Prêtres pédophiles

L'Eglise catholique suisse en pleine polémique pour
des affaires de prêtres pédophiles

RAPPEL DES FAITS

Le père J. A., un capucin envoyé en France en 1989 après le viol répété d'un enfant à Fribourg à la fin des années 1970, a été retrouvé début janvier à Delémont (JU). Depuis, il a avoué avoir récidivé à plusieurs reprises en Romandie et en France. Au courant de ses agissements depuis 1989 au moins, l'Evêché de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel a étouffé l'affaire et ne l'a jamais livré à la justice. Ces dernières semaines, l'Evêché s'est empêtré dans ses justifications, au point d'être taxé de mensonge par la presse.

Parole d'évangiles ...

En Suisse les autorités de l'Eglise catholique ont annoncé à la télévision romande (dimanche 20 janvier 2008) vouloir juger elle-même les prêtres pédophiles qui lui seront signalés par les victimes et un abbé s'est présenté comme étant la personne de l'Eglise catholique capable d'évaluer la crédibilité des affaires dénoncées !

Les pédophiles doivent être dénoncés de suite à la justice et ce n'est pas à vous de faire une enquête et de vous substituer à la justice. Nos lois ne vous y autorisent aucunement et il n'est pas question de vous donner la possibilité de noyer le poisson. L'Eglise catholique se doit de ne pas agir comme les sectes victimaires.

Centre info-sectes 21 janvier 2008

Un abbé embarassé ...

Après avoir affirmé dans son intervention télévisée (TSR le 20 janvier 2008) qu'il n'y a aucune prescription en matière de pédophilie dans son eglise, l'abbé Nicolas Betticher en charge des affaires de pédophilie a admis à la une semaoine plus tard (TSR le 26 janvier 2008) qu'une fin de non recevoir a bien été adressée à une victime d'un prêtre pédophile pour motif de prescription !

Cette nouvelle victime a témoigné de son calvaire vécu à l'âge de 8 ans (TSR le 26 janvier 2008).

Au lieu de retirer ses propos M. Betticher a préféré manipuler les télespectateurs en prétendant qu'il parlait uniquement sur la base des évangiles lorsqu'il affirmait qu'il n'y avait pas prescription !

Cette explication n'est pas acceptable- L'Eglise n'a pas à juger elle-mêmes de tels abus et elle doit rendre maintenant des comptes devant la justice.

De plus cet abbé visiblement semble peu capable de gérer de tels drames. Pour preuve le fait que la victime est venue exprimer sa colère à la télévision au monde entier !

Nous lui proposons de changer de métier ou du moins de responsabilité au sein de son Eglise.

A moins d'un miracle.

Bien entendu.

Centre Info-sectes, 27 janvier 2008
 

Deux nouveaux témoignages contre des prêtres pédophiles (Le Matin - 26 janvier 2008)

Prêtres pédophiles (L'Hebdo - 17 janvier 2008)

Prêtre pédophile: Betticher admet la responsabilité de l'Eglise (romandie.com - 20 janvier 2008)

Prêtre pédophile: l'Eglise suisse admet une "complicité" (www.la-croix.com - 20 janvier 2008)

Nicolas Betticher: «Le mot «complicité» me fait mal, mais c'est vrai» (Le Matin Dimanche - 19 janvier 2008)

L'Eglise et sa responsabilité- Editorial d'Ariane Dayer (Le Matin - 16 janvier 2008)

Le prêtre pédophile abusait de son neveu (Le Matin Online - 16 janvier 2008)

L'Eglise ne les dénonce pas. Pourquoi ? (Le Matin Online - 16/01/2008)

Prêtre interrogé (Le Matin - 14 janvier 2008)

Le capucin abuseur a récidivé en France (Le Matin - 11 janvier 2008)

Les écarts sexuels reprochés au prêtre qui s'est suicidé à Neuchâtel le 3 février étaient plus graves que ce qu'a laissé croire l'évêque Bernard Genoud (L'Hebdo - 13 mars 2008)

PRÊTRE PÉDOPHILE

L'Hebdo - 17 janvier 2008)
[Texte intégral]

Fin 2007, la revue catholique française Golias dénonçait les agissements de dignitaires de l'Evêché de Genève, Lausanne. Fribourg et Neuchâtel.

Son auteur parlait d'un homme qui, enfant. avait été victime d'abus sexuels de la part d'un père capucin. La presse française et suisse a retrouvé ce capucin, J.A., un Suisse qui a vécu à Lyon dans un couvent avant de revenir au pays. Lundi, l'homme a été entendu par la police jurassienne. Même si les faits qu'il a commis en Suisse sont prescrits, la justice française pourrait bien le rattraper.

 J.A. a avoué deux nouveaux cas, dont l'un remonte à quelque dix ans. Et comme en France la prescription ne court qu'à compter de la majorité (elle est de dix ou vingt ans selon la gravité des faits), le capucin risque bien de rendre des comptes.

Si ce Suisse refuse d'être livré à la France, il ne sera pas extradé - loi oblige. Le procureur général de Lyon pourrait alors demander qu'il soit jugé en Suisse.

A la tête des capucins suisses, Ephrem Bucher en est convaincu: «Il est temps que l'Eglise agisse ouvertement et qu'elle convainque les coupables d'aller se présenter à la justice». Et s'ils ne se laissaient pas convaincre ?

«Il faut les forcer !» L'église catholique commencerait-elle enfin à prendre ses responsabilités dans les lamentables affaires de pédophilie qui la concernent?

sp

Prêtre pédophile: l'Eglise suisse admet une "complicité"

http://www.la-croix.com/ - 20 janvier 2008
[Texte intégral]

Un responsable de l'Eglise catholique suisse a admis dimanche une "complicité" dans l'affaire du prêtre accusé d'actes pédophiles en Suisse et en France, que la hiérarchie religieuse a omis de dénoncer.

"Le mot complicité me fait mal pour l'Eglise que j'aime, mais c'est vrai", a déclaré le père Nicolas Betticher, porte-parole de l'évéché de Lausanne, Genève, Fribourg et Neuchâtel, dans une interview à l'hebdomadaire Le Matin Dimanche.

Le parquet de Grenoble a ouvert mercredi une information judiciaire concernant les agissements du prêtre, qui a confirmé à la police suisse s'être livré à des attouchements sur un mineur, en 1992, dans la région de Grenoble.

Le capucin, aujourd'hui âgé de 67 ans, avait déjà été impliqué dans d'autres affaires de pédophilie en Suisse, mais sa hiérarchie l'avait envoyé en France de 1989 à 2005, sans alerter la justice des deux pays.

"Il est évident que la procédure n'a pas été faite correctement à l'époque. Sinon, il n'y aurait peut-être pas eu de récidive", a reconnu le père Betticher. "On a mal agi en envoyant ce prêtre en France".

Le responsable épiscopal a souligné qu'il y avait à l'époque "une omerta épouvantable" envers les actes de pédophilie, y compris "dans les clubs de foot, dans les écoles". "Mais pour un prêtre, c'est beaucoup plus grave, il doit être au dessus de tout soupçon", a-t-il admis.

