d'une philosophie. Cela conduirait au totalitarisme en menaçant la liberté de conscience d'une minorité».

Qu'est-ce la Sri Ram Chandra Mission

LE JUGE ET LE GOUROU

Le juge fédéral Roland Schneider était membre de la Sri Ram Chandra Mission (SRCM) !

Source : La Dépêche du Jura du 5 novembre 1996

Le centre européen de la secte hindouiste Shri Ram Chandra, présidée par un gourou indien, est installé depuis quelques années au château d'Augerans. Le bâtiment, qui servait auparavant de colonie de vacances pour les enfants des employés Peugeot, avait été racheté deux millions de francs par l'association qui compte environ 2'000 membres en France et près de 50'000 dans le monde.

La Mission compte près de 300 membres en Suisse où elle a acquis récemment un ashram de cinq étages dans un immeuble du centre de Lausanne.

L'affaire a fait grand bruit en Suisse Romande, encore traumatisée par les tragiques événements de l'OTS. C'est ainsi que le quotidïen "24 heures", sous la plume du journaliste Olivier Grivat, a révélé qu'un juge fédéral était adhérent de la secte.

Le juge fédéral Roland Schneider, élu au Tribunal fédéral en 1987, a annoncé dernièrement qu'il rompait ses liens avec l'association spirituelle. Le juge siégeait par ailleurs au conseil d'administration de Shri Ram Chandra France

L'annonce de sa démission a été accueillie avec soulagement chez nos amis helvètes.

"On ne voit pas comment l'indépendance d'esprit d'un juge ainsi lié à la voix de son maître pouvait être sauvegardée ( ... ) Telle la femme de César, un juge fédéral doit être au dessus de tout soupçon. Il ne pourrait pas davantage tenir la crosse d'un évêque catholique ou siéger au conseil d'administration d'une banque suisse.

"Curieusement ou peut-être aveuglé par l'enseignement du gourou, le juge Schneider n'avait pas vu qu'il était assis sur une bombe à retardement" écrit notre confrère dans l'édition du 31 octobre du quotidien "24 heures". (Voir article ci-dessous)

Sri Ram Chandra

Un juge fédéral démissionne d'une secte indoue

Source : "24 heures" du 3 octobre 1996 par Olivier Grivat
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Le juge fédéral Roland Schneider a annoncé hier, dans les colonnes de la NZZ, qu'il rompait ses liens avec l'association spirituelle Shri Ram Chandra Mission, présidée par un Maître Indien. Il répondait ainsi à la question posée mardi par "24 heures" qui s'interrogeait sur la nature de ses liens avec le gourou Rajagolopalachari.

La démission du juge Scheider élu au tribunal fédéral en 1987 dans les rangs de l'UDC, intervient à quelques semaines de la prochaine réelection des juges de Mon-Repos par l'Assemblée fédérale. Comme le précise la NZZ : "Roalnd Schneider épargne ainsi à lu-même et à ses collègues un pénible débat et rend service aux plus hautes instances judiciaires.

Fondé en Inde en 1945, l'association religieuse de tendance hindouiste a été présidée par trois gourous successifs. L'actuel est un tamoul qui voyage beaucoup de par le monde et sous le règne duquel ses disciples ont acquis de nombreuses résidences avec un siège européen installé dans un château près de Dôle (Doubs), un autre siège dans un chateau au Danemark et, plus récemment, un ashram de cinq étages installé dans un immeuble à la ruelle de Bourg, au centre de Lausanne, pour un million de francs.

Le contrat d'achat a été signé cet été par le gourou indien qui préside aussi aux destinées de la branche Suisse, et son vice-président helvétique, le juge Roland Schneider, d'origine thurgovienne et glaronaise. La mission suisse était même domiciliée jusques là aux Cullayes, sur les hauts de Lausanne, où réside le magistrat alémanique. L'association compte environ 300 membres en Suisse, 2'000 en France et près de 50'000 sur les cinq continents.

En privilégiant ses responsabilités professionnelles au détriment de ses activités spirituelles, le magistrat a fait un choix qui s'imposait. Du moins, vu de l'extérieur, à la lumière des tragiques évènements de l'OTS, avec laquelle la Shri Ram Chandra Mission n'a du reste aucun lien. Mais l'extension des sectes allait bien un jour rattraper les juges de Mon-Repos.

On ne voit pas comment l'indépendance d'esprit d'un juge ainsi lié à la voix de son maître pouvait être sauvegardée. Rien à voir avec une sorcière ou une interdiction professionnelle, mais pour une pure question de crédibilité.

Curieusement ou peut être aveuglé par l'enseignement du gourou, le juge Schneider n'vait pas vu qu'il était assis sur une bombe à retardement.

La secte Shri Ram Chandra Mission déménage de son château

AFP, 23 novembre 2001
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DOLE - L'association Shri Ram Chandra Mission, classée comme secte par la commission d'enquête parlementaire, a mis en vente le château d'Augerans près de Dole (Jura), dont elle avait fait son siège européen, a-t-on appris vendredi auprès du promoteur immobilier chargé de l'annonce.

Originaire d'Inde, cette communauté basée sur la méditation regroupe plus de 2'000 adeptes en France, selon le rapport parlementaire. Elle avait acheté en septembre 1988, dans ce petit village de 150 habitants, le château alors utilisé pour les colonies de vacances de l'usine Peugeot.

Depuis, de nombreuses réunions, rassemblant parfois jusqu'à 1'500 personnes, y étaient organisées par la secte.

Datant de la fin du XIXe siècle, cette propriété de 950 m2 habitables, munies de dépendances annexes de 800 m2 et bordée d'un parc de 11 hectares et d'un étang de 2 ha, est proposée au prix de 620'468 euros (4'070'000 FF).

Plusieurs clients, français et étrangers, souhaitant notamment aménager le château en établissement privé de type clinique, sont déjà sur les rangs, selon le promoteur, lequel précise que les lieux sont demeurés en bon état.

Le château d'Augerans acquis en 1988
par la Shri Ram Chandra Mission vient d'être vendu.

Source : Le Progrès, 26 mars 2003

Le château d'Augerans acquis par la Shri Ram Chandra Mission en 1988, vient d'être vendu. Son nouvel acquéreur se propose de le transformer en appartements.

La Shri Ram Chandra Mission, dont le siège est à Madras en Inde, en avait fait son quartier général européen pour y organiser des séminaires. Le dernier se déroulera prochainement,  du 27 avril au 1er mai.

Classée comme secte dans le rapport parlementaire de 1996, la Shri Ram Chandra Mission revendique 1'100 pratiquants en France ou se trouvent des ashrams. Ce qui est également le cas au Danemark, en Suisse et au Royaume-Unie et le sera bientôt en Australie, où un ashram  ouvrira ses portes en 2004.

J.CL.B