Scientologie - témoignages

La scientologie coupable de séquestration - témoignages

Témoignage d'une femme séquestrée par la scientologie «J'ai vécu l'enfer» (Le Parisien - 1 mars 2008)

Une ancienne adepte française séquestrée en Italie (Le Figaro - 3 mars 2008)

Un député UMP propose une commission d'enquête suite à une séquestration d'une ex-adepte par la Scientologie (AFP - 1 mars 2008)

Jacques Myard, député maire UMP de Maisons-Laffitte, demande au président de l'Assemblée nationale une nouvelle commission d'enquête sur les sectes (Le Figaro - 3 mars 2008)

La séquestration d'une ancienne adepte française en Italie relance la polémique sur l'Église de scientologie (Le Figaro - 3 mars 2008)

Le programme secret d'isolement des adeptes de scientologie (bakchich.info - 4 mars 2008)

Claude Boublil, un médecin pionnier de la scientologie en France (bakchich.info - 4 mars 2008)

Selon un règlement de scientologie «Personne ne doit parler à la personne malade» bakchich.info - 4 mars 2008)

«J'ai vécu l'enfer ...»

Le Parisien - 1 mars 2008
[Texte intégral]

            

MARTINE BOUBLIL, 48 ans, ex-membre de la Scientologie, photos Aurélie Audureau

En état de choc après sa libération, Martine Boublil se reconstruit peu à peu. Aujourd'hui, elle attend avec impatience son retour en France, malgré sa peur d'y redevenir la proie de ses geôliers.

Êtes-vous membre de l'Eglise de scientologie ?

Martine Boublil. Plus depuis longtemps. J'y suis rentrée en 1978, j'avais 18 ans. J'ai toujours beaucoup aimé Claude, l'aîné de mes deux frères. Il a eu beaucoup d'influence sur moi. C'est lui qui m'a incitée à suivre un soi-disant «cours de communication». En fait c'était la scientologie. Sans tout comprendre, j'ai découvert une théorie qui me passionnait à l'époque. Puis je suis devenue superviseur de cours. J'ai appris à me servir de l'élec- tromètre (NDLR : un instrument électronique permettant de «selon les scientologuesde mesure l'état mental des individus ...»), j'ai grimpé les échelons. Au bout de huit ans, je m'en suis éloignée.

Pour quelles raisons ?

Je me suis rendu assez vite compte que, derrière la théorie, les gens qui disent la servir ne sont pas honnêtes. Les dirigeants, je les connais bien, ne veulent au fond qu'une chose : l'argent et la puissance. Ils manipulent. Je l'ai dit tout haut, ça a gêné, je me suis plus ou moins fait virer. Mais par la suite, mon frère est devenu l'un des plus importants d'entre eux.

Qu'avez-vous fait par la suite ?

J'ai vécu en donnant des cours de soutien scolaire tout en gardant des liens avec des amis scientologues. Il y a quelques années, j'ai fait une grave dépression. Claude m'a reprise sous sa coupe. J'ai été hospitalisée une première fois, contre son avis, pendant cinq jours. Il m'en a fait sortir: les scientologues combattent la psychia- trie avec une vigueur absolue.

Lorsque ma mère est morte, en juin 2007, mon second frère, Gilbert, qui est médecin lui aussi mais n'est pas scientologue, m'a à nouveau fait interner. En août, Claude, qui cette fois m'a enlevée de l'hôpital, m'a emmenée de force en Normandie, dans une maison qui appartient à un scientologue. Puis dans la Sarthe, et enfin en Sardaigne. C'est à Nuoro, à partir de décembre, que mes conditions de vie ont été les pires.

«Au début, je dormais assise sur une caisse»

Qu'y avez-vous vécu ?

L'enfer... (long silence) C'était bien organisé. Les deux jeunes me surveillaient (NDLR : Julien Q. et Rachid K.), parce que je ne devais pas sortir de ma chambre, au premier étage. Enfin, c'était une pièce dégoûtante, avec seulement un matelas par terre. Au début, je dormais assise sur une caisse. Les autres dormaient en bas, dans le salon. La femme (NDLR : Marie D.) s'occupait de l'intendance. Ils ne m'adressaient pas un mot.

