Comme c’est son rôle, la commission a
d’abord vérifié la recevabilité de la proposition de résolution au regard de
l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des
assemblées parlementaires et des articles 140 et 141 du règlement de l’Assemblée
nationale, qui définissent les conditions de recevabilité des propositions de
résolution tendant à la création d’une commission d’enquête.
Ces textes prévoient d’abord que la
proposition de résolution doit déterminer avec précision soit les faits pouvant
donner lieu à enquête, soit les services publics ou les entreprises nationales
dont la commission d'enquête doit examiner la gestion. La proposition de
résolution répond à ces exigences puisqu’elle évoque des pratiques précises, à
savoir l’attention portée par certaines sectes aux mineurs, notamment ses
conséquences sur la santé physique et mentale de ceux-ci.
La seconde exigence correspond au respect
du principe de séparation des pouvoirs législatif et judiciaire, qui interdit à
l’Assemblée nationale d’enquêter sur des faits ayant donné lieu à des poursuites
judiciaires aussi longtemps que ces poursuites sont en cours. À cet égard, la
lettre de M. Pascal Clément, garde des sceaux, ministre de la justice, au
président de l’Assemblée nationale nous rassure tout à fait. En effet, si cette
lettre nous signale « qu’un certain nombre de personnes liées à des mouvements à
caractère sectaire font l’objet de poursuites judiciaires devant diverses
juridictions », c’est pour préciser immédiatement après que « toutefois, compte
tenu du caractère très général des termes de cette proposition, l’existence de
ces procédures ne [lui] paraît pas faire obstacle à son adoption ».
La commission des lois ayant estimé que
la création d’une commission d’enquête sur la santé physique et mentale des
mineurs ne posait aucun problème de recevabilité, il lui restait à s’interroger
sur la question principale, c’est-à-dire l’opportunité de créer une troisième
commission d’enquête parlementaire sur les sectes en onze ans. À l’unanimité des
membres ayant pris part au vote, la commission des lois a répondu
oui.
En premier lieu, il nous a semblé qu’il
était utile, pour une fois, de créer une telle commission d’enquête dans un
contexte dépassionné, et non pas suite à un quelconque fait divers. En effet, si
l’actualité des sectes est peut-être moins spectaculaire qu’il y a quelques
années, cela ne signifie en aucun cas qu’elles perdent du terrain ou qu’elles
aient renoncé à faire du prosélytisme.
Chaque année, la mission
interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires – la
Miviludes – publie un rapport, et elle a montré la persistance du phénomène,
notamment par le biais du développement de microstructures plus difficiles à
cerner que les grandes organisations bien connues.
Plus précisément, le rapport pour 2005 de
la Miviludes démontre que les enfants sont une cible de choix pour les
mouvements sectaires. Il mentionne : «à l’évidence, l’enfant est au cœur des préoccupations des dirigeants sectaires: il représente
l’avenir, le développement potentiel du groupe, il est malléable et sans
défense, on croit pouvoir le formater».
Certes, il existe au sein du ministère de
l’éducation nationale une cellule de prévention du phénomène sectaire qui exerce
de nombreux contrôles, y compris dans les établissements hors contrat et auprès
des enfants qui reçoivent un enseignement à domicile. Cependant, ces contrôles
ne semblent pas suffisants puisque la Miviludes cite des sectes ayant mis en
place des établissements d’enseignement aux pratiques critiquables, telles que
l’absence de titres du personnel d’encadrement ou le non-enseignement de
certaines matières.
Par ailleurs, le même rapport dresse un
inventaire de l’ensemble des moyens utilisés par les sectes pour approcher les
enfants. On y trouve par exemple l’enseignement par correspondance, dont le
ministère de l'éducation nationale juge le contrôle impossible ; le secteur du
soutien scolaire, qui est totalement libre ; les centres de loisirs et de
vacances en France mais parfois aussi à l’étranger ; l’utilisation du réseau
Internet.
On le voit, les moyens d’embrigadement
potentiels des mineurs sont très nombreux. Généralement anodins en apparence,
ils n’entraînent pas de méfiance de leur part ni de celle de leurs parents.
C’est pourquoi il semble indispensable de mener une réflexion approfondie sur
ces structures en contact avec les enfants, dont les pratiques peuvent avoir de
très graves conséquences sur leur santé physique et mentale.
En effet, au-delà de la manipulation
exercée sur des enfants, qui n’ont pas encore acquis de capacités de
discernement propres, il est malheureusement avéré que certains groupes
sectaires exercent des mauvais traitements, voire des violences physiques, en
vertu de prétendus principes éducatifs.
Le rôle d’une commission d’enquête
devrait donc être tout d’abord d’étudier les conséquences pour l’enfant de
l’appartenance à une secte, généralement par l’intermédiaire de ses parents. Si
la liberté religieuse est un droit de l’homme fondamental, il est toutefois
nécessaire de tenir compte de la situation particulière des mineurs et il faut
s’assurer qu’ils peuvent continuer d’exercer leur libre arbitre dans un
environnement sectaire, qu’ils n’ont pas eux-mêmes choisi. On estime environ à
20 000 le nombre d’enfants présents dans les sectes en France.
