"La santé est l'un des domaines de
prédilection des sectes"
- tf1.fr
- le
4 mars 2008
- [Texte
intégral]
Interview - L'élu UMP Jacques Myard
demande l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire sur les sectes axée
sur les domaines médical et paramédical. Domaines dans lesquels le phénomène sectaire
présente une"réalité grave", selon le député.
LCI.fr : Pourquoi avez-vous demandé au président de l'Assemblée
nationale, Bernard Accoyer, la création d'une nouvelle commission d'enquête sur les sectes ?
Jacques Myard, député-maire UMP de
Maisons-Laffitte : A un moment où certains nient les dangers des dérives sectaires, il me paraît opportun de rappeler
la réalité du phénomène.
A travers les trois commissions d'enquête que
l'Assemblée a déjà instituées, et auxquelles j'ai participées, nous avons pu
constater une montée en puissance du phénomène sectaire.
Loin de s'étioler, la
réalité est prégnante et parfois très sordide. Notamment lors de la dernière commission d'enquête, qui portait sur la protection
des mineurs, nous avons constaté qu'il y avait des cas totalement étonnants
comme Tabitha's place, dans les Pyrénées-Atlantiques. Cette secte enferme les gosses dans une espèce de
monde éducatif parallèle, coupé du monde, et où les corrections corporelles
existent encore.
De surcroît, nous avons effleuré, dans le cadre de cette
commission, la question des charlatans en médecine. Je crois que là aussi il y a
une situation qui doit interpeller les pouvoirs publics. Nous devons une
nouvelle fois mettre en exergue des pratiques qui sont très préjudiciables à la
vie des plus faibles. LCI.fr : Sur quoi vous basez-vous pour
dire cela ?
J.M. : Nous avons eu plusieurs cas de
personnes qui ne se sont pas soignées et qui ont été emportées par des maladies
terribles, parce qu'elles ont écouté des pseudo-thérapeutes ou des adeptes de
médecines parallèles. La santé est l'un des domaines de prédilection des sectes. C'est cette piste-là qu'il faut
désormais creuser. Que certains voient de l'espoir dans des thérapies
innovantes, cela peut se comprendre sur le plan humain. Mais que d'autres vivent
de cette crédulité et de la faiblesse de certains de nos concitoyens est
proprement révoltant. LCI.fr : Vous allez semer la zizanie chez
les thérapeutes ?
J.M. : Mais j'y compte bien !
Et j'appuie notamment l'initiative de Bernard Accoyer qui a fait entrer dans le
code de la Santé un texte qui dit que n'importe qui ne peut pas utiliser le
titre de thérapeute, et notamment celui de psychothérapeute, réservés à des
médecins. Malheureusement les décrets d'application mettent du temps à sortir
car il y a des pressions en tout genre. J'ose espérer que cette commission d'enquête, notamment pour tous les centres
paramédicaux, servira à faire avancer ce dossier qui est une réalité grave. J'ai
déjà reçu l'appui de nombreux députés. J'ai bon espoir que ma requête aboutisse
dès la reprise des débats au Parlement. LCI.fr : Le rôle de la
Miviludes - mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires - a été pas mal décrié ces
dernières semaines. Qu'en pensez-vous ?
J.M. : La
Miviludes est indispensable ! Evidemment, ce n'est pas elle qui va prendre des
décisions coercitives à propos de dérives sectaires, mais elle remplit remarquablement son travail d'alerte et de
publicité sur certains agissements. S'il y a un doux dingue qui veut fonder un
nouveau mouvement religieux, libre à lui, nous sommes en démocratie.
En
revanche, si ce doux dingue prône que les enfants doivent être frappés, ou
qu'ils ne doivent pas avoir de transfusion sanguine ou qu'ils ne doivent pas
aller à l'école mais s'asseoir sur le grand chêne pour être inspirés
naturellement par des ondes cosmiques, on est en droit de se poser des
questions. Je me félicite aussi que la ministre de l'Intérieur vienne de
rappeler aux préfets la réalité du phénomène et qu'elle ait demandé la mise en
place de groupes spécialisés dans la surveillances des dérives sectaires. LIC.fr : Que
pensez-vous de cette nouvelle affaire de séquestration, en Sardaigne, d'une
adepte de la scientologie, Martine Boublil ?
J.M:
Malheureusement, c'est récurrent avec la scientologie. Quand un des membres veut
s'en aller, on le séquestre. Ça prouve bien la nature de cet organisme.
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