Pour dire oui, ils clignaient des yeux, pour non, les laissaient ouverts. Ils m'apportaient de la nourriture, essen- tiellement des «cordons bleus», matin, midi, soir, et des fruits. Pour faire mes besoins, j'avais une bassine. Pour vêtement, un tee-shirt. Je n'ai pas pu me laver non plus. Si je voulais sortir de ma chambre, on m'y repoussait violemment.

Comment avez-vous fait pour vous sortir de cette situation ?

La maison où j'étais détenue était mitoyenne d'une autre. Mi-janvier, avec un tube de rouge à lèvres qu'on m'avait laissé, j'ai écrit «SOS !», «Aiuto !» (au secours en italien) sur une boîte vide, sur un vieux bout de journal. J'ai lancé mes messages dans le jardin des voisins, qui ne venaient dans cette maison que le week-end. C'est eux qui ont prévenu la police.

Vos geôliers présumés avancent, pour justifier votre séquestration, qu'ils voulaient « vous aider ». Qu'en pensez-vous ?

C'est faux! C'est pour mon bien qu'on m'a séquestrée ? Maltraitée au point de n'en plus pouvoir marcher ? Ces gens sont des menteurs, des escrocs. Dès que je rentre à Paris, et que je suis en sécurité, je porte plainte. Je veux que les gens qui m'ont fait du mal soient jugés.

Propos recueillis par Anne-Cécile Juillet, pour Le Parisien


DANIÈLE GOUNORD, porte-parole de l'Eglise de scientologie

C'EST PEU DE DIRE que l'Eglise de scientologie, pourtant d'ordinaire si prompte à communiquer, se montre peu diserte sur cette affaire. Rencontré brièvement hier à son domicile parisien, Claude Boublil, frère aîné de Martine Boublil, n'a pas souhaité s'étendre sur le sujet. Affable, mais néanmoins pressé de mettre un terme à la conver- sation, le scientologue s'est borné à déclarer qu'il n'avait «rien à dire».

La porte-parole de l'Eglise de scientologie en France, Danièle Gounord semble quelque peu embarrassée. «Il s'agit d'un drame familial. Cela concerne des individus d'une même famille, c'est un drame familial. Qu'est-ce que l'Eglise de scientologie à avoir avec cela ?»

Nous avons pourtant eu accès à des documents attestant l'appartenance des quatre hommes au mouvement. Danièle Gounord admet du bout des lèvres «connaître un peu» l'un des frères. Claude Boublil, 65 ans, est effectivement l'un des pontes du mouvement à Paris. Danièle Gounord n'accorde par ailleurs aucun crédit au témoignage de la victime, «la soeur est démente. Elle perd la boule, m'a-t-on dit, non ? Cette femme est hospitalisée. Et puis vous savez, elle a dit tellement de choses». Et de conclure : «Pour le moment nous n'avons rien à dire. C'est un drame familial. Les deux frères ont essayé de faire au mieux. Ils ont tout fait pour que leur soeur se retrouve dans un environnement calme.»


Remarque du Centre info-sectes

Une condamnation en France de la scientologie peut mener à son interdiction. Souhaitons à cette victime un entourage qui puisse la protéger des pressions que la secte n'hésitera sans doute pas à exercer sur sa personne ou sur ses proches.

Scientologie : Une ancienne adepte française séquestrée en Italie

De notre correspondant à Rome Richard Heuzé
Le Figaro - 3 mars 2008
[Texte intégral]

C'est dans cette villa du centre de la Sardaigne que la victime a été découverte par les policiers.
Elle était retenue de force par ses geôliers, une femme et deux hommes, tous trois Français.

Martine Boublil a été enfermée pendant des semaines avant d'être délivrée par les policiers italiens.

Quand les policiers sardes pénètrent, ce 21 janvier, dans une villa située dans les monts d'Ortobene, près de Nuoro (centre de la Sardaigne), ils ont un haut-le-corps.

Ils découvrent au premier étage une femme séquestrée dans des conditions d'hygiène extrêmement précaires. À demi-nue, portant un tee-shirt crasseux pour tout vêtement, elle est allongée sur un matelas infesté de vermine. La pièce est jonchée d'immondices. Une bassine est remplie d'excréments. Les policiers sont intervenus à la demande de voisins alertés par des bouts de carton appelant à l'aide. Écrits au rouge à lèvres, ils ont été lancés de la fenêtre par la victime. Le vent les a emportés au pied d'une statue du Rédempteur, toute proche.