Le prêtre capucin, revenu en Suisse en 2005, vit actuellement au couvent de Montcroix à Delémont, dans le nord-ouest du pays.

La presse helvétique a révélé la semaine dernière qu'il avait été responsable de colonies de vacances dans les années 1980.

GENEVE, 20 jan 2008 (AFP)

Prêtre pédophile: Betticher admet la responsabilité de l'Eglise

http://www.romandie.com - 20 janvier 2008
[Texte intégral]

Pour la première fois, un membre de la hiérarchie catholique reconnaît la responsabilité de l'Eglise dans l'affaire du prêtre pédophile qui a sévi en Suisse romande à la fin des années 80. Nicolas Betticher, official de l'Evêché de Lausanne, Genève et Fribourg, parle même de "complicité".

L'Evêché sait depuis 1989 au moins que le prêtre capucin a violé au moins un enfant, mais n'a jamais dénoncé ces agissements à la justice civile. L'Eglise a préféré déplacer l'abuseur en France, où il est à nouveau passé à l'acte.

"Il est évident que la procédure n'a pas été faite correctement à l'époque. Sinon, il n'y aurait peut-être pas eu de récidive", admet Nicolas Betticher dans une interview publiée par "Le Matin dimanche".

Les choses ont changé depuis, assure Nicolas Betticher. "Nous avons désormais une procédure très stricte. Dès que l'official est informé de soupçons, il doit immédiatement mener une enquête ecclésiale. Si les faits sont avérés, il demandera au prêtre de se dénoncer. Si ce dernier refuse, il le fera lui-même".

Le prêtre capucin, revenu en Suisse en 2005, vit actuellement au couvent de Montcroix à Delémont. Il a été interrogé le 14 janvier dernier par la police cantonale jurassienne sur demande de la justice française.

Le prêtre, âgé de 67 ans, a à cette occasion reconnu s'être livré à des attouchements sexuels sur un mineur en 1992 dans la région de Grenoble (F). La victime était son neveu de 12 ans, a indiqué la justice française, qui se réserve le droit de lancer un mandat d'arrêt international.

(ats / 20 janvier 2008)

Curé pédophile : l'Eglise admet sa complicité


Le Matin Dimanche par Camille Krafft -19 janvier 2008
[Texte intégral]

          Nicolas Betticher    Photo : Laurent Crottet

De combien d'enfants le capucin a-t-il abusé ? L'affaire, révélée il y a quelques semaines par la presse, n'en finit pas de bouleverser la Suisse romande. Et de secouer l'Eglise catholique accusée aujourd'hui d'une grave faute, le silence. Pour la première fois, le porte-parole de Mgr Genoud. l'abbé Nicolas Betticher, en charge de ce grave dossier, utilise des mots que personne n'avait encore employés.

«Le mot complicité me fait mal pour l'Eglise que j'aime, dit-il, mais c'est vrai. Il est évident que la procédure n'a pas été faite correctement à l'époque. Sinon, il n'y aurait peut-être pas eu de récidive.»

Nicolas Betticher promet des changements. Tout en tentant de justifier le silence de son Eglise.


Nicolas Betticher: «Le mot «complicité» me fait mal, mais c'est vrai»

Nicolas Betticher n'utilise pas la langue de bois.
Il répond sans ambages aux terribles accusations qui se portent sur l'Eglise

Alors que l'affaire du capucin pédophile secoue la Suisse romande, Nicolas Betticher admet enfin la responsabilité de l'Eglise, qui a couvert ce prêtre. Le nouvel official de Fribourg demande pardon aux victimes et promet des changements. Il tente de justifier le silence de l'Eglise

Les actes d'un prêtre pédophile et le silence de l'Eglise bouleversent la Suisse romande. On évoque même depuis hier des cas de suicide liés à cette affaire. Que diriez-vous aux victimes si vous les aviez en face de vous aujourd'hui? L'Eglise devrait demander pardon...

J'admettrais que l'Eglise est aussi responsable de leur malheur, si elles me le disent. Je partagerais leur souffrance ... et oui, je leur demanderais pardon. Pour l'institution, pour l'Eglise, pour le prêtre. Cela ne leur permettra pas de guérir. Mais elles seront au moins reconnues comme des victimes.

Admettez-vous que l'Eglise s'est rendue complice de récidive en ne dénonçant pas ce prêtre ?

Le mot complicité me fait mal pour l'Eglise que j'aime, mais c'est vrai. Il est évident que la procédure n'a pas été faite correctement à l'époque. Sinon, il n'y aurait peut-être pas eu de récidive. Toutefois, le risque zéro n'existe pas. Mais il doit y avoir tolérance zéro.

Pourquoi n'avez-vous jamais dénoncé ce prêtre à la justice? L'Evêché sait depuis 1989 que cet homme a violé au moins un enfant! Vous estimez-vous au-dessus de la justice civile ?

Non, pas du tout. Mon Dieu, jamais! C'est épouvantable de penser cela. On a mal agi en envoyant ce prêtre en France. Mais fallait-il alerter la justice à son retour en 2005? On nous certifiait alors qu'il avait suivi une thérapie et était surveillé de près. De plus, les faits étaient prescrits, et la victime elle-même ne voulait pas de dénonciation. Par respect pour elle, nous ne l'avons pas fait.

Cela signifie que vous ne dénoncez pas tous les cas à la justice, malgré les promesses faites par Mgr Genoud en 2002 ...

Dès que l'official, un poste que j'occupe depuis le 1er janvier, est informé de soupçons, il doit immédiatement faire une enquête ecclésiale. Si les faits s'avèrent, il demandera au prêtre de se dénoncer. Si ce dernier refuse, il le fera lui-même.

Mais vous ne l'avez pas fait pour ce prêtre.

Je ne veux pas parler pour mes prédécesseurs officiaux. Nous avons désormais une procédure très stricte.

Un ancien collègue de ce prêtre affirme avoir averti les autorités ecclésiastiques en 1986. L'abuseur n'a été déplacé en France qu'en 1989. Pourquoi ce silence de trois ans?

Je n'en ai aucune idée. Je n'ai pas retrouvé de dossier. Mgr Genoud n'était pas évêque. Je n'étais pas là. Dès lors, je constate que ça s'est passé d'une manière inacceptable. A l'époque, il y avait une omerta épouvantable. Dans les clubs de foot, dans les écoles, on agissait de la même manière. Mais pour un prêtre, c'est beaucoup plus grave: il doit être au-dessus de tout soupçon.

L'Evêché est accusé par la presse de ne pas avoir annoncé le retour en Suisse du capucin abuseur en 2005, et d'avoir assuré ces dernières semaines que ce dernier était étroitement surveillé, alors que cela n'était pas le cas. Vous êtes donc des menteurs ?

Bien sûr que non. Il faudrait être fou pour mentir dans un tel dossier. Nous n'avons pas annoncé à la victime que le prêtre était de retour pour ne pas rouvrir ses blessures. Pour le reste, on nous avait certifiés que l'homme en question, qui est un capucin et non pas un prêtre séculier, était sous contrôle. Lorsque nous avons su qu'il était revenu en Suisse en 2005, nous l'avons dénoncé auprès des instances ecclésiales locales (Bâle). Par la suite, j'ai lu dans les journaux des informations sur sa liberté de mouvement différentes de celles reçues des Capucins.