Mais la commission d’enquête devrait
aussi s’intéresser aux nombreux moyens insidieux utilisés par les sectes,
souvent en se dissimulant, pour approcher des enfants en qui elles voient de
futurs adeptes ou des vecteurs de propagande en direction de leurs parents. La
recherche d’une influence en direction de la jeunesse n’est en aucun cas un
fantasme, mais une réalité très inquiétante. Il est indispensable de protéger
les mineurs d'agissements répréhensibles qui peuvent aller jusqu’à provoquer la
mort et de permettre un développement harmonieux de leur
personnalité.
Afin de faire toute la lumière sur cette
question, l’outil de la commission d’enquête parlementaire semble tout à fait
adapté. Certes, la Miviludes fait un travail remarquable, mais elle ne peut, ni
ne veut, se substituer à la représentation nationale.
Dans le passé, la commission d’enquête
s’est révélée un outil très utile dans la lutte contre les dérives sectaires.
En 1995, la commission d’enquête sur les sectes, présidée par M. Alain Gest, et
dont M. Jacques Guyard était le rapporteur, a publié un rapport qui a beaucoup
fait pour la connaissance du phénomène sectaire. De même, en 1999, la commission
d’enquête sur la situation patrimoniale et fiscale des sectes, ainsi que sur
leurs activités économiques et leurs relations avec les milieux économiques et
financiers, présidée par M. Jacques Guyard et dont M. Jean-Pierre Brard était le
rapporteur, a plus particulièrement insisté sur le poids économique et financier
de ces mouvements, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la formation
professionnelle ou de la santé. C’est également aux initiatives parlementaires
convergentes de notre ancienne collègue Catherine Picard et du sénateur Nicolas
About que nous devons l’adoption de la loi du 12 juin 2001, tendant à renforcer
la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux
droits de l’homme et aux libertés fondamentales. Cette loi a créé pour la
première fois un délit d'abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de
faiblesse.
S’il est un domaine où les travaux
parlementaires ont permis de réelles avancées, c’est donc bien celui de la lutte
contre les sectes. Compte tenu de la sensibilité du sujet au regard des libertés
publiques, notamment de la liberté religieuse, la lutte contre les sectes doit
reposer à la fois sur une légitimité incontestable, celle du suffrage universel,
et sur une exigence sinon d’unanimité, du moins d’esprit non
partisan.
Les travaux parlementaires menés dans ce
domaine ont toujours su concilier ces deux impératifs, permettant ainsi de
donner efficacité et légitimité démocratique à la lutte contre les dérives
sectaires. Les débats de la commission des lois ont montré une volonté quasi
unanime de continuer la réflexion sur les dérives sectaires dans un cadre apaisé
et non partisan, eu égard notamment à l’importance des questions qu’il nous
faudra aborder. C’est pourquoi, mes chers collègues la commission vous
recommande d’adopter la proposition de résolution qui nous est présentée
aujourd’hui. (Applaudissements sur tous les
bancs.)
Discussion
générale
Mme
la
présidente. Dans
la discussion générale, la parole est à M. Philippe Vuilque, pour le groupe socialiste.
Cette proposition émane de l’ensemble des
membres du groupe d’études sur les sectes de notre assemblée, groupe que j’ai
l’honneur de présider. Elle a été signée par 129 de nos collègues, toutes
tendances politiques confondues, ce qui est assez rare pour mériter d’être
signalé. Le groupe d’études a toujours fonctionné d’une manière unanime : c’est
ce qui fait sa force et sa crédibilité. Notre assemblée a joué et joue un rôle
moteur dans la mise en œuvre d’une politique déterminée de lutte
contre les dérives sectaires.
La situation reste aujourd’hui
préoccupante. C’est pourquoi nous ne devons pas renoncer à la lutte contre les
dérives sectaires au motif fallacieux que cela porterait atteinte à la liberté
de conscience et aux libertés religieuses. Notre République laïque nous commande
de ne jamais juger du contenu des croyances, de n’en interdire aucune, mais de
n’en labelliser aucune. Néanmoins, nous ne devons pas laisser le champ libre à
ceux qui méprisent les fondements du pacte républicain et ses lois.
Dans la lutte contre les dérives
sectaires, un engagement prime sur tous les autres : la nécessité de protéger
les enfants et les mineurs de l’emprise sectaire. Aujourd’hui, en effet,
plusieurs dizaines de milliers d’enfants sont en danger. Nous avons eu
connaissance de témoignages poignants et dramatiques, de cas d’enfants humiliés,
violés, maltraités, marqués dans leur chair, mais aussi traumatisés par leur
passage au sein d’un groupe sectaire. Ce sont des victimes détruites, des
enfances saccagées, des familles déchirées à jamais. Nous ne pouvions, nous ne
pouvons rester indifférents : notre devoir est d’agir.
Les enfants sont en effet une cible de
choix pour les mouvements sectaires. La Miviludes, dont je tiens à saluer le
travail, fait le même constat que nous sur ce sujet sensible et consacre un
chapitre important de son dernier rapport à l’indispensable protection des
mineurs contre l’emprise sectaire. Je l’ai dit, plusieurs dizaines de milliers
d’enfants sont concernés.
