- Le
satanisme capte une jeunesse rebelle
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- Par
Claude Baran
- 18 mars 2006 (Rubrique Figaro
Magazine)
- [Texte
intégral]
Phénomène de mode et
problème de société, des milliers de jeunes se laissent séduire par des doctrines extrémistes. L'Eglise catholique tente de réagir en formant des
prêtres exorcistes.
- «Le satanisme fait de
plus en plus d'émules chez les jeunes ! Profanations, meurtres et actes
déviants se multiplient depuis dix ans... Il faut savoir qu'une quinzaine
d'enfants se sont suicidés dans la Région Nord-Pas-de-Calais, ces derniers
mois. Et tous se revendiquaient satanistes !»
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- Jacques Cordonnier
s'inquiète de ces «dérives religieuses». Ce spécialiste des mouvements
sectaires, historien des religions, estime que les enfants sont à peine âgés
d'une dizaine d'années lorsqu'ils se laissent séduire par cette doctrine. Et à
peine des adolescents lorsque, pour certains d'entre eux, ils expriment ouvertement leur adhésion au satanisme par des actes violents ou criminels. Cet
universitaire rappelle que, chaque année en France, pas moins de cinq cents faits
divers sont attribués au satanisme.
- Un exemple, un seul.
En 2005, deux gamines de 14 ans se jettent du dix-septième étage d'une tour
d'Ivry-sur-Seine. Un suicide soigneusement mis en scène par les jeunes filles :
elles ont convié leurs camarades de classe à assister à leur défenestration
...
On sait aujourd'hui qu'elles étaient adoratrices de Satan. Quelques jours avant
de passer à l'acte, Julie écrivait dans son journal intime sur internet (un
blog) : «Il y a une blessure qui saigne toujours
...» Des mots
accompagnés d'une série de photos sadomasochistes de jeune fille enchaînée et
muselée : la négation de la vie, l'apologie du mal.
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- Le Dictionnaire
des religions définit le satanisme en ces termes : «Culte de Satan et
des esprits du mal qui s'accompagne d'une perversion des rites religieux
(messes noires, sorcellerie, sabbat, blasphèmes, immoralisme, profanation et
diverses pratiques pseudo-religieuses).» Sur internet, il suffit
d'effectuer une rapide recherche, avec «Satan» comme mot clé, pour accéder à
une quarantaine de sites officiellement répertoriés (en réalité, ce sont des
milliers de groupes informels qui sévissent sur la toile), et à des centaines
de blogs rédigés par des ados convaincus. Antoine, par exemple, qui a 15 ans : «Moi,
j'adore Satan... J'adoooorerai toujours Satan, un point c'est tout.» Ou cet
autre garçon du même âge qui apostrophe l'internaute : «La vérité, c'est que
vous avez peur de nous. Vous ignorez de quoi nous sommes capables. Eh bien,
tremblez ! Le pire est à venir. LA PARTIE COMMENCE !!»
Des écrits sublimant
la mort
- Psychologue
clinicien, Christophe Allanic explique cette attirance par le désir de
l'adolescent de se séparer de ses parents. «A l'image de Satan se révoltant
contre Dieu, les jeunes marquent leur opposition à l'autorité parentale dans le
souci de s'individualiser, de se dégager de la problématique oedipienne
réactualisée à l'adolescence ...»
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- Le diable est l'ange
rebelle, le seul à défier le pouvoir de Dieu. Dans l'esprit adolescent, il
incarne le séducteur, l'accusateur, le rebelle, le calomniateur. Un idéal pour
le jeune adulte qui lui permet d'accéder, selon Christophe Allanic, «à
l'autonomie, la toute-puissance hors des lois (divines), l'absence de limites
et de peur, la liberté absolue, une libido exarcerbée, etc.»
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- Une adhésion qui
s'accompagne parfois d'une transformation radicale de l'apparence : l'enfant
adopte un nouveau look et une attitude plus arrogante.
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- «Le noir est seule
couleur de référence ... L'attrait soudain pour les formes les plus dures du rock metal, les
films d'épouvante, le vampirisme, une fascination pour les emblèmes païens, les
tenues militaires, les croix celtiques, la présence répétée de scarifications
et le refuge dans des écrits sublimant la mort sont autant de signaux
d'alerte», informe Daniel Groscolas, président du Centre contre les
manipulations mentales. En revanche, tous s'accordent pour dire qu'il ne faut
pas confondre satanisme et gothisme. Ces adolescents, qui expriment leur mal de
vivre à travers une panoplie folklorique et des idées romantico-morbides, ne
sont pas des adorateurs de Satan. Pourtant, le mouvement gothique est «l'une
des portes d'entrée privilégiées» des satanistes, car il «représente la
frange extrême et la plus subversive», selon le rapport annuel 2004 de la
Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les
dérives sectaires). «Ce sont des micro-groupes hybrides aux attaches
multiples et aux obédiences mal affirmées.» Une nébuleuse qui regroupe
aujourd'hui plusieurs milliers d'admirateurs. Des gamins, issus généralement de
milieux favorisés, qui troquent leurs vieux Tintin pour la Bible
satanique comme livre de chevet.
