Les sectes guérisseuses !

Psychothérapie et faux souvenirs

Les nouveaux visages des sectes (ledauphine.com - 7 mai 2008)

Le retour à l'obscurantisme. Le docteur Didier Legeais, président du syndicat des médecins de l'Isère, répond à nos questions (ledauphine.com - 3 mai 2008)

Psychothérapeutes aux pratiques déviantes. "Fragile, on est une proie idéale" (Metro - 4 avril 2008)

Sectes, mensonges et faux souvenirs (Metro - 03-04-2008)

"Marie s’inventait de faux souvenirs" (Metro - 03-04-2008)

Les psychothérapeutes de nouveau épinglés par la MIVILUDES (20 minutes - 4vril 2008)

Ces gourous qui utilisent la manipulation mentale (Le Figaro - 4 avril 2008)

Dérives sanitaires, sectaires et thérapeutiques (La Gazette Santé Social - 13 avril 2008)


Les dérives de certaines cures «miraculeuses»

Kinésiologie et dérives sectaires (JO - 4 juillet 2006)

Rebirth, Renaissance, psychothérapie de groupe, kinésiologie: De nombreux praticiens de santé sont branchés sur le sectaire (journal-lamarseillaise.com - 2 mai 2008)

ECK (Energo Chromo Kinese) fondée par le docteur Patrick Véret propose un traitement sans aucun fondement scientifique (Académie de médecine - 5 mai 1992)

Les nouveaux visages des sectes

http://ledauphine.com/index.jspz?article=22578 - 7 mai 2008
[Texte intégral]
 
La thématique du "développement personnel" est au coeur d'une montée
en puissance de pratiques particulièrement inquiétantes...

Sur l'inépuisable marché de l'obscurantisme, les sectes conquièrent des parts tous les jours. De l'église de Scientologie aux micro-associations locales, toutes surfent sur les mouvements en vogue. La thématique du "développement personnel" est ainsi au coeur d'une montée en puissance de pratiques particulièrement inquiétantes inspirées pour la plupart du courant New Age. Selon nos informations, des dizaines d'associations suspectées de dérives sectaires par les pouvoirs publics sont créées chaque année en Rhône-Alpes, et cela en toute légalité...

"Nous sommes confrontés à un développement exponentiel des micro-structures qui exploitent les domaines de la thérapie individuelle pour prendre le contrôle de personnes en souffrance ou tout simplement mal dans leur peau", confirme Isabelle Ferrari, de l'ADFI (Association de défense des familles et de l'individu victimes de sectes)Savoie-Isère.

Des drames familiaux

Le développement de pratiques fumeuses, à mi-chemin entre charlatanisme et escroquerie, pourrait prêter à sourire si ces activités ne faisaient pas exploser chaque jour des familles entières. Car le processus de déso- cialisation des victimes est soigneusement rodé : en s'appuyant sur des méthodes connues - hypnose, sophro- logie, psychothérapie - et d'autres plus obscures (psychogénéalogie, décodage biologique des êtres vivants (sic), massages énergétiques, gestalthérapie, cristallothérapie, etc.), certains thérapeutes auto-proclamés instaurent une relation de domination amicale très forte avec les "patients" et suivent deux objectifs majeurs: les convaincre que leurs difficultés proviennent de leur entourage et de traumatismes infligés dans le passé.

Le cas dit "des faux souvenirs induits", détaillé dans le dernier rapport de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), est terrifiant: "Le syndrome du faux souvenir est le fait de praticiens ramenant systématiquement toutes les difficultés de la personne à des souvenirs occultés souvent depuis la prime enfance, de maltraitances tels l'abus sexuel (viol, inceste) dans l'entourage familial", détaille le rapport de la Miviludes. "Nous nous trouvons régulièrement confrontés à des personnes dont le conjoint a annoncé solennellement au cours d'une réunion de famille qu'il avait été violé par ses parents. Son psychothérapeute auto-proclamé l'avait convaincu de rompre définitivement avec son milieu familial", explique-t-on à l'ADFI.

Familles laminées du jour au lendemain, enfants confiés à la DDASS, suicides de parents accusés à tort et parfois placés en garde à vue : la sinistre mécanique sectaire produit son lot de désespoir. Selon un autre spécialiste rhônalpin des dérives sectaires, l'objectif principal des gourous est bien entendu financier. De fausses psychothé- rapies coûteuses en stages de développement personnel dirigés par des "coachs" plutôt intéressés, de séances "anti-stress" en stages de formation fantaisistes, le patient y laisse ses revenus, ses économies et, à l'occasion, celles de ses proches : jamais sans doute, "l'accomplissement de soi" n'a fait autant de dégâts !