Les responsables seraient donc ses supérieurs capucins ?  

Evidemment. Quand je lis qu'il y a eu récidive en France, cela me choque profondément. Je ne veux pas juger. Je cherche à comprendre, mais c'est difficile, voire impossible. Reste que ce qui s'est passé dans cette affaire est tout aussi grave au niveau des Capucins de Fribourg, de France, de Delémont, qu'au niveau de l'Evêché. On n'a pas fait les choses correctement. Cela doit changer dorénavant.

Comment ?

J'aimerais m'adresser à la Suisse romande entière. Je demande à tous les fidèles et les citoyens: si vous avez des informations, sur les cas d'abus connus ou sur d'autres, faites-le nous savoir. Les demandes seront traitées confidentiellement. Dites aux victimes qu'elles peuvent venir se confier, à l'évêque comme à moi. L'Eglise ne connaît pas de prescription. Et toute enquête permet de faire la vérité, à charge ou à décharge.

Mais où vous atteindre ?

Nous avons une Hotline. C'est le 079 432 85 43, le numéro de l'évêque. Si vous tombez sur la combox, laissez un message.

Vous n'avez pas peur de crouler sous les appels?!?

Et quand bien même ? S'il faut cela ...

Des victimes disent qu'il leur est difficile de passer par l'Evêché pour se confier. Ne devriez-vous pas plutôt financer une cellule (faite de psys etc.) indépendante ?  

Cela peut se faire, si on nous le demande. En l'état, Mgr Genoud a choisi cette voie qui atteste de son souci d'être au service de tous.

Comment vivez-vous ces accusations ?

En 2002 on était le seul Evêché de Suisse à prendre les choses en mains! Quand je lis aujourd'hui qu'on nous traite de menteurs, cela m'attriste.

Ce qui est triste, c'est surtout l'absence de réaction de la part d'autres Evêchés suisses ...

Je ne veux pas parler pour les autres diocèses.

 

«Les prêtres doivent dénoncer»

Qu'allez-vous faire pour que cela ne se reproduise pas? Vous évoquez la présence de «pères spirituels» qui accompagnent les séminaristes. Cela semble léger!

Les pères spirituels veillent sur les séminaristes durant sept ans. Ils peuvent déceler d'éventuelles pathologies ou fragilités psychoaffectives. Ensuite, ils approfondissent à l'aide de spécialistes. Si le séminariste refuse ou présente des troubles évidents, il ne deviendra pas prêtre.

Depuis que cela a été mis en place en 2002, avez-vous détecté des candidats «fragiles»?

Oui, mais je ne sais pas combien.

Ne pensez-vous pas que certains pédophiles deviennent prêtre justement pour refouler leurs pulsions?

Tout est possible. Mais attention à ne pas faire d'amalgame entre vocation et pathologie.

Un «père spirituel» est-il tenu de dénoncer les cas problématiques?

Oui, comme n'importe quel ecclésiastique qui a des soupçons. Après, il y a le secret de la confession. Imaginons qu'un agent pastoral a des pulsions pédophiles et en parle en confession. Le prêtre ne pourra pas dénoncer la personne directement. Mais il doit tout mettre en place pour que ça sorte. Il ne pourra pas lâcher l'affaire. Sinon il devient complice, et c'est inacceptable.

 

Nicolas Betticher, official du diocèse de Lausanne, Genève Fribourg et Neuchâtel, livre la marche à suivre qui sera désormais appliquée par l'Evêché en cas d'abus sexuel par des hommes d'Eglise

La procédure

«Lorsqu'un cas est dénoncé, l'agent pastoral est cité à comparaître, confidentiellement. Les victimes sont entendues. Si les faits sont avérés, on encadre la victime, humainement, spirituellement, et éventuellement financièrement. Parallèlement, le ministre est déchargé immédiatement de son ministère par prudence. Une enquête canonique est ouverte. J'exigerai de la personne qu'elle se dénonce à la justice civile. Si elle ne le fais pas, je le ferai moi-même. Nous n'avons pas les moyens d'effectuer une véritable enquête. J'ai donc besoin de l'appui du bras séculier. La question qui se pose : dois-je impliquer la victime dans cette dénonciation si elle ne veut pas d'une procédure civile? Je peux le faire sans citer son nom. Ce sera ensuite à la police de remonter, le cas échéant, jusqu'à la victime. »

Les punitions

« Le but de la peine est la réparation du tort moral. On demandera au prêtre qui le peut de payer les frais de traitement et de thérapie. Autre peine: la suspension de ministère. Parallèlement, obligation d'une thérapie. Tant qu'il n'y a pas deux certificats médicaux de psychiatres affirmant que la pathologie est gérée, il n'y a pas de nouveau ministère . Ensuite, il y aura peut-être un travail spécialisé sans contact avec les enfants, dans les EMS et autres, avec un contrôle psychiatrique tous les six mois. Si le prêtre ne veut pas ça, il n'aura pas de ministère et devra donc trouver un autre travail.»

L'Eglise et sa responsabilité

Editorial d'Ariane Dayer (Le Matin)

Source : Le Matin - 16 janvier 2008
[Texte intégral]

Insoutenable. L'image d'un homme qui utilise sa supériorité d'adulte, sa posture de modèle de foi, de détenteur du mystère, tout l'impact de l'Eglise catholique sur notre culture et notre inconscient pour commettre des abus sur les enfants. Un prêtre, dans notre éducation, ça ne se contredit pas. C'est celui qui sait, pas celui qui viole. Puis qui récidive. Et récidive encore.

Les dernières révélations sur l'affaire du prêtre pédophile réfugié à Delémont paralysent d'horreur. L'Eglise avait, soit, indemnisé l'une des victimes. Mais elle a simplement transféré le coupable ailleurs. Il a recommencé. Elle ne l'a jamais dénoncé à la justice. Elle n'est pas punissable, mais, pour une part, elle est responsable.

Depuis 2002, l'Eglise catholique s'est donné une règle: tout prêtre soupçonné d'acte de pédophilie doit être dénoncé à sa hiérarchie. Mais pas forcément ailleurs. On gère ça entre soi. Comme si l'institution était hors du monde, comme si elle avait droit à un statut à part. Comme si - et c'est inadmissible - ces coupables-là l'étaient un peu moins que les autres.

Un cas d'abus, ce n'est pas un obscur point d'exégèse à débattre deux siècles, enfermé dans un conclave entre spécialistes du droit canon. C'est simplement un acte hors la loi. L'Eglise n'a pas à s'exclure des règles civiles là-dessus. Si elle avait contribué à faire arrêter cet homme, il aurait peut-être évité ne serait-ce qu'un cas de récidive. C'est peu, c'est énorme.

Cessons de tolérer l'existence de deux mondes séparés: le nôtre et celui des hommes de Dieu. Le seul qui doit être respecté est celui des enfances dévastées.

L'Eglise ne les dénonce pas. Pourquoi ?