L’enfant évoluant dans un environnement
sectaire est menacé à deux titres : en tant que mineur et adepte. Son statut de
mineur le place de fait dans un état de vulnérabilité face aux actes délictueux
commis à son égard. De plus, le groupe sectaire totalitaire prive l’individu,
notamment par le biais de la manipulation mentale, de son libre arbitre et de sa
capacité à penser et agir par lui-même pour le placer en état de sujétion.
Devenu objet, l’enfant ne possède plus de droits mais uniquement des devoirs. Il
doit tenir un rôle, remplir une mission auprès du groupe et du leader, dans la
logique d’une obéissance absolue.
L’enfant peut être manipulé tout petit,
voire avant sa naissance comme au sein de la Fraternité Blanche Universelle. Les
enfants ont un second père : le maître qui optimise l’énergie et le karma des fœtus. Cela prêterait à rire si ce n’était pas dramatique. D’autres
groupes veillent à la naissance des tout-petits, telle la Soka Gakkai où
l’attachement aux parents devient une attitude négative et égoïste. Pour le
fondateur du mouvement, «l’idéal est d’élever les enfants pour qu’ils
chérissent l’organisation». On invente des recettes miracles pour les régimes
des bébés. L’ineffable Ron Hubbard, fondateur de la scientologie, considère
l'allaitement maternel comme néfaste et il préconise de le remplacer par des
biberons faits avec de l’eau d'orge, du lait pasteurisé et du sirop de sucre.
J’en passe et des meilleures.
Cette énumération illustre les dégâts de
ce genre d’imbécillités et prouve que l’enfant est au centre des préoccupations
des dirigeants sectaires, aux yeux desquels il représente l’avenir, le
développement potentiel du groupe. Il est malléable, influençable, sans défense.
« Je ferai de vous des esclaves heureux » disait le même Ron Hubbard. Les
conséquences de l’appartenance à une secte sont bien évidemment importantes et
dramatiques pour l’enfant.
Ce qui frappe d’abord, c’est l’intense
souffrance de ces jeunes enfants soumis à des maltraitances affectives,
physiques et psychologiques, à des ruptures familiales terribles. L’aliénation
des parents soumis au gourou transforme l’image des parents, coupe le lien
affectif et provoque des drames.
Dans tous les groupes sectaires, les
enfants vivent l’enfermement et l’isolement. L’éducation y est formatée ou
interrompue, le conformisme s’impose et, dans la plupart des cas, c’est la
maturation psychologique qui est atteinte.
De récentes décisions de justice ont
révélé l’acuité du problème.
Ainsi, entre autres jugements, la cour
administrative d’appel de Douai a, le 3 mai 2001, rejeté l’appel de parents
témoins de Jéhovah pour un refus d’agrément en vue d’une adoption, la cour
d’assise de l’Essonne a, le 4 juillet 2003, condamné à quinze ans de réclusion
criminelle pour viol, viol aggravé et corruption de mineurs le gourou fondateur
de l’instinctothérapie et la cour d’assises du Finistère a récemment condamné
les parents du petit Kéryvan, adeptes de la kinésiologie, à cinq ans
d’emprisonnement pour privation de soins et d’aliments ayant entraîné la mort.
Toutefois, pour quelques décisions de justice, combien de pratiques non
sanctionnées, de drames et de souffrances ?
Notre devoir est de nous en occuper, tout
simplement, et le meilleur moyen demeure la création d’une commission d’enquête,
qui est un outil très utile dans la lutte contre les dérives sectaires. Celle de
1995, qui a permis d’analyser et de mettre en lumière les pratiques illégales
des sectes, a eu un grand retentissement et celle de 1999, à laquelle j’ai eu
l’honneur de participer, a permis de faire la lumière sur les situations
patri- moniale, fiscale et économique des sectes. Cette commission d’enquête a, du
reste, été utilement complétée par l’adoption de la loi du 12 juin 2001, dite
« About-Picard », tendant à renforcer la prévention et la répression des
mouvements sectaires, comme l’a rappelé notre rapporteur.
Les travaux parlementaires ont donc
permis de réelles avancées. Nous pouvons aujourd’hui les compléter dans la
sérénité sur un sujet ô combien sensible.
Cette commission d’enquête, qui est
attendue par la Miviludes et par toutes les associations de lutte contre les
dérives sectaires, est redoutée par les organisations sectaires.
Notre objectif n’est pas de créer une
commission d’enquête pour le plaisir, mais d’être utiles et efficaces : à cette
fin, il convient de mettre en lumière, à partir d’un constat, les pratiques
odieuses des sectes et de faire œuvre pédagogique. Nous pourrons
ainsi aboutir à des propositions pragmatiques et concrètes afin de mieux lutter
contre l’embrigadement des enfants par les sectes.
Comme l’a récemment montré la commission
Outreau, une commission d’enquête conduite dans un esprit non partisan est à
l’honneur du Parlement. Je vous demande donc d’adopter à l’unanimité cette
proposition de résolution. (Applaudissements
sur tous les bancs.)
Mme la
présidente. La
parole est à M. Olivier Jardé, pour le groupe UDF.