De curieux cours de rattrapage

"Des micro-structures organisées en associations ont investi les secteurs de la santé, de l'éducation et de la formation. Elles sont parfois des émanations de grandes sectes et elles gangrènent littéralement le milieu asso- ciatif. Elles mettent à profit liberté d'association et d'expression pour se constituer en entité organisée ; dans un second temps, elles orientent leur action sur le domaine très à la mode de l'accomplissement de soi pour parvenir à leur but, qui est la prise de contrôle psychologique et financière", résume un très bon connaisseur du phénomène.

Le phénomène est à ce point alarmant que des responsables de l'éducation nationale mettent régulièrement en garde les parents d'élèves, comme cela s'est produit à Voiron (Isère) récemment, contre un organisme proposant des sessions de rattrapage à l'adresse des élèves en difficulté, et qui était en fait une "filiale" de secte très connue.

Plus largement, le secteur de la formation est devenu ces dernières années un vecteur de prosélytisme privilégié: certaines grandes administrations et de très honorables sociétés privées proposent régulièrement et en toute bonne foi à leurs salariés des stages organisés par des prestataires dont les véritables objectifs sont sujets à caution.

Denis MASLIAH

 

Lire aussi: "Le retour à l'obscurantisme"

Le retour à l'obscurantisme

http://www.ledauphine.com - 3 mai 2008
[Texte intégral]

Le docteur Didier Legeais, président du syndicat des médecins de l'Isère, répond à nos questions.

Les médecines parallèles et les prétendues thérapies basées sur des sciences occultes n'ont jamais eu autant de succès qu'aujourd'hui. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

- Une certaine partie de nos concitoyens sont sensibles aux thèses extravagantes des charlatans parce qu'ils ont cessé de se référer aux sciences pour se réfugier dans la croyance, dans la communication. D'une certaine façon, il s'agit d'un retour à l'obscurantisme: le monde médical est galvaudé parce que certains ont le sentiment de "savoir". Aujourd'hui, tout le monde pense être médecin ... En fait, il existe deux cas de figure: le médecin s'orientant sur des dérives sectaires dans le cadre de sa pratique, et la personne qui exerce sans être diplômée. Dans le premier cas, l'Ordre des médecins fait une enquête et statue dans le cadre du non-respect du code de déontologie. Dans le second, une plainte est déposée pour exercice illégal de la médecine.

Comment les faux soignants s'y prennent-ils pour capter leurs patients?

- Ils n'emploient jamais le verbe "soigner": ils "aident"! En revanche, ils tentent systématiquement de trouver une caution médicale indirecte, en prétendant par exemple que l'hôpital local leur envoie des patients ou que telle épouse de médecin est une patiente de longue date. D'autres prétendent être en relation directe avec "les médecins de l'au-delà"...

Les psychothérapeutes autoproclamés représentent un danger important de dérive sectaire. Qu'en pensez-vous?

- N'importe qui peut effectivement se revendiquer psychothérapeute. La psychologie ne relève pas de la médecine et nous n'avons, nous médecins, aucune prise directe sur ce phénomène. Ces personnes ne nuisent donc pas à la médecine mais à leurs patients! Les seuls "psys" à être médecins  sont les psychiatres, il est bon de le rappeler.

Quels conseils donnez-vous aux familles et aux personnes victimes?

- Avant de se tourner vers des solutions extravagantes, il est important de demander un avis médical. D'en prendre un deuxième s'il le faut.

Lorsque l'on est victime d'un charlatan, il faut signaler systématiquement les dérives à la justice ou à l'ordre des médecins. Le gros problème, c'est que les victimes hésitent à porter plainte car elles ressentent un très fort sentiment de culpabilité: celui d'avoir cru, pendant des années parfois, à des fadaises. Certains cas sont parfois tragiques: lorsque des "naturopathes" font croire à des gens atteints d'un cancer qu'ils vont guérir par un seul traitement à base de plantes, je peux vous dire que le résultat est dramatique. Et quand ces patients se tournent de nouveau vers la médecine, il est trop tard ...

Propos recueillis par Denis MASLIAH

France: Faux souvenirs

"Fragile, on est une proie idéale"

Metro, 4 avril 2008 par Alexandra Bogaert
[Texte intégral
 
Claude Delpech, présidente et fondatrice de l'AFSI, Association Faux Souvenirs Induits,
créée en juillet 2005 pour venir en aide aux familles et aux patients abusés:

Comment entre-t-on en contact avec ces psychothérapeutes aux pratiques déviantes ?