Nicolas Betticher: «C'est aux victimes de décider»

Vincent Donzé - 16/01/2008
Le Matin Online
[Texte intégral]

Photo : Bist/Danièle Ludwig

Le prêtre J. A. est en résidence chez les capucins de Delémont depuis deux ans. C'est là qu'il a avoué un abus sexuel à un journaliste français, ce qui a lancé toute l'affaire.

Les aveux du capucin abuseur inquiètent les fidèles. Mais selon le porte-parole de Mgr Bernard Genoud, l'Eglise catholique n'est pas un repaire de pervers

«Les pédophiles sont plus nombreux chez les gens mariés», assène l'abbé Nicolas Betticher, après les aveux d'un prêtre pédophile réfugié chez les capucins de Delémont. L'évêché de Fribourg veut rassurer ses fidèles: «Le célibat est une vocation, la pédophilie est une maladie: aucun lien ne les relie.» Mais le parcours du capucin J. A. inquiète les catholiques pratiquants, comme le démocrate-chrétien Pierre Kohler (lire encadré). Pourquoi ce prêtre a-t-il été déplacé sans être dénoncé, après avoir commis des abus à Fribourg et à Lully (FR)? C'était en 1989 et, trois ans plus tard, il abusait de son neveu de 12 ans, près de Grenoble.

    «Le célibat est une vocation, la pédophilie est une maladie: aucun lien ne les relie» Nicolas Betticher, porte-parole de l'évêché de Fribourg

Poursuite d'office

«C'est à la victime de décider si son abuseur doit être poursuivi», explique Nicolas Betticher. Le clergé veut respecter la sphère privée. «Le but n'est pas de dénoncer, mais de faire la vérité», poursuit le porte-parole. Les délits contre l'intégrité corporelle sont poursuivis d'office, mais encore faut-il qu'ils parviennent aux oreilles d'un juge. «Au contraire d'un policier assermenté, un simple ecclésiastique n'est pas tenu par la loi de dénoncer une contrainte sexuelle», précise le juge d'instruction jurassien Jean Crevoisier.

Mais que fait le clergé pour neutraliser les prêtres pédophiles? Nicolas Betticher insiste: «Le voeu de chasteté n'est pas un facteur déclencheur.» Soit. Mais comment détecter une déviance chez un séminariste? «Nous avons déjà fait appel à un gynécologue pour les former à la gestion de la sexualité», rapporte Nicolas Betticher.

Détecter «la fragilité d'un candidat au sacerdoce», c'est la tâche des pères spirituels. Chaque séminariste en a un, qui lui sert de confident. «Les doutes sont vérifiés par un médecin. Si son rapport révèle une pathologie, l'ordi- nation n'a pas lieu: un prêtre doit servir d'exemple», poursuit Nicolas Betticher.

Une théorie inappliquée en 1989: les abus du Père J. A. étaient connus lorsqu'il a été transféré de Lully à Grenoble par l'évêché de Mgr Pierre Mamie. Pourquoi le diocèse de Grenoble a-t-il accueilli un prêtre pédophile? «Il avait suivi une thérapie», plaide son porte- parole, Stéphane Debusschere. Aucun reproche n'est adressé au clergé suisse. «Ce prêtre était apprécié de façon unanime dans l'Isère, où personne n'a jamais éprouvé le moindre soupçon.»

Tous décédés

Pareille désinvolture ne semble plus d'actualité: «Quand un religieux se déplace, nous cherchons à savoir pourquoi», assure Stéphane Debusschere. En clair: «Dans le doute, nous disons non merci.» A Grenoble, l'évêque Guy de Kerimel apportera son concours à la procureure Martine Valdes-Boulouque. Stéphane Debusschere, constate toutefois que le neveu du Père J. A. a été abusé au domicile du capucin: «Il ne s'est rien passé dans le ministère, ce qui ne l'excuse pas.»

Les protagonistes de 1989 sont tous décédés, tant à l'évêché que chez les capucins. Après le témoignage du servant de messe abusé à la cathédrale de Fribourg, une enquête interne a été ordonnée à Grenoble en 2002. «Aucun élément précis n'a permis de saisir le parquet», note Stéphane Debusschere.

C'est parce que ses ministères lui ont été retirés que les capucins ont envoyé le Père J. A. du côté de Lyon en 2003, sans le dénoncer. Et comme il n'a effectué que des tâches administratives pendant deux ans, avant son déplacement à Delémont, sa présence n'a pas été signalée à l'archevêché de Lyon. «L'Eglise ne l'a pas caché. Couvrir un pédophile est hors de propos: c'est un crime, un délit», soutient Stéphane Debusschere. Sa conclusion: «C'est bien triste, mais ça va se tasser.»

2002, une année qui a secoué l'Eglise catholique

En Suisse

Le témoignage télévisé du servant de messe abusé à Fribourg secoue l'évêché suisse en 2002. Personne ne s'inscrit au séminaire et la Conférence des évêques suisses prend des mesures contre les abus sexuels. «Jadis, on pensait que le fait de «sermonner» un pédophile, de lui demander une thérapie et de le déplacer serait un «électrochoc» suffisant pour corriger ses déviances», déclare Mgr Bernard Genoud. L'évêque de Fribourg ajoute: «Je ferai tout pour que le prêtre pédophile qui a commis des actes répréhensibles graves se dénonce à la justice et, au pire des cas, j'agirai moi-même.» La même année, les abus du curé de Walenstadt (SG) incitent Mgr Genoud à ouvrir pour les curés une hotline, toujours disponible.

Dans le monde

Un énorme scandale secoue l'évêché américain: 3000 prêtres sur 42 000 sont accusés de pédophilie. Cinq ans plus tard, la réputation et les finances de cette Eglise sont minées. Les indemnités lui ont coûté 3 milliards de dollars. En Irlande aussi, l'archevêque s'excuse pour «l'horreur» des agressions commises depuis 1940 sur 15 000 enfants.

Les victimes réclament plus d'un milliard d'euros. Un an plus tôt, le Vatican avait anticipé: Jean-Paul II chargeait le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, d'établir des normes plus sévères contre la pédophilie. Et en 2006, lors d'une visite en Irlande, Benoît XVI condamnera publiquement ces «crimes horribles».

 

«Nous leur confions nos enfants»

Ancien conseiller national, le démocrate-chrétien Pierre Kohler réagit en catholique pratiquant et en père de famille.

«Un prêtre pédophile doit être poursuivi et l'Eglise ne doit rien cacher. Ma fille de 12 ans prépare sa confirmation et mon fils de 7 ans entre au catéchisme: sont-ils en sécurité? Comme je suis devenu un homme au foyer, c'est moi qui prépare aussi la catéchèse des parents pour mon fils et ma foi est remise en cause. Si l'Eglise ne remet pas de l'ordre, je ne continuerai pas. Lorsqu'elle se tait, elle devient complice d'un crime odieux.

L'aspect spirituel et sa notion de pardon n'empêchent pas le volet civil et pénal.

L'Eglise ne doit pas devenir un sanctuaire pour les pédophiles. Elle est à l'image de la société: je sais que 99,9% des ecclésiastiques ne posent aucun problème, mais les abuseurs doivent être dénoncés et sévèrement punis. Que ce soit un capucin ou un pasteur ne change rien à la morale: nous leur confions nos enfants.»