M. Olivier
Jardé. Madame la présidente, mes chers collègues, même si les sectes
aujourd’hui, apparemment du moins, défraient moins la chronique, leur
développement en France reste préoccupant. Des hommes et des femmes, parfois des
enfants, sont touchés au cœur de leur dignité, quand ils ne sont
pas atteints dans leur intégrité physique ou morale.
Dans son rapport de 2005, la Mission
interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires a
notamment souligné la vulnérabilité des enfants et la nécessité de protéger les
mineurs contre les sectes. Elle a également insisté sur la manipulation des
enfants par les sectes, lesquelles utilisent la cellule familiale comme relais
pour propager leurs doctrines et sont généralement responsables de déséquilibres
familiaux perturbant l’enfance, pilier de chaque être. Il appartient à l’État
d’intervenir en vue de contenir l’influence sectaire. Certains dispositifs
existent déjà, notamment la cellule de prévention du phénomène sectaire au sein
du ministère de l’éducation nationale, qui est chargée de contrôler l’éducation
scolaire des enfants. Malheureusement, cela ne suffit pas.
Dans cette lutte contre les sectes, notre
assemblée a toujours joué un rôle précurseur, ce dont nous ne pouvons que nous
féliciter. Le groupe UDF y a grandement contribué : mes collègues Francis
Hillemeyer, Rudy Salles et François Sauvadet participent ainsi activement au
groupe d’étude parlementaire sur les sectes, qui constitue comme un observatoire
de vigilance permanent et représente une véritable force de proposition, et
c’est à la suite du travail du sénateur Nicolas About et de notre ancienne
collègue Catherine Picard que la loi du 12 juin 2001 a été adoptée, créant pour
la première fois un délit d’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de
faiblesse. À l’heure où l’UDF propose de dépasser le traditionnel clivage entre
la droite et la gauche, je me réjouis de l’état d’esprit non partisan qui anime
notre volonté de lutter contre les dérives sectaires.
Aujourd’hui encore, en proposant la
création d’une commission d’enquête relative à l’influence des mouve- ments à
caractère sectaire, adoptée à l’unanimité lors de son examen devant la
commission des lois, c'est l'Assemblée nationale qui fait avancer les
choses.
S’il est impossible de définir
juridiquement une secte, il est en revanche possible de reconnaître un
groupe- ment sectaire à ses comportements : l’embrigadement des enfants et les
atteintes à leur intégrité physique constituent des critères sûrs. Aussi cette
commission d’enquête se fixe-t-elle un double objectif: d'une part, l'étude des
conséquences pour l’enfant de l’appartenance à une secte, d’autre part,
l’analyse des moyens insidieux, notamment les centres de loisirs, l’enseignement
par correspondance ou Internet, que les sectes utilisent pour approcher des
enfants, en vue d’en faire de futurs adeptes ou des vecteurs de propagande
auprès de leurs parents.
C’est pourquoi, bien qu’aucune action, en
la matière, ne puisse être définitive ni suffire à résoudre un problème aussi
grave – on ne peut malheureusement espérer un grand soir des sectes, permettant
de régler la question une fois pour toutes –, du moins avons-nous le sentiment
d’avancer, même si c’est à petits pas. C’est dans le cadre d’un tel constat,
mais avec la satisfaction de voir la France progresser dans la lutte contre les
sectes par-delà les clivages politiques, que le groupe UDF votera cette
proposition de résolution. (Applaudissements
sur tous les bancs.)
Mme la
présidente. La
parole est à M. Jean-Pierre Brard, pour le groupe des député-e-s communistes et
républicains.
M. Jean-Pierre Brard. Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mes chers
collègues, permettez-moi, pour commencer, de citer le rapport d’activité pour
2005 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les
dérives sectaires – la Miviludes –, qui est directement rattachée au Premier
ministre. Son président a tout récemment écrit dans l’introduction : « Pendant
les dix années écoulées, le gouvernement français a considéré de son devoir de
garantir la sûreté des citoyens en faisant preuve d’une grande vigilance, en
alertant le public sur les risques sectaires et en luttant contre les
agissements délictueux.
« L’Observatoire interministériel des
sectes en 1996, la Mission interministérielle de lutte contre les sectes en 1998
et, depuis le 28 novembre 2002, la Mission interministérielle de vigilance et de
lutte contre les dérives sectaires ont eu pour fonction d’analyser le phénomène,
d’en suivre les évolutions et de fournir au Gouverne- ment ainsi qu’au Parlement
toutes informations nécessaires afin que soient assurés la protection des
personnes, le libre exercice des libertés individuelles et la défense de la
dignité des êtres humains, dans le plus strict respect de la liberté de
conscience et de pensée.
«Le Parlement s’est montré extrêmement
attentif à ces questions, et cela de manière très consensuelle. Le vif intérêt
manifesté en ce domaine par la représentation nationale a toujours constitué,
pour les gouver- nements successifs, à la fois un encouragement en même temps
qu’un signe fort de la légitimité de son action contre les dérives sectaires et
les atteintes inacceptables aux droits de l’homme qu’elles
induisent.»
Ce propos confirme le fait que le
phénomène sectaire interpelle les pouvoirs publics au plus haut niveau. Aucune
société civile ne peut en effet tolérer des transgressions permanentes des lois
qui la régissent.