Par le bouche-à-oreille, par Internet, lors de stages professionnels de «développement personnel», payés par l'entreprise ou par l’Etat, dans le cadre du 1% reversés pour la formation professionnelle. Ou alors, plus simple- ment, on a mal au genou, on va chez le kiné et on tombe sur quelqu’un qui ne veut pas soigner notre mal physique mais notre âme.

Quelles sont les techniques de manipulation employées ?

L’hypnose, la sophrologie, la psychogénéalogie, l’analyse des rêves, les images, les massages énergétiques … Le psychothérapeute suggère par ses questions un scénario que s’approprie son patient. Ce sont les faux souvenirs induits, mais les victimes sont persuadées de les avoir réellement vécus.

Se fait-on piéger quand on est équilibré ?

Non. Il faut être dans un état de fragilité : quand on a un souci, qu’on se pose des questions sur sa vie amou- reuse, qu’on est influençable, on est une proie idéale. Le travail de séduction et de destruction en est facilité. A l'association, 73% des victimes sont des femmes trentenaires et diplômées, qui occupent des fonctions de cadre.

Quel intérêt un psychothérapeute trouve-t-il à inciter son patient à réinventer sa vie ?

En plus d’un intérêt pécuniaire évident - car les séances coûtent cher -, il jouit de sentir son emprise sur une autre personne, de la libérer de sa supposée souffrance, de la soumettre. Pour que son influence soit totale, il faut que sa victime rompe avec sa famille. Bien sûr, le psychothérapeute dit que c’est pour son bien, que ça va guérir ses traumatismes, liés à son enfance.

Comment cela se passe-t-il quand d’anciennes victimes reprennent contact avec leur famille ?

Il y a plusieurs cas. Avant tout, si certains enfants reviennent, ils sont peu nombreux. A l’AFSI, on ne compte qu'une dizaine de cas de retours en arrière sur les quelque 200 familles que compte l’association. Ces repentis sont cassés. Leur manipulation a parfois duré presque dix ans et le retour est difficile. Les souffrances causées ont été énormes. Par exemple, un père contre qui sa fille avait porté plainte et qui avait été blanchi, n’a pas voulu repren- dre contact avec elle. D’autres victimes, qui n’ont jamais porté plainte contre leurs parents, ne veulent plus aborder le sujet.

Sectes, mensonges et faux souvenirs

Metro - Mis à jour 03-04-2008 - Alexandra Bogaert
[Texte intégral]
 
Les psychothérapeutes impliqués dans des affaires de faux souvenirs sont médecins (10%), psychologues (10%), kinésithérapeutes (16%).
Les 64% restants sont d’origine diverse … et indéfinie.

Selon le rapport annuel sur les dérives sectaires, qui sort jeudi, une nouvelle technique d’endoctrinement fait des ravages: faire croire aux victimes qu’elles ont refoulé d’anciens traumatismes.

Comment peut-on, de bonne foi, se dire victime d’abus sexuels nés de sa seule imagination et accuser ses parents, innocents ? La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) s'est penchée sur cette question. Elle rend ce matin au Premier ministre son rapport annuel.

Ce document de 200 pages s’intéresse principalement au phénomène des faux souvenirs induits, décrit ainsi: «falsification ou détournement de la mémoire réelle ou imaginée par des praticiens incompétents ou poursuivant des objectifs d’asservissement des personnes leur accordant leur confiance». Les praticiens incriminés sont les psychothérapeutes qui, en France, n’ont pas besoin d’attester de diplôme spécifique pour visser leur plaque.

Suggestions insidieuses

Plus de la moitié des 10 à 15 000 psychothérapeutes recensés ont reçu une formation initiale insuffisante, voire pas de formation du tout. Si tous ne sont pas des charlatans, c’est dans leurs rangs que l’on recense le plus de dérives dangereuses. Notamment chez ceux qui, en s’appuyant sur une théorie développée aux Etats-Unis dans les années 60, ramènent toutes les difficultés d’un adulte à un traumatisme qu’il aurait subi dans l’enfance. Pour ces « psy », il s’agit, via diverses techniques de suggestion insidieuse, de faire surgir ces souvenirs enfouis pour guérir le malaise. Des personnes de 30 ou 40 ans – majoritairement des femmes - en viennent à accuser a poste- riori leurs parents des pires sévices. Certaines portent même plainte contre leurs géniteurs pour ces abus fantas- més. La rupture familiale est consommée, poussant parfois les parents au suicide.  