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- Anton LaVey, le «pape noir», mort
en 1997, est l'auteur de cet ouvrage fondateur du satanisme contemporain. Après
un succès international - 600'000 exemplaires vendus dans le monde - The
Satanic Bible vient d'être traduite en français. 319 pages blasphématoires
où l'on peut lire ce genre de propos : «Exercez la loi du plus fort et la
Terre tout entière sera vôtre, possédée et maîtrisée ...» ou encore : «Soyez
la terreur de votre adversaire, rendez coup pour coup, dédain pour dédain (...)
toujours quatre fois plus, cent fois plus.»
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- Des propos relayés
par le black metal, une variante extrémiste du rock traditionnel. Emergeant à
la fin des années 80, ce genre musical aux paroles hurlées et sans accords use
de mises en scène macabres et ultra-réalistes. Des «tableaux» à peine
voilés par les interprètes : mutilations, masturbations, viols sur la Croix
...
Les noms des groupes sont sans équivoque : God Dethroned, Dark Funeral,
Cephalic Carnage, Napalm Death ... Quant aux paroles, cet extrait suffit : «Mort
à tous les anges, qu'ils tombent du ciel ! Mort et destruction, le meurtre
satanique s'enflamme ce soir ! Que Dieu saint meure !»
- A la suite d'une
thèse de doctorat présentée devant l'université grégorienne de Rome, l'abbé
Benoît Domergue, prêtre du diocèse de Bordeaux, s'est investi dans l'étude
approfondie des déviances de la culture rock. Des recherches qui le poussent à
fréquenter jusqu'aux salles de concert. «Le black metal revendique
clairement sa filiation avec le diable. Le meilleur promoteur du satanisme est
Marilyn Manson qui rassemble 5 millions de fans à travers le monde quand 300
sites internet lui sont consacrés !»
Marilyn Manson : une
fortune colossale, une gigantesque entreprise qui produit des millions de
disques. Son message est clair, comme cette pochette d'album qui montre un
crucifié à la mâchoire brisée ... «Et si nous ne sommes pas convaincus, ajoute
le père Domergue, il faut également notifier le poster géant exhibé sur la
scène de ses concerts - plus de cent mètres carrés - d'un enfant crucifié et
dépecé, littéralement écorché et pendant sur une croix non moins géante.»

- Prêtre bordelais, docteur en démonologie,
- Benoît Domergue s'inquiète des
horreurs satanistes qui sont en vente libre.
- Photo
Rodolphe Escher / Figaro Magazine.
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- Dans l'espoir
d'enrayer le mal et de protéger la jeunesse des dangers de l'occultisme et du
satanisme, l'Eglise catholique se mobilise. Début février, une centaine de
prêtres exorcistes se sont réunis à Lyon pour plancher sur le sujet.
L'exorciste est un prêtre missionné par l'évêque de son diocèse pour «accueillir,
écouter, conseiller, prier, guérir en adressant des prières à Dieu et des
adjurations au diable». Des hommes de foi qui interviennent à la demande
des intéressés : «Souvent, ce sont des parents désorientés qui s'adressent
au prêtre. Ils viennent chercher des solutions pour sortir leur enfant du
satanisme. Mais il y aussi beaucoup de jeunes que je rencontre dans les lycées
et collèges. Ils viennent se confier à moi sur leurs pratiques occultes.
J'essaie de leur ouvrir les yeux.»
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- Dans son dernier
ouvrage Culture jeune et Esotérisme (Ed. Bénédictines, 2005), Benoît
Domergue témoigne du caractère antéchristique de la culture actuelle. Il met en
garde contre les milliers de jeux et de livres qui envahissent les rayons pour
enfants et qui font des rituels sataniques leur fonds de commerce.
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- «Certaines bandes
dessinées et jeux vidéo à la mode sont clairement toxiques. Mais que faire
contre un marché aussi prolifique, qui compte vingt millions de consoles de
jeux laissées, souvent, aux mains des enfants et où le joueur devient lui-même
acteur. Dans un jeu interactif comme Manhunt, c'est le gamer qui massacre des
centaines d'ennemis avec les mains, étouffe ses adversaires avec des sacs
plastique, égorge avec des tessons de bouteilles ...»
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- Aux parents de se
montrer très vigilants. Sur son site internet, la Miviludes donne des conseils
pour déceler et lutter contre le comportement déviant d'un enfant.
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- «Il ne s'agit ici ni
de faire peur ni de diaboliser, comme l'affirme Jacky Cordonnier, encore
moins de réduire les dangers. Il s'agit seulement de prendre conscience ...»
Et de faire la
lumière sur ce monde de l'obscur.
Site internet de la
Miviludes : www.miviludes.gouv.fr
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