Le prêtre pédophile abusait de son neveu

Vincent Donzé - 16/01/2008
Le Matin
[Texte intégral]
Le capucin a non seulement abusé de son neveu à Grenoble, mais il avoue
aussi des attouchements commis il y a plus de vingt ans à Lully (FR)

Le prêtre pédophile qui a trouvé refuge chez les capucins de Delémont n'a pas avoué un abus supplémentaire, mais deux! Interrogé pendant deux heures par la police jurassienne, il a détaillé l'aveu succinct confié à un journaliste français: c'est à Grenoble qu'il a abusé de son neveu de 12 ans à son domicile, en 1992. Mais ce multirécidiviste de 67 ans a aussi avoué des attouchements commis entre 1985 et 1986, alors qu'il était animateur pour la jeunesse à la paroisse de Lully (FR). Des caresses et des fellations, comme à son habitude, mais pas de viol, selon sa déposition.

Cédée à un particulier, la cure de Lully n'existe plus dans l'unité pastorale Saint-Laurent, mais le Père Jean Richoz se souvient de J. A. «Je connais ce personnage. C'est lointain, mais je n'ai jamais eu vent d'un abus», affirme le curé de Cugy (FR). Le petit paroissien n'a jamais dénoncé son abuseur, ce qui ébranle le porte-parole de l'évêque de Fribourg, Nicolas Betticher: «C'est affreux! Nous voulons aider les victimes humainement et financièrement, mais celles qui ont une famille ne veulent pas toujours se faire connaître.»

Avant son transfert à Lully, le Père J. A. était déjà un abuseur: quand ce capucin établi au couvent de Fribourg officiait à la cathédrale Saint-Jean, il a violé un servant de messe entre 1968 et 1972. Lorsque Mgr Pierre Mamie a été mis au parfum, en 1989, le prêtre a été envoyé à Grenoble, où il a abusé de son neveu. Et treize ans plus tard, son successeur, Mgr Bernard Genoud, a versé 100 000 francs d'indemnité à l'ancien servant de messe venu témoigner à «Temps présent». La justice ignore si le clergé connaissait les abus du prêtre plus tôt, mais au contraire d'un policier assermenté, un simple ecclésiastique n'est pas tenu de dénoncer une contrainte sexuelle: «Savoir et se taire, c'est répréhensible moralement, mais pas pénalement», résume le juge d'instruction Jean Crevoisier.

Instruction en France ?

En Suisse, le Père J. A. bénéficiera de la prescription de quinze ans. Il reste en liberté et la justice fribourgeoise devra certainement refermer le dossier. «Le prêtre a expliqué le mode opératoire. Nous avons l'auteur, mais pas la victime», regrette Jean Crevoisier, qui a ordonné l'audition du prêtre à la demande du procureur lyonnais. Mais, en France, une instruction peut être ouverte: une loi entrée en vigueur dans l'intervalle étend la prescription à dix ans après la majorité d'une victime, si le suspect exerçait une autorité.

La procureure de Grenoble, Martine Valdes-Boulouque, décidera si un mandat d'arrêt international doit être lancé: «La prescription intervient en 2008. Il ne nous reste que quelques mois», calcule le procureur général de Lyon, Jean-Olivier Viout, qui lui a transmis le dossier. Quelques mois pour retrouver le neveu abusé, établir si le prêtre en avait la garde et vérifier s'il n'y a pas eu viol. «Il n'a avoué que des attouchements», précise Jean-Olivier Viout.

L'Eglise ne les dénonce pas. Pourquoi ?

Nicolas Betticher: «C'est aux victimes de décider»

Vincent Donzé - 16/01/2008
Le Matin Online
[Texte intégral]

Photo : Bist/Danièle Ludwig

Le prêtre J. A. est en résidence chez les capucins de Delémont depuis deux ans. C'est là qu'il a avoué un abus sexuel à un journaliste français, ce qui a lancé toute l'affaire.

Les aveux du capucin abuseur inquiètent les fidèles. Mais selon le porte-parole de
Mgr Bernard Genoud, l'Eglise catholique n'est pas un repaire de pervers

«Les pédophiles sont plus nombreux chez les gens mariés», assène l'abbé Nicolas Betticher, après les aveux d'un prêtre pédophile réfugié chez les capucins de Delémont. L'évêché de Fribourg veut rassurer ses fidèles: «Le célibat est une vocation, la pédophilie est une maladie: aucun lien ne les relie.» Mais le parcours du capucin J. A. inquiète les catholiques pratiquants, comme le démocrate-chrétien Pierre Kohler (lire encadré). Pourquoi ce prêtre a-t-il été déplacé sans être dénoncé, après avoir commis des abus à Fribourg et à Lully (FR)? C'était en 1989 et, trois ans plus tard, il abusait de son neveu de 12 ans, près de Grenoble.

    «Le célibat est une vocation, la pédophilie est une maladie: aucun lien ne les relie» Nicolas Betticher, porte-parole de l'évêché de Fribourg

Poursuite d'office

«C'est à la victime de décider si son abuseur doit être poursuivi», explique Nicolas Betticher. Le clergé veut respecter la sphère privée. «Le but n'est pas de dénoncer, mais de faire la vérité», poursuit le porte-parole. Les délits contre l'intégrité corporelle sont poursuivis d'office, mais encore faut-il qu'ils parviennent aux oreilles d'un juge. «Au contraire d'un policier assermenté, un simple ecclésiastique n'est pas tenu par la loi de dénoncer une contrainte sexuelle», précise le juge d'instruction jurassien Jean Crevoisier.

Mais que fait le clergé pour neutraliser les prêtres pédophiles? Nicolas Betticher insiste: «Le voeu de chasteté n'est pas un facteur déclencheur.» Soit. Mais comment détecter une déviance chez un séminariste? «Nous avons déjà fait appel à un gynécologue pour les former à la gestion de la sexualité», rapporte Nicolas Betticher.

Détecter «la fragilité d'un candidat au sacerdoce», c'est la tâche des pères spirituels. Chaque séminariste en a un, qui lui sert de confident. «Les doutes sont vérifiés par un médecin. Si son rapport révèle une pathologie, l'ordi- nation n'a pas lieu: un prêtre doit servir d'exemple», poursuit Nicolas Betticher.

Une théorie inappliquée en 1989: les abus du Père J. A. étaient connus lorsqu'il a été transféré de Lully à Grenoble par l'évêché de Mgr Pierre Mamie. Pourquoi le diocèse de Grenoble a-t-il accueilli un prêtre pédophile? «Il avait suivi une thérapie», plaide son porte- parole, Stéphane Debusschere. Aucun reproche n'est adressé au clergé suisse. «Ce prêtre était apprécié de façon unanime dans l'Isère, où personne n'a jamais éprouvé le moindre soupçon.»