"Marie s’inventait de faux souvenirs"
Metro - 03-04-2008 - Alexandra Bogaert
[Texte intégral]

Une mère accusée avec son mari à torts par leur fille d’abus sexuel témoigne

Pour Françoise*, 58 ans, ses deux filles, «c’est toute [sa] vie». Pourtant, Marie*, la cadette, lui a fait vivre pendant près de deux ans un «véritable enfer». En 2005, Marie*, 30 ans à l’époque, tombe enceinte. Sa situa- tion sociale n’est pas stable. «Elle venait de déménager avec son ami – qu’elle connaissait depuis peu - loin de chez nous», raconte Françoise. Lors d’un examen de grossesse, une sage-femme qui trouve Marie fragile lui donne l’adresse d’une psychologie diplômée, qui pratique aussi la psychothérapie. «C’est là que l’enfer a commencé», relate Françoise.

La famille est «très soudée» et les contacts entre Marie et ses parents réguliers. D’où la surprise de Françoise quand elle reçoit, quelques jours avant Noël 2005, une lettre de sa fille. Les propos tenus sont «horribles». «Elle y écrivait que, grâce à sa psychologue, elle avait compris qu’elle avait toujours été maltraitée, mal aimée, que plus jamais elle ne serait notre victime et que si on voulait voir son bébé, il faudrait qu’un juge aux affaires familiales (JAF) nous y autorise. On était abasourdi.»

Revues porno

Mais ce n’est pas tout. Dans un autre courrier, adressé aux frères et sœurs de Françoise, Marie écrit que - tou- jours grâce à sa psychologue - elle se souvient avoir subi des sévices physiques, moraux et sexuels. «Attouche- ments, viols ? Mes frères et sœurs lui ont posé la question. Marie a hésité puis répondu que des revues porno étaient cachées dans ses jouets.» 

Débute alors pour Françoise et son mari une longue quête pour savoir qui est cette psy qui semble « avoir enlevé le cerveau » de leur fille. Mais Marie, qui assiste à une séance par semaine, ne répond plus aux mails ni au télé- phone. Désemparée, Françoise demande un droit de visite de sa petite-fille auprès du JAF. «Mais la psychologue a écrit au juge pour nous refuser tout droit de visite. Et lui a suivi son avis !» Cette démarche n’est toutefois pas été totalement vaine : «J’avais enfin le nom et l’adresse de la psychologue, et j’ai immédiatement porté plainte contre elle.» Une plainte classée sans suite, pour délit insuffisamment caractérisé. 

Douleur et trou noir

Françoise, son mari et sa fille aînée sont au 36e dessous. «Les anti-dépresseurs m’ont fait prendre dix kilos, je m’évanouissais au moindre effort. Si ma fille aînée ne m’avait pas prise en charge, j’aurais fait une bêtise.» N’y tenant plus, un beau jour, elle traverse la France pour affronter sa fille… qui appelle la police. «C’était terrible. Mais ça m’a permis d’expliquer ma situation aux policiers, qui ont aussi entendu la psy. J’ai alors appris qu’elle demandait à Marie de tenir un journal intime dans lequel Marie s’inventait de faux souvenirs. Elle était manipulée.» Et ? «Rien, constat d’impuissance totale.»

Au bout d’un an et demi de démarches, Françoise se résout à louer un appartement dans le Jura, à côté de chez sa fille, «pour voir [sa] petite-fille grandir, de loin». Pas la peine. Un mois avant la signature du bail, coup de fil de Marie. Elle autorise ses parents à voir son enfant. Sa psychologue ayant arrêté les séances de psychothérapie peu de temps avant, elle n’est plus sous influence. La famille se recompose. «Mais Marie est dans le déni. Cette période si horrible pour nous, où elle nous a fait tant de mal, elle semble l’avoir occultée. C’est le trou noir, comme si cette coupure et toutes ces souffrances n’avaient jamais existé.»

 

* les prénoms ont été modifiés

Les psychothérapeutes de nouveau épinglés par la MIVILUDES

20 minutes, 4 avril 2008
[Texte intégral]

«Les dérives sectaires sont plus nombreuses dans le domaine de la santé, des thérapies alternatives et du déve- loppement personnel, que dans le cadre à proprement parler spirituel et religieux.» Dans son 5e rapport annuel, publié ce jeudi, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) se penche sur les psychothérapies déviantes et notamment celles qui pratiquent «le faux souvenir induit».