Quand des mouvements usurpant le discours
religieux utilisent la liberté en vue de faire progresser l'obscu- rantisme et,
partant, de bafouer les libertés, ils quittent le terrain des idées et des
croyances pour entrer dans la sphère du politique et du juridique. C’est le cas,
trop souvent, des groupements sectaires qui, de surcroît, exploitent aujourd’hui
à leur profit les vides de notre société, l’absence de lisibilité,
l’effondrement des grands systèmes idéologiques, la peur de l’avenir et la
difficulté de comprendre ce qui nous arrive sur les plans individuel et
collectif. Non seulement ces groupes menacent l’ordre public lorsqu’ils se
radicalisent, mais, plus encore, du fait de leurs agissements au quotidien et
loin des médias, combien de personnes abusées et spoliées, de couples brisés, de
parents accablés, de vies mises en danger ?
Souvenez-vous de ce petit garçon, victime
de privation de soins, mort au service des urgences d’Avallon, dans l’Yonne, en
août 1999 : six membres de l’association Joie et Loisirs ont été condamnés en
mars dernier par la vingtième chambre de la cour d’appel de Paris pour privation
de soins ou d’aliments sur des mineurs. Selon l’arrêt, le régime imposé aux
membres de l’association n’était composé que de fruits, de fromages, de produits
laitiers et d’eau. Un mode d’alimentation qui, aux dires des experts, est
« désastreux pour la croissance, le développement mental et la santé » des
enfants. Au moment de la découverte des faits, les enfants souffraient, selon
les cas, d’anémie, de retard de croissance et de carences en vitamines ou en
fer, voire de début de rachitisme.
Le 7 octobre 2005, la cour d’assises de
la Gironde a, quant à elle, condamné un ex-adepte des Témoins de Jéhovah à la
peine de douze ans de réclusion criminelle pour viols sur mineur de quinze ans
par ascendant légitime. Les Témoins de Jéhovah avaient jugé le coupable en le
traduisant devant leur conseil des anciens, tout en se gardant bien de saisir la
« justice des hommes » – c’est leur formule –, c’est-à-dire la justice de la
République. Notre devoir de législateur est de doter la justice des moyens
nécessaires pour mettre fin à ces pratiques criminelles intolérables dans notre
État de droit.
Autres cas : la condamnation, fin 2001, à
douze ans de réclusion criminelle, d’un couple de parents adeptes de l’Ordre
apostolique Tabitha’s Place pour avoir volontairement privé d’aliments et de
soins leurs enfants, au point de compromettre la santé de leur fils, âgé de
moins de 15 ans, ou celle, encore, sur les mêmes chefs d'accusation, de deux
parents kinésiologues, qui ont dû répondre devant la justice, en 2004 et 2005,
de la mort de leur enfant de dix-neuf mois. Leur procès, qui a permis de révéler
les dommages provoqués par l'application stricte de préceptes alimentaires
aberrants dans le cas d’une femme allaitant son enfant âgé de quelques mois
seulement, a été l’occasion de soulever publiquement, devant l’opinion et dans
les médias, la question de la dangerosité potentielle de la mouvance
kinésiologue.
Témoins de Jéhovah, Ordre apostolique
Tabitha’s Place, Joie et Loisirs, ou Kinésiologie : ce sont là des orga-
nisations
criminelles qui n’hésitent pas à solliciter nos concitoyens. Aussi cette
commission d’enquête nous permettra-t-elle d’actualiser les informations
collectées en 1995 et 1999, comme nous en avions formulé le souhait il y a un
an, à l’occasion de la parution de la circulaire du Premier ministre adressée
aux ministres et aux préfets et relative aux principes et aux modalités de
l’action en matière de lutte contre les dérives sectaires.
N’en déplaise à ceux qui espéraient
une régression de la politique française de lutte contre les sectes, un an plus
tard, l’Assemblée confirme son engagement pour la défense des libertés
individuelles et collectives et se donne les moyens de rappeler les règles de la
République.
Ce qui importe aujourd’hui, c’est de
renforcer notre vigilance contre toutes les formes de dérive sectaire de nature
à mettre en cause les libertés individuelles et collectives et de nature à
porter atteinte à l’intégrité psychique ou physique – souvent les deux –, des
personnes et, en particulier dans le cas qui nous occupe, des
mineurs.
Ainsi, lorsque l’enfant ou le jeune est
soumis à des parents sous emprise, qui peut le protéger, si ce n’est l'État et
ses lois ? Lorsqu’un enfant est abusé, maltraité, affamé, mis sous emprise
morale et psychologique, qui peut le sauver, si ce n’est la justice de la
République? Lorsqu’un enfant connaît une éducation défail- lante,
intellectuellement, physiquement ou affectivement, comment espérer qu’il puisse
devenir un citoyen libre? Comment préserver son autonomie, sa capacité
d’apprendre, et la joie de vivre à laquelle il a droit ? Comment donc nous,
législateurs, ne serions-nous pas choqués et révoltés, comment ne
réagirions-nous pas?
Il nous appartient d’examiner
objectivement et sereinement la situation, de prendre le temps d’établir un
véritable état des lieux des conséquences de l’influence des sectes sur la santé
physique et mentale des mineurs, d’étudier enfin les moyens dont disposent les
acteurs concernés pour combattre, prévenir, mais aussi sanctionner ce type de
dérives.