Tous décédés

Pareille désinvolture ne semble plus d'actualité: «Quand un religieux se déplace, nous cherchons à savoir pourquoi», assure Stéphane Debusschere. En clair: «Dans le doute, nous disons non merci.» A Grenoble, l'évêque Guy de Kerimel apportera son concours à la procureure Martine Valdes-Boulouque. Stéphane Debusschere, constate toutefois que le neveu du Père J. A. a été abusé au domicile du capucin: «Il ne s'est rien passé dans le ministère, ce qui ne l'excuse pas.»

Les protagonistes de 1989 sont tous décédés, tant à l'évêché que chez les capucins. Après le témoignage du servant de messe abusé à la cathédrale de Fribourg, une enquête interne a été ordonnée à Grenoble en 2002. «Aucun élément précis n'a permis de saisir le parquet», note Stéphane Debusschere.

C'est parce que ses ministères lui ont été retirés que les capucins ont envoyé le Père J. A. du côté de Lyon en 2003, sans le dénoncer. Et comme il n'a effectué que des tâches administratives pendant deux ans, avant son déplacement à Delémont, sa présence n'a pas été signalée à l'archevêché de Lyon. «L'Eglise ne l'a pas caché. Couvrir un pédophile est hors de propos: c'est un crime, un délit», soutient Stéphane Debusschere. Sa conclusion: «C'est bien triste, mais ça va se tasser.»

2002, une année qui a secoué l'Eglise catholique

En Suisse

Le témoignage télévisé du servant de messe abusé à Fribourg secoue l'évêché suisse en 2002. Personne ne s'inscrit au séminaire et la Conférence des évêques suisses prend des mesures contre les abus sexuels. «Jadis, on pensait que le fait de «sermonner» un pédophile, de lui demander une thérapie et de le déplacer serait un «électrochoc» suffisant pour corriger ses déviances», déclare Mgr Bernard Genoud. L'évêque de Fribourg ajoute: «Je ferai tout pour que le prêtre pédophile qui a commis des actes répréhensibles graves se dénonce à la justice et, au pire des cas, j'agirai moi-même.» La même année, les abus du curé de Walenstadt (SG) incitent Mgr Genoud à ouvrir pour les curés une hotline, toujours disponible.

Dans le monde

Un énorme scandale secoue l'évêché américain: 3000 prêtres sur 42 000 sont accusés de pédophilie. Cinq ans plus tard, la réputation et les finances de cette Eglise sont minées. Les indemnités lui ont coûté 3 milliards de dollars. En Irlande aussi, l'archevêque s'excuse pour «l'horreur» des agressions commises depuis 1940 sur 15 000 enfants.

Les victimes réclament plus d'un milliard d'euros. Un an plus tôt, le Vatican avait anticipé: Jean-Paul II chargeait le cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, d'établir des normes plus sévères contre la pédophilie. Et en 2006, lors d'une visite en Irlande, Benoît XVI condamnera publiquement ces «crimes horribles».

 

«Nous leur confions nos enfants»

Ancien conseiller national, le démocrate-chrétien Pierre Kohler réagit en catholique pratiquant et en père de famille.

«Un prêtre pédophile doit être poursuivi et l'Eglise ne doit rien cacher. Ma fille de 12 ans prépare sa confirmation et mon fils de 7 ans entre au catéchisme: sont-ils en sécurité? Comme je suis devenu un homme au foyer, c'est moi qui prépare aussi la catéchèse des parents pour mon fils et ma foi est remise en cause. Si l'Eglise ne remet pas de l'ordre, je ne continuerai pas. Lorsqu'elle se tait, elle devient complice d'un crime odieux.

L'aspect spirituel et sa notion de pardon n'empêchent pas le volet civil et pénal.

L'Eglise ne doit pas devenir un sanctuaire pour les pédophiles. Elle est à l'image de la société: je sais que 99,9% des ecclésiastiques ne posent aucun problème, mais les abuseurs doivent être dénoncés et sévèrement punis. Que ce soit un capucin ou un pasteur ne change rien à la morale: nous leur confions nos enfants.»

Prêtre interrogé

Vincent Donzé - 14 /01/2008
Le Matin
[Texte intégral]

photo Darrin vanselow - BIST

Le prêtre pédophile est réfugié depuis deux ans chez les capucins de Delémont. Mis au vert à Zurich pour éviter la tourmente médiatique, il n'a pas pu se soustraire longtemps à l'interrogatoire de la police.

Le père abuseur qui avait admis une récidive a été questionné par les enquêteurs jurassiens.
Les paroissiens français expriment leur écoeurement

«Quand je pense qu'en 1989 j'avais 9 ans, j'aurais pu faire partie des victimes. J'espère que la lumière sera faite», écrit une paroissienne lyonnaise, après la récidive avouée par le prêtre pédophile réfugié depuis deux ans chez les capucins de Delémont («Le Matin» de vendredi dernier). Faire toute la lumière, c'est la tâche du procureur de Lyon, Jean-Olivier Viout, qui a demandé l'audition «détaillée» du Père J. A. Sa demande est parvenue jeudi dernier sur le bureau du procureur jurassien Yves Maître. Mis au vert à Zurich pour éviter la tourmente médiatique, le prêtre n'était pas au couvent de la Fraternité de Delémont vendredi. Mais il n'a pas pu se soustraire longtemps à l'interrogatoire de la police.

Le procès-verbal de l'audition sera transmis au procureur de Lyon, qui décidera de l'ouverture d'une procédure pénale. Coupable de viols répétés alors qu'il était employé par le diocèse de Fribourg, le capucin pédophile a été déplacé à Grenoble, puis à Lyon entre 1989 et 2005. C'est là qu'il a continué à sévir «une fois», selon son propre aveu, tandis que l'évêque de Fribourg Mgr Bernard Genoud versait 100 000 francs d'indemnité à un ancien servant de messe violé entre 1968 et 1972.

La «compassion» du diocèse

Avant le transfert du prêtre pédophile de Grenoble à Lyon, en 2003, une enquête canonique n'a révélé «aucun élément qui permette de saisir la justice». Mais l'évêque de Grenoble Guy de Kerimel veut en avoir le coeur net: «Comme tout homme, un prêtre doit répondre de ses actes devant la justice.» Si la récidive a été commise dans l'Isère, le procureur de Lyon transmettra le dossier à son homologue de Grenoble. Les éventuelles victimes sont assurées de la «compassion» et de la «solidarité» de ce diocèse. Mais à Delémont, le responsable des capucins romands Marie-Bernard Farine refuse désormais de s'exprimer.

Après l'aveu obtenu par la Tribune de Lyon, les abus du capucin catholique ont été répercutés par Libération. «Le comportement de ces membres du clergé est odieux», clame un lecteur, qui en appelle au président français, «ouvertement catholique». Et les paroissiens d'exprimer leur écoeurement: «J. est le prêtre qui m'a initié à la foi. Il venait régulièrement chez nous. Ce drame retourne toute ma famille», confie une catholique. «J'avais un groupe d'aumônerie depuis l'an passé et cette nouvelle ne m'encourage pas à continuer à suivre ces jeunes. Je ne sais plus où se trouve ma foi», écrit un paroissien conduit à la confirmation par le prêtre pédophile.