En clair, un(e) thérapeute suggère à son patient qu'il a pu être victime d'agression(s) sexuelle(s) ou de maltrai- tance dans son enfance. Peuvent s'ensuivre, selon la Miviludes, «des divisions et ruptures familiales, l'apparition de maladies et en particulier de dépressions nerveuses, des suicides, et l’ouverture de procédures policières et judiciaires avec le risque de condamnation d’innocents.»

«Les familles ne se mettent à parler que maintenant»

Si la Mission ne dispose d'aucun chiffre sur le nombre de victimes en France, elle cite le travail de l'association Alerte aux faux souvenirs induits (Afsi), qui a relevé 200 affaires sérieuses de ce type depuis sa création en juillet 2005. «Je reste persuadée qu'il y a des milliers de cas, mais les familles ne se mettent à parler que maintenant, affirme à 20minutes.fr sa présidente, Claude Delpeche. En France, on a dix ans de retard sur ce phénomène par rapport aux Etats-Unis.»

Selon Michel Meignant, le président de la Fédération française de psychothérapie et de psychanalyse (
FF2P), ces déviances restent au contraire «marginales. Je préside des commissions de déontologie depuis trente ans et je n'ai jamais vu d'affaires comme cela au sein de la FF2P». Selon lui, «la suggestion n'a pas sa place dans la psychothérapie, qui travaille sur les sentiments et les émotions, mais elle peut avoir cours en revanche chez certains psychiatres».

La moitié des psychothérapeutes ni médecins ni psychologues

Le rapport de la Miviludes a en tout cas de quoi relancer le débat sur l'encadrement des psychothérapeutes par par une autorité indépendante. La Mission rappelle que sur les 10 à 15.000 psychothérapeutes répertoriés par la FF2P, environ la moitié ne sont ni médecins ni psychologues mais issus de formations diverses (travailleurs sociaux, professions paramédicales et autres). «Ce constat, s’il ne doit pas aboutir à la conclusion hâtive que la moitié au moins des psychothérapeutes aurait des pratiques charlatanesques et dangereuses, est néanmoins un facteur de risque aggravé dans ce secteur de prestations où l’appellation “psychothérapeute” n’est pas encore encadrée dans l’attente du dispositif réglementaire prévu à l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique», écrit la Miviludes.

Cet article, voté à l'initiative du président (UMP) de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, avait créé un registre national des psychothérapeutes.

Mais le gouvernement n'a jamais publié le décret précisant dans quelles condi- tions pouvaient être inscrits sur ce registre ceux qui ne sont ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes. «On ne peut pas supprimer comme ça, d’un coup de crayon, toute une profession», confiait Jacques-Alain Miller, directeur du département de psychanalyse de Paris VIII, à 20minutes.fr

Ces gourous qui utilisent la manipulation mentale

Le Figaro, 4 avril 2008
[Texte intégral]

Le phénomène des «faux souvenirs induits» se répand en France.

Un phénomène aux mille visages réclamant la plus grande attention: tel est le portrait que brosse la Mission inter- ministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) du mouvement des sectes en France.

Dans son rapport 2007 rendu public jeudi un mois après les réserves émises sur son action par la directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon l'organisme met ainsi l'accent sur le développement de nouvelles méthodes employées par certaines mouvances afin de gagner quelques adeptes de plus : lobbying déguisé au cœur même des entreprises, multiplication de pseudo-thérapies visant à
«l'accomplissement de soi», ou encore incursions douteuses dans le secteur de l'humanitaire. Comme l'avait révélé Le Figaro (nos éditions du 16 février 2008), le satanisme subit par ailleurs une radicalisation profonde: avec 92 cas de profanations recensés en onze mois sur 2007 et une communauté d'adeptes estimée à 25'000 personnes, ­cette dérive demeure particulièrement préoccupante.

Quelques pages de ce rapport sont également consacrées au «syndrome des faux souvenirs induits», phénomène reposant sur la manipulation mentale. Par la voie de la suggestion, des thérapeutes parviennent à faire émerger dans la mémoire de leurs patients le «souvenir» d'expériences douloureuses, liées le plus souvent à leurs parents. En résultent des accusations d'abus (attouchements, viols, mauvais traitements…) «totalement infondées», comme en témoigne Claude Delpech, présidente de l'association Alerte faux souvenirs induits, elle-même accusée à tort de maltraitance par sa fille de 36 ans. Si le temps de la prescription rend impossible nombre de poursuites judiciaires la plupart des patients ont 35-40 ans , quelques affaires se retrouvent devant les tribunaux. Ainsi, une quarantaine de dossiers seraient actuellement instruits en France.

