- «La
cellule de lutte contre les dérives sectaires
répond à un vrai besoin»
La
Croix - 25 novembre 2009
Entretien
avec Frédéric Malon, responsable de la
cellule d’assistance et d’intervention en matière
de dérive sectaire (Caïmades) de la police
judiciaire. Ce service d’enquête spécialisé
sur les dérives sectaires va s’exprimer pour
la première fois au Colloque national organisé
jeudi 26 novembre par la Miviludes
La
Croix: Quand et comment a été créée
votre cellule spécialisée sur les sectes
?
Frédéric
Malon: Elle date du mois de septembre dernier. Depuis
sa création en 2006, l’office central pour la
répression des violences aux personnes (OCRVP)
était chargé de la lutte contre les dérives
sectaires. Mais cela restait marginal dans une activité
essentiellement axée sur les affaires criminelles
classiques.
À
partir de 2007, j’ai constaté qu’il y avait un
vrai besoin, car il n’y avait pas de service spécifique
ayant une vision nationale et internationale de ces
questions. J’ai donc spécialisé un petit
groupe sur la question des sectes. Et cette année,
nous sommes passés à la vitesse supérieure,
puisque ce groupe, constitué de six enquêteurs
à temps plein – quatre hommes et deux femmes
–, ne traite plus que les affaires de dérives
sectaires.
Comment
travaillez-vous ?
Nous
avons plusieurs missions. Tout d’abord, l’assistance.
S’agissant des victimes, nous avons vocation à
identifier des professionnels – psychiatres, psychologues
– capables de prendre en charge les sortants de sectes,
ainsi que les réseaux associatifs compétents.
Nous avons également une mission opérationnelle,
d’intervention. Nous pouvons recevoir directement des
plaintes, auquel cas nous avisons le magistrat afin
qu’il confirme notre saisine.
Nous
pouvons aussi être saisis par les magistrats,
en propre ou dans le cadre d’une co-saisine, en soutien
d’enquêteurs travaillant localement. Notre spécificité,
ce sont les dossiers complexes, nécessitant une
expertise particulière (juridique, théorique,
etc.), ou encore les dossiers sensibles, comme la scientologie
ou plus récemment, l’affaire Monflanquin (1),
sur laquelle nous travaillons en association avec la
PJ de Toulouse.
Qu’est-ce
qui fait la complexité de l’enquête sur
les phénomènes sectaires ?
Je
vais vous donner un exemple: la notion d’«emprise
sectaire» est très difficile à caractériser.
La preuve en est qu’à ma connaissance, il y a
eu très peu de condamnations, peut-être
une ou deux, sur la base de la nouvelle infraction d’abus
frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse
(NDLR : loi About-Picard de 2001). Plusieurs critères
ont été définis, dont au moins
cinq d’entre eux doivent être réunis pour
qu’on puisse parler d’emprise. Leur connaissance nécessite
une formation et une expérience spécifiques.
Nous avons mis au point des canevas d'auditions d’adeptes,
de témoins, de suspects, qui nous permettent
d’explorer cette dimension.
Avez-vous
des contacts avec vos homologues étrangers ?
Cela
fait partie de nos missions. Nous échangeons
nos informations sur certains mouvements, nos règles
de bonnes pratiques, etc. Les Belges, par exemple, ont
une cellule semblable à la nôtre. Mais
il y a beaucoup de pays avec lesquels nous avons des
problèmes de compréhension, comme les
États-Unis, qui mettent en avant la liberté
d’expression et n’ont pas la même approche que
nous de ces phénomènes.
Précisément,
certains estiment que nous en faisons trop en matière
de lutte contre les sectes. Quel est votre sentiment
?
Je
ne sais pas comment on peut dire ça car, avant,
il n’y avait pas grand-chose ! S’il
y a des victimes, il est normal que l’État les
prenne en compte. Toutes les victimes ont droit à
une égalité de traitement, quelle que
soit l’atteinte qu’elles ont subie.
Par
ailleurs, notre action est bien circonscrite. Nous ne
nous attaquons pas à des groupes ou à
des personnes en tant que tels, mais à ceux qui
commettent des actes délictuels. Ce sont les
dérives qui nous intéressent. Dans un
an environ, nous ferons le bilan de notre dispositif.
Si l’on voit qu’il est trop important, on s’adaptera.
Mais on ne pourra en juger qu’avec le temps.
Recueilli
par Marianne GOMEZ
(1)
La semaine dernière a été mis en
examen un homme soupçonné d’avoir exercé
son emprise pendant près de dix ans sur onze
membres d’une famille du Lot-et-Garonne qui vivait retranchée
dans son château de Monflanquin.
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