Cette réflexion doit nous conduire, si
nécessaire, à une adaptation de la politique mise en œuvre pour
lutter contre les pratiques répréhensibles des organisations sectaires. En
effet, ne sous-estimons pas la capacité de ces dernières à s’adapter, à faire
pression, comme le montre cette lettre que j’ai sous les yeux, adressée au
président de l’Assemblée par la convention des associations et particuliers pour
la liberté de conscience qui, sous ce nom ronflant, n’est rien qu’une émanation
de la scientologie. Cette association n’est qu’une sorte de syndicat des
sectes.
M. Georges Fenech, rapporteur. Il est bon de le
souligner !
M. Jean-Pierre Brard. Cette lettre témoigne des méthodes que ces organisations
criminelles utilisent. Je souhaite à cet égard saluer le rôle que vous avez
joué, le président de l’Assemblée nationale et vous-même, monsieur le président
de la commission des lois, pour que nous nous réunissions ce matin et prenions
la décision de constituer cette commission d’enquête.
Après tout, il n’est pas si fréquent,
dans cette assemblée, que nous soyons tous d’accord ; mais dès lors qu’il s’agit
de la défense des libertés individuelles et collectives, qui renvoient aux
principes fondateurs de notre État, je crois qu’il est tout à l’honneur du
Parlement de se rassembler sur un sujet aussi important que la protection de nos
enfants.
Les parlementaires ont toujours su créer
les conditions pour que ces grands principes qui fondent notre État ne soient
pas des sujets de discorde et d’affrontements politiciens.
M. Olivier
Jardé. Tout à fait !
M. Jean-Pierre Brard. Ainsi notre collègue Decocq a soutenu Mme Charline
Delporte dans son combat magnifique contre les pressions, les manipulations de
cette organisation dangereuse : les Témoins de Jéhovah. Ce consensus prévaut
aujourd’hui encore, plus de dix ans après l’adoption, à l’unanimité, du rapport
de décembre 1995 sur les sectes en France.
Les pressions internationales –
d’outre-Atlantique, il faut le dire –, ne peuvent faire oublier à certains, y
compris dans l’appareil d’État, que ce sont les valeurs et fondements de notre
République qui sont en jeu. Il est du devoir de l’État de protéger les plus
vulnérables. Notre travail permettra de réaffirmer et de faire partager la
position française en matière de vigilance et de lutte contre les sectes, en
l’éclairant de notre analyse pour mieux protéger les mineurs. (Applaudissements sur tous les
bancs.)
M. Georges Fenech, rapporteur. Très bien
!
Mme la
présidente. La
parole est à M. Guy Geoffroy, pour le groupe de l’Union pour un mouvement
populaire.
M. Guy Geoffroy. Madame la présidente, monsieur le président de la
commission des lois, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, nous sommes
réunis ce matin dans cet hémicycle pour un vote que nous espérons unanime –
unanimité dont nous sommes sûrs, au fond – sur cette importante proposition de
résolution visant à créer une commission d’enquête relative aux dérives
sectaires et plus particulièrement à leurs conséquences extrêmement graves,
néfastes pour nos enfants.
«Réveillez-vous !» nous disent ces
groupes, sans doute pour mieux endormir notre vigilance.
M. Jean-Pierre Brard. Très bien !
M. Guy Geoffroy. Ils savent depuis longtemps que tout bon pédagogue se
doit de répéter inlassablement pour que les choses finissent par entrer. Or,
malheureusement, elles finissent trop souvent par entrer. Nous vivons en effet
dans une société incertaine où tout va trop vite, où les repères ont tendance à
disparaître, où, enfin, dans toutes les couches de la population, les individus,
quelles que soient leurs origines et quel que soit leur niveau culturel,
s’interrogent sur eux-mêmes, sur leur vie professionnelle, sur leur famille,
leur vie de couple et leurs enfants.
On sait que l’incertitude concernant
l’avenir de nos enfants est plus grande que celle que connaissaient nos parents
à notre sujet. On sait que l’incertitude professionnelle est aujourd’hui une
donnée de la vie des jeunes adultes et de ceux, plus avancés, qui pensaient se
trouver en sécurité et qui ne peuvent que constater, potentiellement à leurs
dépens, la progression de la précarité. On sait enfin que, malgré notre volonté
de croire en l’avenir, nous ne savons pas toujours le déchiffrer.
Bref, il y a plus que jamais un besoin de
croire, de se repérer et de faire appel aux valeurs fondamentales sur lesquelles
nous nous reposons à la fois dans notre vie personnelle et dans notre vie
collective. Parmi ces valeurs, deux connaissent un heureux regain: la religion
et la famille.
Les religions constituent parfois un
refuge mais aussi une espérance. Aussi, lors de la discussion du projet de loi
d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école, avons-nous décidé – et
notre collègue Jean-Pierre Brard était, avec d’autres, à l’origine de cette
initiative –, que la République laïque, plutôt que de leur cacher les réalités
religieuses, devait au contraire ouvrir les élèves à une claire connaissance des
religions, attribuant de la sorte à ces dernières leur juste place. Nous
signifions par là que nous avons conscience de la nécessité pour chacun de
croire, pourquoi pas en dehors des chemins de la République, mais sans
contredire la vérité de la République.