Drames familiaux

Depuis huit ans, Annick et Christian sont ainsi coupés de leurs trois fils. Un jour, ceux-ci ont débarqué au domicile parental, accusant leur père d'être «un pédophile» et leur mère d'avoir été «complice» d'abus sur ses enfants. Tous mariés et pères de famille, «ils nous reprochaient de les avoir rendus malheureux», raconte Annick, qui ne se souvient d'«aucun signe avant-coureur». «L'un de nous avait parlé de la méthode de programmation neurolin- guistique qu'il suivait chez un thérapeute», se souvient-elle.

Fin février, le président de l'Assemblée Bernard Accoyer avait réclamé que le décret sur l'encadrement du titre de psychothérapeute entre enfin en application. Le texte n'est toujours pas ficelé.

Dérives sanitaires, sectaires et thérapeutiques

La Gazette Santé Social, 13 avril 2008
[Texte intégral]

Entretien d'Hélène Delmotte avec Jean-Michel Roulet, président de la MIVILUDES

La mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a remis le 2 avril son rapport annuel au Premier ministre. La santé, un champ très prisé par les mouvements sectaires, fait l’objet de nombreuses mises en garde.

- Pourquoi la santé occupe-t-elle une telle place dans le rapport 2007 ?

- Nos concitoyens sont extrêmement sensibles à leur santé et la définition qu’ils en donnent va bien au-delà du soin et du traitement des pathologies pour englober le bien-être. Ils peuvent donc être tentés par des prestataires de service, des gourous, qui vont insister sur le fait qu’il est impossible d’être bien dans son corps sans traiter les maladies de l’âme. Lorsque nous mettons en cause certaines pratiques, leurs adeptes invoquent la clause de conscience nous reprochant de reconnaître la seule médecine allopathique. Comme dans le domaine de la liberté de croyance, certains essaient de nous entraîner sur un terrain qui n’est pas le nôtre.

Dans le domaine de la santé, il ne s’agit pas de dénoncer des excès thérapeutiques mais bien des dérives sectai- res. Les thérapeutes contre lesquels nous mettons en garde sont ceux qui vont exercer une emprise sur leurs patients, les amener à abandonner leur traitement, et progressivement les éloigner de leur médecin généraliste et de leur milieu familial. Le plus souvent, ces comportements s’accompagneront d’exigences financières considé- rables avec dans certains cas des abus sexuels.

A Lisieux, une gourelle formait des couples et imposait des relations sexuelles. Les victimes ont obéi parce qu’elles avaient progressivement perdu leur esprit critique. Le violeur ne voulait pas forcément en arriver à une telle extrémité. Dans ce type d’affaire, la victime peut être victime et bourreau. Le seul responsable est le gourou.

- Vous abordez également la technique des « Faux souvenirs induits ». Est-ce un phénomène nouveau?

- C’est effectivement la première fois que nous développons cette question bien connue aux Etats-Unis depuis vingt ans. Cette technique, actuellement en plein développement dans notre pays, est dévastatrice. Le théra- peute ou prétendu tel va en effet insinuer un inceste dans l’esprit d’une personne. Par la persuasion de l’emprise, la victime fragilisée va le croire et ce faux souvenir va faire son chemin. L’idée de rechercher dans le passé des explications au présent n’est pas nouvelle mais la technique des faux souvenirs induits est très perverse car elle touche à ce qu’il y a de plus tabou et de plus honteux dans notre société. La personne qui va se croire victime d'inceste va évidemment s’éloigner de sa famille, dont chacun des membres sera accusé d’être ou responsable ou complice. Tous les cas que nous avons suivis ont entraîné une destruction de la famille.

- Dans le même ordre d’idées, où en est le décret sur la compétence des psychothérapeutes ?

- Il y a eu plusieurs étapes à l’époque où Xavier Bertrand était ministre de la Santé. Le gouvernement avait clairement affiché une volonté de concertation. Mais le Ministère s’est vite retrouvé confronté aux intérêts con- tradictoires de deux catégories de thérapeutes: les diplômés de l’université titulaires de diplômes récents et les praticiens autoproclamés depuis plusieurs années qui demandaient l’application la clause du grand-père selon laquelle cinq ans d’expérience valident un titre professionnel. Or la durée d’exercice n’est pas un critère suffisant. Il faut prendre en considération les diplômes antérieurs et les compétences professionnelles. Une formation a été proposée dont les propositions de durée ont varié considérablement de part et d’autre. Ce décret n’est finalement pas sorti sous une forme qui aurait pu être néfaste. Le Président Accoyer, à l’origine de l’amendement demandant de meilleures garanties pour l’exercice de psychothérapies et actuel Président de l’Assemblée nationale, possède aujourd’hui davantage de pouvoir pour imposer son point de vue aux membres du gouvernement. La sortie de ce décret devrait être une affaire de semaines.