«Une seule fois»
 
Extraits du dialogue entre le prêtre pédophile et le journaliste de la Tribune de Lyon Fabrice Arfi le 4 janvier dernier:
 
«(...) Vous savez, je suis dans la repentance. C'est suffisamment dur comme cela pour moi, j'ai des proches, de la famille ...
 
Vous avez des victimes aussi! Avez-vous continué à sévir en France?
Oui, une fois.
 
Où ?
Je ne veux pas vous le dire.
 
N'avez-vous pas le sentiment d'avoir été protégé par l'Eglise ?
Oui, vous pouvez appeler cela ainsi, si vous le voulez. Merci d'être venu. Je ne veux plus parler de tout ça.»?

Le capucin abuseur a récidivé en France

Vincent Donzé - 11/01/2008
Le Matin
[Texte intégral]

photo Darrin vanselow - BIST

Le journaliste de la «Tribune de Lyon» a retrouvé le père pédophile
au couvent des capucins de Delémont, où il vit depuis deux ans.
 
Déplacé en France après avoir admis le viol répété d'un servant de messe, le Père J.
A. est de retour en Suisse. Il avoue avoir récidivé

La justice française demande l'audition d'un prêtre suisse pédophile. Après avoir spontanément avoué un abus sexuel à un journaliste français, le Père J. A. (67 ans) ne réside provisoirement plus chez les capucins de Delémont, où il vit discrètement depuis deux ans. «Il est en vacances, mais il garde sa chambre», rapporte le responsable des capucins romands, Marie-Bernard Farine. Le prêtre coupable de viols répétés alors qu'il était employé par le diocèse de Fribourg a été déplacé à Grenoble puis à Lyon entre 1989 et 2005. C'est là qu'il a sévi «une fois», selon son propre aveu. Après l'avoir localisé à Delémont, le journaliste français Fabrice Arfi a rencontré le père abuseur vendredi dernier chez les capucins.

J. A. y bénéficiait-il de la liberté de ses mouvements? «Aucun ministère ne lui a été confié: ni lecture ni services publics, assure Marie-Bernard Farine. Nos conditions sont très strictes: il est surveillé, encadré, soigné et ne peut pas sortir n'importe comment.» «J'étais surpris de le rencontrer si facilement», rétorque l'enquêteur de la Tribune de Lyon. Au diocèse de Fribourg, l'abbé Nicolas Betticher précise: «Il n'a jamais été condamné et personne ne peut le séquestrer.»

Pas de plainte

L'aveu du Père J. A. a fait réagir le diocèse de Grenoble. L'évêque avoue sa consternation et rappelle que «l'Eglise condamne sans réserve les actes de pédophilie». Aucune plainte n'ayant été déposée, Mgr Guy de Kerimel estime qu'«il appartiendra à la justice de chercher la vérité» et son diocèse «lui apportera son concours».

Le procureur lyonnais Jean-Olivier Viout a demandé l'audition «détaillée» du prêtre pédophile. «Nous voulons savoir où les faits se sont produits, quand et dans quelles circonstances exactes.» Sa requête a été transmise à la magistrature jurassienne. Réaction de Frère Marie-Bernard Farine: «L'Eglise ne connaît pas la prescription. S'ils veulent le coffrer, qu'ils le coffrent.»

Prêtres abuseurs : nouveaux témoignages
 

L'Evêché de Fribourg - Charly Rappo /arkive.ch

Le Matin Dimanche - 26 janvier 2008 - Camille Krafft
[Texte intégral]

Deux nouveaux récits de victimes de prêtres pédophiles accablent l'Evêché de Fribourg et le fonc- tionnement de la justice canonique. Stéphanie* a été abusée par un prêtre à l'âge de 8 ans. Après avoir été victime d'une erreur judiciaire reconnue par l'Eglise, la procédure canonique qu'elle avait entreprise s'est heurtée à la prescription. L'Evêché a par la suite tenté de la faire taire

Six ans de procédure, 1500 pages écrites, 10 classeurs remplis de paperasse. Et une «souffrance totale». Voilà ce que Stéphanie*, 44 ans aujourd'hui, a enduré pour avoir dénoncé en 1998 à l'Evêché de Fribourg le prêtre qui a abusé d'elle lors de cours privés de catéchisme à l'âge de 8 ans.

Six années d'enfer, et puis le coup de grâce, assené en 2003 par Joseph Ratzinger en personne, alors cardinal: la justice canonique ne peut plus rien, les faits sont désormais prescrits. Rentrez chez vous, au revoir, merci. Victime reconnue d'une erreur judiciaire commise par l'Eglise - le prêtre qui a abusé d'elle a été acquitté en 2002 - Stéphanie reçoit les excuses de l'Evêché: le procès aurait dû être repris à zéro. Tous les professionnels qu'elle a rencontrés confirment qu'elle a été abusée, mais il est trop tard.

Pour rattraper l'horrible cafouillage dont elle a été l'objet, Mgr Genoud lui propose un dédommagement de 50'000 francs contre l'assurance qu'elle n'entreprendra pas d'autre démarche, ni devant une instance canonique ni devant une instance laïque - les faits étant de toute manière prescrits pour cette dernière depuis longtemps. Une première convention demandait en outre qu'elle «s'abstienne de tout commentaire à une tierce personne» au sujet de cette affaire. Soit à la presse. Stéphanie refuse de signer ce dernier point, qui sera supprimé du contrat final.

Si elle veut parler aujourd'hui, c'est que Stéphanie bouillonne. Lorsqu'elle lit dans les colonnes du «Matin Diman- che» les propos de l'official du diocèse Nicolas Betticher qui affirme que «l'Eglise ne connaît pas de prescription», elle saute au plafond. «Ces affirmations sont en complète contradiction avec les normes législatives du Vatican», lâche cette belle femme énergique, qui devient fragile comme du cristal dès qu'on évoque le double outrage dont elle a été victime. Abusée, puis trompée. «Je veux que l'Evêché fasse preuve d'une transparence totale. Sinon, il donne de faux espoirs aux victimes.»

Et effectivement, comme Stéphanie en a fait la douloureuse expérience, le droit canonique connaît une prescrip- tion de dix ans. Pour les cas de pédophilie, la prescription entre en vigueur le jour du 18e anniversaire de la victime. Ces normes législatives ont été créées par un motu proprio de Jean-Paul II en 2001. Elles n'exis- taient pas en 1998, au moment où la Romande a dénoncé les faits.

Selon ces directives, en cas d'abus sexuels sur mineurs par des prêtres, l'évêque est tenu de transmettre le dossier à la Congrégation pour la doctrine de la foi, au Vatican. Les procès sont ensuite menés dans des tribunaux secrets. Les sanctions les plus classiques sont la réduction d'un prêtre à l'état laïc ou l'interdiction de célébrer les sacrements.

L'Evêché de Fribourg ment-il donc lorsqu'il assure aux victimes que l'Eglise ne connaît pas de prescription? «Je pensais à la prescription morale, précise aujourd'hui Nicolas Betticher. Selon l'Evangile, une victime reste une victime. Même s'il y a prescription, nous les accompagnerons et les soutiendrons.» D'accord. Mais si les faits sont prescrits, le prêtre abuseur ne pourra pas être puni, et sera susceptible de récidiver ? «L'évêque doit tout de même faire preuve de prudence, assure Nicolas Betticher. Il doit vérifier que tout est en ordre.» Reste que «les victimes seront entendues, mais elles ne seront jamais reconnues dans leur statut de victimes», conclut Stéphanie.