La police établit rapidement que cette femme est une Française d'origine tunisienne, Martine Boublil, âgée de 48 ans. Selon les enquêteurs, elle a été enfermée sur ordre de son frère Claude, un médecin de 65 ans et l'une des figures françaises de la Scientologie. Elle était maintenue de force dans la chambre par ses geôliers, une femme de 44 ans et deux hommes de 18 ans, tous trois Français. Ils étaient arrivés dans la région début décembre à bord d'une vieille Mercedes immatriculée en France. À ceux qui les avaient questionnés, ils avaient répondu que Martine Boublil sortait d'opération et devait observer un repos complet. Ils avaient aussi pris contact avec la section locale de la Scientologie, sans nouer une relation assidue.

Interrogée par la police sarde à l'hôpital Saint-François de Nuoro où elle a été admise, Martine fait état d'une détention très dure, de sévices et de rapports très tendus. L'examen clinique révèle toutefois qu'elle n'a subi ni coups ni agression sexuelle. À aucun moment, elle n'a pu engager le dialogue avec ceux qui la gardaient. Ils répondaient par des clignements d'yeux à ses demandes. Quand elle cherchait malgré tout à sortir, ils la repoussaient avec brutalité. «C'était l'enfer», explique-t-elle.

Les inculpés en liberté

Un juge local, Francesco Mameli, a inculpé les trois Français de séquestration. Il n'a pas retenu en revanche l'accusation de tentative d'extorsion. Deux jours plus tard, la police maritime interpelle Claude Boublil dans le port de Civitavecchia, à son débarquement d'un car-ferry en provenance d'Olbia. Une fois identifié, l'homme est réexpédié en Sardaigne où il est inculpé à son tour.

L'affaire a fait la une des journaux italiens. Les quotidiens nationaux l'ont relatée de manière factuelle. La RAI a diffusé plusieurs reportages dans ses journaux télévisés. Le Giornale di Sardegna, le grand quotidien de Cagliari, a consacré à l'événement une page entière. Les sectes constituent un problème récurrent en Italie. Elles sont surtout actives en Toscane, en Émilie-Romagne et dans le Piémont.

Il s'agit le plus souvent de sectes sataniques aux rites ésotériques, voire barbares et criminels. Comme la bande du «Monstre de Florence» dont font partie huit compères et qui a agressé sexuellement et assassiné huit couples d'amoureux dans les campagnes de Toscane entre 1968 et septembre 1985. Ou encore les «enfants de Satan» qui ont fait disparaître trois des leurs lors de rites initiatiques. L'Église et les pouvoirs publics ont mis sur pied divers comités chargés de surveiller ces organisations.

Ce n'est pas la première fois que la Scientologie défraie pour sa part la chronique sarde. Jamais toutefois elle n'avait été mêlée à une séquestration de personne, un délit fréquent dans le banditisme local, particulièrement actif dans cette province montagneuse.

La remise en liberté des quatre inculpés et leur retour en France, une dizaine de jours plus tard, sont toutefois passés presque inaperçus. Quant à Martine Boublil, elle attend son rapatriement en France prévu en début de semaine.

Le député Georges Fenech (UMP) propose une
commission d'enquête sur la Scientologie

PARIS, 1 mars 2008 (AFP) - Georges Fenech (UMP), vice-président du groupe parlementaire d'étude sur les sectes, a proposé samedi la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la Scientologie, après qu'une française a été séquestrée par des membres de cette secte en Sardaigne.

"La récente affaire mettant une nouvelle fois en cause l'église de Scientologie, dont une victime française, Martine Boublil, vient de dénoncer les faits gravement attentatoires à sa liberté et à son intégrité physique, vient rappeler les dangers réels de cette organisation", affirme le député, dans un communiqué. M. Fenech "déposera sur le bureau de l'Assemblée nationale une proposition de résolution tendant à la création d'une commission d'enquête parlementaire pour déterminer la nature réelle des activités de ce mouvement, son mode de fonctionnement, les sources de financement et d'une manière plus générale si l'organisation respecte les lois de la République française", ajoute le texte.

Martine Boublil, séquestrée en Sardaigne par des membres de l'église de Scientologie et libérée fin janvier par la police italienne, va "être rapidement rapatriée en France", ont indiqué samedi des sources diplomatiques françaises à Rome.

Proposition d'une nouvelle commission d'enquête sur les sectes

Dénonçant un «danger récurrent», Jacques Myard, député maire UMP de Maisons-Laffitte, demande au président de l'Assemblée nationale une nouvelle commission d'enquête sur les sectes.