- De longs développements sont également consacrés dans le rapport 2007 aux stupéfiants …

- Nous évoquons ce sujet depuis trois ans. Nous avons obtenu le classement au tableau C des stupéfiants de l'ayahuasca, une plante possédant un risque létal réel et de l’Iboga, un produit hallucinogène qui peut avoir un rôle déstructurant pouvant conduire au suicide.

Depuis, les chamans utilisent le Datura qu’il n’est pas nécessaire d'importer. Il s’agit d’une mauvaise herbe qui pousse dans nos contrées or ce produit est également extrêmement dangereux et ses principes actifs ne possèdent aucune qualité thérapeutique.

- Le rapport présente également un état d’avancement des propositions du rapport d’enquête parlementaire «L’enfance volée: les mineurs victimes de sectes» de décembre 2006. Quelles conclusions tirez-vous ?

- Rappelons que ce rapport clôturait les travaux de la 3ème Commission d’enquête parlementaire sur les dérives sectaires, présidée par M. Georges Fenech et dont le rapporteur était M. Philippe Vuilque. Un an après, il est apparu utile de faire le point sur la mise en œuvre de leurs recommandations. Il reste encore beaucoup de travail, en matière de renforcement des contrôles scolaires ou d’accès des grands-parents à la justice.

Suite à mon audition par cette Commission, j’ai été poursuivi, comme d’autres responsables d’associations ou familles de victimes, par les mouvements que j’ai dénoncés. C’est une instrumentalisation de la justice qui permet à ces organisations d’écrire sur leur site que je suis mis en examen … Début avril, l’Assemblée nationale examinera en première lecture une proposition de loi sur la protection des personnes qui témoignent devant la commission d'enquête parlementaire à l’initiative de M. Bernard Accoyer.

- A propos de justice, de nombreux arrêts ne servent-ils pas de « caution » à certains mouvements sectaires ?

- La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) n’a pour le moment pas été saisie par les victimes. Par ailleurs, la justice ne peut qu’appliquer les textes et pour cela, elle doit réunir un élément légal, un élément moral et un élément matériel. Il lui faut des faits avérés pour qu’il y ait des poursuites. Mais s’arrêter au principe qu’il n’y a pas de victime parce qu’il n’existe pas de condamnation est aussi erroné que de dire que les mouvements qui ne troublent pas l’ordre public ne sont pas des sectes, car les plus grands mouvements se gardent bien de se mani- fester publiquement. Enfin, n’oublions pas que les organisations sectaires qui ont à la fois beaucoup d’argent et de temps vont systématiquement devant les juridictions nationales et internationales et qu’elles interprètent ensuite les arrêts selon des méthodes parfois discutables !

La Scientologie prétend par exemple qu’un arrêt de la CEDH a obligé la Russie à la reconnaître comme une religion alors que l’arrêt reproche plus modestement à la ville de Moscou – qui n’est pas la Russie - de ne pas avoir traité les demandes de la Scientologie aussi équitablement que celles d’autres associations en termes de pièces à fournir et de délais …

- La Miviludes tire également la sonnette d’alarme concernant le satanisme. Comment expliquer la progression de ce phénomène qui met les adolescents en danger ?

- C’est un problème que nous évoquons depuis deux ans. Nous avons d’ailleurs édité un guide à l’usage des éduca- teurs et des familles. Il s’agit d’un phénomène en pleine évolution, pas forcément parce qu’il y a davantage d'adeptes mais parce que nous avons donné aux services les moyens d’identifier les actions sataniques. Un cimetière profané ne relève pas forcément ou uniquement de l’antisémitisme.

Le nombre de faits constatés a quasiment triplé passant en deux ans de 30 à 92, ce qui signifie qu’il se commet en France un acte satanique un jour sur trois. Les sites Internet sur le satanisme sont fréquemment consultés par des adolescents qui s’inscrivent ensuite dans une démarche initiatique. Ils peuvent passer progressivement du satanisme dit romantique au satanisme militant prosélyte et actif et rejoindre des groupes organisés. Certains finissent par voler un crâne dans un cimetière. Or nul ne se remet jamais d’une telle expérience.

