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Bernard Kouchner vient de créer un pôle religions
- au Quai d’Orsay, une première
en France
Le
Monde - 25 juillet 2009
Certains
ne manqueront pas d'y voir un nouveau signe de la "laïcité
positive" prônée par le président
de la République, Nicolas Sarkozy. D'autres,
un esprit du temps qui confère aux religions
un rôle-clé dans le supposé clash
des civilisations. Depuis le 1er juin, un pôle
religions s'est installé au sein de la direction
de la prospective du ministère des affaires étrangères,
une première en France.
Le
ministre Bernard Kouchner, à l'origine de cette
création, y voit, lui, "un effet de la mondialisation"
et une nécessaire "modernisation" des
mentalités. La réflexion pour une prise
en compte de paramètres religieux était
"insuffisante" au sein de la diplomatie française,
assure le ministre. "On a intégré
la démographie, l'écologie et les pandémies
à la réflexion stratégique, pourquoi
pas les religions ? Toutes les guerres que j'ai connues
comportaient à des degrés divers des histoires
de religion", assure-t-il, dans une allusion aux
conflits du Kosovo, du Sri Lanka ou du Liban, qu'il
a particulièrement suivis.
"Dans
certains pays, faire de la politique, c'est parler religion,
et inversement. On ne peut pas l'ignorer", défend
aussi le responsable du nouveau pôle, Joseph Maïla,
spécialiste de l'islam et de la sociologie des
conflits, fondateur de l'Institut de formation à
la médiation et à la négociation.
Et de citer les points chauds de la planète que
sont l'Afghanistan, le Pakistan, l'Irak ou l'Iran.
Pas
question pour autant d'accréditer l'idée
que la plupart des conflits actuels trouvent leur origine
ou leur explication unique dans des différends
religieux : "Le pôle religions, c'est 6 personnes
pour 16'000 diplomates !", relativise le ministre.
Mais ses promoteurs soulignent que la diplomatie française,
imprégnée des principes de laïcité,
se montre parfois en retrait par rapport aux questions
religieuses. Aussi
le pôle religions devra-t-il sensibiliser les
diplomates de la nouvelle génération aux
questions religieuses.
"Comment
faire de la médiation dans un conflit si on ne
connaît pas la différence entre chiisme
et sunnisme, entre un grec-orthodoxe et un maronite
?", s'interroge M. Maïla. D'origine libanaise,
cet intellectuel catholique, ancien recteur de l'Institut
catholique de Paris, s'est intéressé de
près à l'accord de Taëf, qui, en
1989, a mis fin à la guerre civile libanaise
en redistribuant les pouvoirs au sein des différentes
communautés religieuses. "Certains conflits
sont résolus par un accommodement entre communautés
religieuses", insiste-t-il, tout en précisant:
"La finalité du pôle demeure politique
et diplomatique, et la diplomatie reste régulée
par des valeurs laïques."
En
s'appuyant sur des experts, le pôle religions
devra mener une réflexion en amont, suivre les
grands mouvements religieux à travers le monde
et leurs éventuelles implications politiques
pour, le cas échéant, accompagner la diplomatie
active de la France. Ce travail de prospective devrait
ainsi s'intéresser aux évolutions du protestan-
tisme évangélique, aux différentes
facettes de l'islam et de l'islamisme à travers
le monde, au poids de l'orthodoxie en Russie, aux vagues
de prosélytisme…
Le
pôle religions devra aussi centraliser les réactions
internationales à la suite de déclarations
ou de décisions de la France sur des sujets religieux.
L'une de ses premières missions a consisté
à donner aux ambassadeurs des éléments
de langage commun après les propos critiques
du président de la République sur le port
de la burqa en France. Il leur a été conseillé
de mettre en avant la dignité de la femme, la
sécurité et la spécificité
culturelle française…
Le
pôle travaille aussi sur les questions touchant
le fondement théologique de la Constitution iranienne
dans la crise actuelle. Dans les prochaines semaines,
les experts pourraient être amenés à
évaluer les conséquences d'une condamnation
de l'Eglise de scientologie sur les relations avec les
Etats-Unis. Ou à s'interroger sur les rapports
de la France avec un groupement comme l'Organisation
de la conférence islamique (OCI), fédération
de 57 pays fondée sur la religion.
Jusqu'à
présent, l'expérience diplomatique de
la France en matière religieuse était
cantonnée à ses relations avec le Vatican
et à sa responsabilité vis-à-vis
des congrégations religieuses. Depuis les années
1920 et la normali- sation des rapports diplomatiques
entre la France et le Vatican, un conseiller pour les
affaires religieuses est en effet rattaché au
ministère des affaires étrangères.
Censée
élargir son champ d'action aux autres religions,
la fonction est restée marquée par le
contexte historique de sa création. Diplomate,
le conseiller est chargé de l'accueil des personnalités
religieuses en France et repré- sente la France
dans les organismes internationaux. Il fut à
la manœuvre lors de la visite du pape à Paris
et à Lourdes en septembre 2008. Il a aussi joué
un rôle central dans la conclusion de l'accord
signé entre la France et le Vatican sur les diplômes
universitaires.
Stéphanie
Le Bars
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