Outre l'incroyable erreur judiciaire dont elle a été la victime, et qui est le fait de l'ancien official contre qui l'Evêché a porté plainte, le bilan pour celle qui demandait justice est catastrophique. Le prêtre qui a abusé d'elle aurait continué à officier pendant plusieurs années, ce que ne peut confirmer l'Evêché. Il serait aujourd'hui «sous contrôle» dans un EMS. Et Stéphanie se retrouve seule avec ses dix classeurs de paperasse, et une rage impuissante qui remonte à chaque fois qu'elle entend parler d'un nouvel abus.

Pour Victor Simon, un médecin français spécialisé dans les abus sexuels qui a suivi Stéphanie, le cas de la Romande est loin d'être unique. «Lorsqu'il y a un procès canonique, c'est toujours du sabotage. L'Eglise qui se juge elle-même, c'est impossible.»

D'autant plus lorsqu'elle le fait dans des tribunaux secrets. Le constat fait écho à l'intervention du juge d'instruc- tion jurassien Jean Crevoisier, qui rappelait cette semaine à l'Evêché de Fribourg que «la Suisse est un Etat laïc et la poursuite des infractions appartient aux autorités laïques». Reste à régler la question de la prescription au niveau laïc, remise en question ces dernières semaines avec la mise au jour des actes de pédophilie au sein de l'Eglise.

* prénom d'emprunt

«Le prêtre qui a abusé de moi n'a jamais été inquiété»

Il s'appelle Pierre Borcard et en a marre de garder la tête baissée. A 55 ans, celui qui a été abusé à l'âge de 10 ans par un séminariste lors de colonies de vacances à Montricher (VD) veut témoigner à visage découvert pour dire sa colère. L'abbé qui a fait venir à l'époque ce petit garçon «fasciné par les curés» dans son sac de cou- chage pour abuser de lui a continué à officier dans le diocèse après sa dénonciation, en 1998.

Il aurait donné la messe jusqu'en avril 2005, et aurait fini ses jours en EMS un an plus tard. «On aurait dû le démettre de son ministère.

C'est une erreur», reconnaît aujourd'hui Nicolas Betticher. Une erreur qui glace d'autant plus que Pierre pense qu'il n'a pas été la seule victime, déjà à l'époque: «D'autres garçons allaient aussi avec le curé. Ils en riaient, je me suis dit que ça ne devait pas être si grave. Alors j'ai étouffé ça durant plus de vingt ans.»

Cette «erreur» n'en est qu'une parmi d'autres, dans une affaire qui a duré six longues années. C'est en entendant à nouveau parler de son agresseur à l'âge de 30 ans que Pierre réalise ce qu'il a enduré. Il dénoncera le cas à l'Evêché en 1998. Son affaire, comme celle de Stéphanie, est prise en charge par l'ancien official du diocèse. Ce dernier rencontrera la victime à plusieurs reprises, et acceptera la demande d'ouverture d'un procès canonique. En 1999, Pierre répond à un questionnaire détaillé. Ensuite, c'est le trou noir. Le nouvel official de l'Evêché Nicolas Betticher, qui enquête sur ce cas, ne retrouve aucun dossier autre que celui que la victime leur a envoyé après coup.

«A un moment donné, l'ancien official m'a demandé si je voulais de l'argent. J'ai fait une estimation à 70'000 francs, soit 100 francs par mois depuis l'abus environ», raconte Pierre. Quelque temps plus tard, la victime est reconvoquée par l'ancien official. «Il m'a dit qu'il était désolé, que l'Evêché ne pouvait pas me dédommager, parce que l'abbé était séminariste à l'époque des faits.» En réalité, l'ancien official avait empoché la somme de 100'000 francs, obtenue de l'Evêché pour la victime. «Nous nous en sommes rendu compte en 2004», précise Nicolas Betticher. Pierre sera alors dédommagé «dans la précipitation et sans explications», selon ses dires.

L'ancien official qui s'est occupé de Pierre devra comparaître prochainement devant le Tribunal de la Sarine. Il est prévenu d'escroquerie, d'abus de confiance, de faux dans les titres, et éventuellement de gestion déloyale.

Une fois de plus, la victime n'a pas pu obtenir justice. Pour trois des quatre cas d'abus sexuels indemnisés à ce jour par l'Evêché de Fribourg - soit une ancienne victime du capucin pédophile retrouvé à Delémont, Pierre et Stéphanie - aucun agresseur n'a été inquiété. L'Evêché ne donne pas de détails pour ce qui concerne l'abuseur d'une quatrième victime indemnisée, séminariste au moment des faits. Quant à la cinquième victime reconnue, qui n'a jamais été indemnisée, le prêtre qui a abusé d'elle a été réintégré à une autre paroisse après une thérapie («Le Matin Dimanche» du 6 janvier).

Une enquête sur un sixième cas a été ouverte par Nicolas Betticher cette semaine, suite à de nouvelles révélations. Inutile de dire qu'une intervention publique de Mgr Genoud sur ce dossier est attendue avec impatience. «Il s'adressera à tous les catholiques une fois le calme revenu», précise Nicolas Betticher.

 

 

Le vol de mon âme

Par Stéphanie*, abusée par un prêtre à l'âge de 8 ans.

Par effraction il est entré dans ma maison

Par effraction il est entré dans mon corps

-

Il a violé ma demeure

Il a violé mon intérieur

Il a volé les objets de valeur

Il a volé mon coeur

-

Ma maison est restée déserte

Mon corps est resté inerte

Il est parti laissant ravage et destruction

Il est parti laissant souffrance et désolation

-

Dans mon être il a propagé la douleur

Dans mes yeux il a semé la terreur

Il ne restait plus que le silence et l'obscurité

Il ne restait plus que l'incompréhension et la culpabilité

-

Par effraction il avait tout pillé

Par effraction il avait tout saccagé

-

Et mon âme s'était envolée

-

        *Prénom d'emprunt

 

En pleine crise des prêtres pédophiles, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, s'exprime enfin (Le Matin - 1 février 2008)

Le Centre Info-sectes critique la solution proposée par Mgr Bernard Genoud aux victimes de prêtres pédophiles (CIS - 4 février 2008)

Nouvelles critiques de l'Eglise contre les médias (LQJ - 18 février 2008)

Les écarts sexuels reprochés au prêtre qui s'est suicidé à Neuchâtel le 3 février étaient plus graves que ce qu'a laissé croire l'évêque Bernard Genoud (L'Hebdo - 13 mars 2008)

Abus sexuels et pédophilie: L'Eglise catholique ne saisira pas systématiquement la justice ! (LQJ - 6 juin 2008)

Le Centre Info-sectes dénonce le refus par l'Eglise catholique suisse de transmettre systématiquement à la justice les cas d'abus sexuels (CIS - 8 juin 2008)