Ensuite, si nous parlons de la famille,
c’est en voyant tous ces enfants perdus, tous ces enfants dont on dit qu’ils
étaient prédestinés à la délinquance, alors qu’ils sont les premières victimes
de cette dérive. Or les familles ne savent plus très bien comment s’organiser
face à une vie quotidienne de plus en plus harassante et devant l’incertitude de
l’avenir dont j’ai déjà parlé.
Ces deux valeurs, parmi d’autres, nous
viennent spontanément à l’esprit quand nous cherchons notre chemin pour demain.
Ceux qui font profession, dans leur folie et dans leur calcul froid, de monter
des organisations pour prétendument nous aider, ont su comment profiter de notre
faiblesse.
On dira que les adultes sont responsables
de leur faiblesse, même si la réalité n’est pas aussi simple. Nous ne pouvons
cependant pas rester indifférents et nous avons le devoir d’intervenir lorsque
ce sont nos enfants – c’est-à-dire des êtres en devenir – qui sont concernés.
Certes, notre préoccupation ne date pas d’aujourd’hui, les orateurs précédents
l’ont rappelé. Le travail fouillé réalisé par notre pays à propos des sectes et
de leurs dérives est ancien et a déjà donné de bons résultats. Un arsenal
juridique existe, et on peut regretter qu’il ne soit pas suffisamment utilisé.
Devons-nous dès lors nous demander pourquoi créer cette commission d'enquête et
pourquoi nous préoccuper davantage qu’auparavant de cette question alors que des
dispositifs existent et qu’on peut constater une réelle prise de conscience dans
le pays ?
Je crois que le grand mérite de cette
proposition de résolution qui réunit tous les bancs de l’Assemblée est justement
de nous permettre de poursuivre le combat contre ce qui est sournois et qui agit
sans relâche sur les esprits fragiles. Il s’agit aussi de faire un point d’étape
dans cette lutte. Enfin, cette commission, à laquelle le groupe UMP participera
sans réserve, devra remobiliser les esprits. En effet, de nombreux sujets
viennent encombrer nos esprits, au point que l’on pourrait considérer que moins
parler des sectes signifierait que le fléau tendrait à régresser. Or il n’en est
rien, parce que nous ne combattons pas à armes égales, tant il est vrai que les
sectes savent trouver de nouveaux ressorts pour agir et qu’il nous faut les
connaître pour mieux lutter contre elles.
La commission d’enquête constitue un
outil efficace et ce n’est pas vous, monsieur le président de la commission des
lois, rapporteur de la commission d’enquête sur l’affaire dite d’Outreau, qui
allez me contredire. Nous sommes ici un certain nombre de membres de ladite
commission qui avons pu mesurer combien cet outil était efficace pour peu que
nous voulions vraiment aller au fond des choses et assumer réellement nos
responsabilités.
Nous avons pu vérifier combien nos
concitoyens appréciaient non pas un consensus mou, de convenance, mais, au
contraire, que ces commissions soient animées d’une volonté forte qui dépasse
nos différences, montrant que la représentation nationale dans son ensemble est
capable de relever les défis de l’analyse, de la proposition et, espérons-le, de
la mise en œuvre.
C’est donc dans la volonté de ne pas
relâcher le combat, d’actualiser et d’analyser nos connaissances, de promouvoir
des propositions à même de protéger plus efficacement nos enfants, que la
création de cette commission d’enquête est proposée.
Madame la présidente, monsieur le
président de la commission des lois, monsieur le rapporteur, mes chers
collègues, pour toutes les raisons évoquées par chacun des représentants des
groupes, il est nécessaire de créer cette commission d’enquête à laquelle je
souhaite, comme tous les membres du groupe UMP, la même ardeur au travail, la
même efficacité et le même prolongement que la commission Outreau, qui a achevé
ses travaux le 6 juin dernier. Le groupe UMP ne dérogera pas au devoir de voter
la présente proposition de résolution. (Applaudissements sur tous les
bancs.)
M. Georges Fenech, rapporteur. Très bien !
M. Christian
Decocq. Ça, c’est un
orateur !
Mme la
présidente. La
parole est à Mme Martine David, pour le groupe socialiste.
Mme Martine David. Madame la présidente, monsieur le président de la
commission des lois, mes chers collègues, depuis de nombreuses années déjà,
l’Assemblée s’est emparée avec courage et détermination de la question des
sectes. Ainsi, la loi About-Picard du 12 juin 2001, déjà mentionnée, avait
constitué l'aboutissement législatif d’une série de travaux
parlementaires.
Dans une optique de prévention des
atteintes aux droits de l’homme, nous avions notamment créé le délit d'abus
frauduleux de l’état d’ignorance ou de faiblesse. Parallèlement à notre action,
les gouvernements successifs ont mis en place une veille permanente sur cette
question par le biais, d’abord, de l’observatoire interministériel des sectes,
puis de la MILS et aujourd’hui de la Miviludes, qui réalise un remarquable
travail.