- Olivier Bobineau, membre du groupe «Sociétés religions et laïcités» prétend que le satanisme est «un non problème» qui «ne représente aucun danger» (Le Monde, 18 mars 2008) ? Que lui répondez-vous? 

Je me suis trouvé dans l’obligation de mettre fin à la collaboration d’Olivier Bobineau qui travaillait à la Miviludes. Je ne m’attendais pas à ce qu’il nous félicite…

- Pour reprendre le qualificatif de «non problème», que pensez-vous de la polémique soulevée par la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie et de la directrice de cabinet du président de la République, Emmanuelle Mignon début 2008 (voir newsletter GSS des 11 et 25 février 2008) ?

- Ce type de polémique est contreproductif à l’action de l’Etat, il peine inutilement les victimes et donne l’occasion aux mouvements sectaires de redresser la tête. Il n’est pas raisonnable pour un ministre de critiquer un fonction- naire d’Etat qui est sous l’autorité du Premier Ministre.

Ce qui a fait la force de notre engagement dans la lutte contre les dérives sectaires, c’est le consensus qui s’est dégagé sur les plans politique et administratif. Donner l'impression d’une faille, c’est renforcer les mouvements sectaires… A l’occasion du dernier changement de gouver- nement, des lobbystes ont fait le siège des  nouvelles équipes. Il ne faut donc pas être surpris des désordres dans la parole de l’Etat.


Autres articles et reportages sur le sujet des sectes qui guérissent:

Ces sectes qui prétendent guérir (lexpress.frl - 18 juin 1998)

Bibliographie-témoignage: «Le mouvement du Graal ne m'a pas sauvé la vie» (lepost.fr - 13 octobre 2009)

    "Avec l’histoire d’Evelyne, j’ai compris que n’importe lequel d'entre nous peut tomber dans une secte, à la faveur d’un chaos personnel (la perte de son emploi, une rupture amoureuse, une maladie, etc.). Voilà ce qu’Evelyne et moi souhaitons que les lecteurs retiennent: ce ne sont pas des «dingues» qui tombent là-dedans mais des gens ordinaires «normaux», comme vous et moi."

Video: Guérisseurs, magnétiseurs sont-ils tous des charlatans ? (Le Droit de savoir - TF1 -1997)

Video: Les dérapages criminels de la biologie totale (Le Droit de savoir - TF1 -1997)

Kinésiologie et dérives sectaires (JO - 4 juillet 2006)

Rebirth, Renaissance, psychothérapie de groupe, kinésiologie: De nombreux praticiens de santé sont branchés sur le sectaire (journal-lamarseillaise.com - 2 mai 2008)

ECK (Energo Chromo Kinese) fondée par le docteur Patrick Véret propose un traitement sans aucun fondement scientifique (Académie de médecine - 5 mai 1992)

Les mécanismes de la manipulation pseudo-thérapeutique

Entretien avec Sarah Chiche auteur de «L'emprise» un roman qui raconte l'histoire d’une jeune femme asservie à un psy-gourou (madame.lefigaro.fr - 7 avril 2010)

La psychothérapie et ses dérives

Entretien avec Sarah Chiche auteur de «L'emprise» un roman qui raconte l'histoire d’une jeune femme asservie à un psy-gourou (madame.lefigaro.fr - 7 avril 2010)

(France) Un tiers des psychothérapeutes viennent des milieux sectaires" (europe1.fr - 19 mai 2009)

ADFI-Provence: "La Miviludes a mis l'accent à juste titre sur les psychothérapies" (laprovence.com - 19 mai 2009)

Parfois accusée d'inefficacité, la psychanalyse passe le banc d'essai (AP - 10 septembre 2008)

Etude empirique à long terme sur la psychothérapie psychanalytique (FNS - Fond national suisse de la recherche scientifique - 9 septembre 2008)

USA-Canada (1950-1963): Des expériences criminelles de "déprogrammation" cérébrale

Lobbying et “thérapeutes” tendent à prendre la place des traditionnels gourous (metrofrance.com - 25 janvier 2007)

La France a adopté une nouvelle loi pour avoir le droit
de porter le titre de psychothérapeute

France: Nouvel encadrement du titre de psychotérapeute (Parlement - mai 2010)

France: Le décret d'application concernant le titre de psychothérapeute (Journal odfficiel - 22 mai 2010) pdf