Cette double vigilance parlementaire
et gouvernementale a donné des résultats tangibles en matière de prévention et
de lutte contre les dérives sectaires. Cependant, malgré cette surveillance et
l’arsenal juridique mis en place pour limiter leurs nuisances, les sectes n’ont
pas renoncé au prosélytisme. Pis, leurs menées se sont adaptées au contexte :
elles ont multiplié leurs moyens d’action, modifié parfois leur apparence ou
leur nom, diversifié leurs cibles. De fait, les enfants et les adolescents sont
devenus un public très exposé à ces agissements.
Il est de notre responsabilité d’enquêter
sur les moyens d’embrigadements des mineurs afin de proposer des réponses
concrètes, car l’emprise sectaire peut s’avérer ravageuse pour le développement
des enfants.
Une des pistes les plus intéressantes
pour la protection des jeunes est le renforcement du contrôle de l'obligation
scolaire. En effet, si la loi du 18 décembre 1998 a permis de faire disparaître
la plupart des écoles présentant un caractère sectaire, différents mouvements
utilisent encore le biais de l’enseignement à distance ou d’un pseudo-soutien
scolaire pour distiller leurs thèses et soumettre de jeunes adeptes. Jamais la
formation ne doit restreindre l’épanouissement des enfants : aussi est-il
pertinent d’assurer un contrôle renforcé des établissements délivrant un
enseignement à distance et des officines intervenant dans la galaxie du soutien
scolaire et de l’aide aux devoirs.
Une autre piste est sans nul doute le
développement de la prévention. Les sectes s’attaquent d’autant plus facilement
aux individus qu’elles avancent masquées. Il faut donc renforcer la publicité et
rendre aisément accessible la liste des organisations présumées sectaires. De
même, on ne peut laisser certains mouvements se livrer à une propagande sans
contrainte. Comme l’a souligné Jean-Pierre Brard, nous devrons examiner la
situation des maires confrontés à des rassemblements de très grande ampleur,
comme celui qu’organisent les Témoins de Jéhovah dans trois semaines à Lens. Le
stade de cette ville étant une enceinte privée, le maire est privé de moyens
d’action efficaces pour empêcher cette vaste campagne. Or les conséquences de
telles manifestations sont toujours très graves pour les mineurs
vulnérables.
Il nous appartiendra également de
réfléchir aux moyens d’action de parents divorcés qui peinent à obtenir la garde
de leurs enfants alors que ceux-ci risquent d’être soumis à l’emprise d’une
secte. L’actualité nous a malheureusement apporté des exemples de tels
cas.
Les orateurs qui m’ont précédée ayant
largement évoqué ce sujet, je ne reviendrai pas sur la nécessité d'étudier la
diversité des situations vécues par les enfants et les adolescents embrigadés.
Des modes de réadaptation à une vie en dehors du milieu sectaire doivent être
proposés à ceux qui ont subi les plus graves traumatismes. Les conséquences
physiques et psychologiques d’un assujettissement sont graves, durables, et
nécessitent une attention toute particulière. La démonstration en a été faite,
notamment, lors de la journée organisée dans ma commune par le groupe d’études
de l’Assemblée nationale il y a trois mois. Nous avons fait là un bon travail de
préparation pour notre future réflexion au sein de la commission
d’enquête.
La liste que je viens de dresser ne
saurait être exhaustive. Mais les éléments que j’ai évoqués attestent la
nécessité de créer cette commission d’enquête afin de mieux assurer la
protection des mineurs face à l'influence néfaste des mouvements à caractère
sectaire.
Je tiens à remercier à mon tour le
président de la commission des lois.
M. Philippe Houillon, président de la
commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l’administration
générale de la République. Eh bien, je ne regrette pas d’être venu !
Mme Martine David. Tout arrive, monsieur le président ! Réjouissez-vous !
(Sourires.)
M. Serge Blisko. Oui, profitez-en !
M. Jean-Pierre Brard. C’est en effet une première
!
M. Jacques Remiller. Vous oubliez la commission Outreau, monsieur
Brard !
Mme Martine David. Je salue les efforts de plusieurs de nos collègues pour
arracher la création de cette commission d’enquête, et remercie tout
particulièrement Philippe Vuilque, président de notre groupe d’études, qui n’a
pas ménagé sa peine pour emporter la conviction. Aujourd’hui, nous sommes tous
d’accord pour créer cette commission. Le groupe socialiste approuve totalement
cette nouvelle initiative parlementaire. (Applaudissements sur tous les
bancs.)
Mme
la
présidente. La
discussion générale est close.
Article
unique
Mme
la
présidente.
J’appelle maintenant l’article unique de la proposition de résolution dans le
texte de la commission.
Je ne suis saisie d’aucune explication de
vote.
Je mets aux voix l’article unique de la
proposition de résolution.
(L’article unique de
la proposition de résolution est adopté.)
Mme
la
présidente. Je
constate que le vote est acquis à l’unanimité. (Applaudissements sur tous les
bancs.)
Constitution de la commission
d’enquête
Mme
la
présidente. Les
candidatures à la commission d’enquête qui vient d’être créée devront être
transmises avant ce soir à dix-huit heures, la réunion constitutive ayant lieu
demain à neuf heures trente.