Le Figaro - 3 mars 2008
[Texte intégral]

LE FIGARO. En quoi y avait-il urgence à faire cette proposition ?

Jacques MYARD. Au moment où certains nient la dangerosité des dérives sectaires, il me semble indispensable de remettre un coup de projecteur sur cette réalité du quotidien.La gravité de ce phénomène, notamment dans le domaine médical et paramédical, est évidente. Or, le secteur de la santé et du bien-être n'a, jusqu'à présent, été abordé que de façon partielle par les travaux des commissions d'enquête.

Pourquoi avoir choisi un tel axe d'approche ?

Il s'agit de l'un des domaines de prédilection des sectes, comme me l'a confirmé un médecin ayant eu à soigner des enfants, des adolescents et des adultes victimes de gourous.

Il existe aujourd'hui en France une multitude de charlatans installés. Se présentant souvent comme des thérapeutes, ils font croire aux gens à des guérisons illusoires. Exploités, certains en ressortent complètement ruinés. Il s'agit de phénomènes sournois, jouant de la faiblesse et de la crédulité de nos concitoyens.

De nombreuses commissions d'enquête, sur les dérives sectaires en général, leur financement ou les risques encourus par les mineurs, se sont pourtant succédé depuis 1995. Est-on passé à côté du problème ?

Non, puisque celui-ci a été identifié comme tel. En revanche, il est désormais nécessaire de le mettre en exergue, d'en démonter les mécanismes et de rappeler que le phénomène est toujours là.

Selon vous, une attention plus particulière doit-elle être portée sur l'Église de scientologie ?

Je constate simplement que, de manière continue, la Scientologie est mêlée à des délits d'abus de faiblesse, de harcèlement, de pressions morales, de manipulations, qui montrent qu'elle enfreint les lois de la République. À mes yeux, il y a longtemps que nous sommes face à un groupe sur lequel il faut s'interroger.

 

Autre article : Jacques Myard. député UMP, demande la création d'une nouvelle commission d'enquête sur les sectes ? (tf1.fr - 4 mars 2008)

Scientologie: les députés réclament une enquête

La séquestration d'une ancienne adepte française en Italie relance
la polémique sur l'Église de scientologie
Le Figaro - 3 mars 2008
[Texte intégral]

Mise à mal par une récente polémique et devenue emblématique des préoccupations gouvernementales sur les dérives sectaires, l'Église de scientologie se retrouve de nouveau sous les feux de l'actualité. Alors que Martine Boublil une Française de 48 ans affirmant avoir été séquestrée par des membres de cette organisation pendant plusieurs semaines en Sardaigne doit être rapatriée en France demain, le député (UMP) Georges Fenech demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la Scientologie.

Joint hier par Le Figaro, le vice-président du groupe parlementaire d'étude sur les sectes a indiqué qu'il était «nécessaire, compte tenu des troubles occasionnés en France par la Scientologie, de crever l'abcès une bonne fois pour toutes». «Il me semble opportun de faire la lumière sur cette organisation au fonctionnement très opaque, faisant parler d'elle de manière récurrente et disposant de filiales qui ne disent pas leur nom, a-t-il estimé. Soit la Scientologie fonctionne conformément à nos lois, et on la laisse tranquille. Soit sa façon de faire pose problème et il faut en tirer toutes les conséquences.»

Image sérieusement ternie

Parallèlement, un autre député UMP, Jacques Myard, compte réclamer l'ouverture d'autres travaux parlementaires sur l'exploitation par les mouvements sectaires des milieux médical et paramédical. Éclaboussée par ce fait divers italien, l'Église de scientologie en France redoute de voir son image à nouveau ternie, elle qui avait pourtant obtenu à Paris l'automne dernier un non-lieu pour une vingtaine de ses membres ayant eu maille à partir avec la justice.

Parmi les quatre scientologues arrêtés en Sardaigne figure cette fois-ci Claude Boublil, l'un des pontes du Celebrity Center parisien et frère aîné de la victime présumée. Un homme «tout à fait sympathique et facile à vivre», selon un ancien scientologue, mais ayant apparemment quelque peu pris «ses distances» avec la médecine, dont il avait fait son métier.

Danièle Gounord, porte-parole de la Scientologie à Paris, était injoignable hier. La veille, niant à demi-mot toute implication de son Église dans cette affaire, elle avait confié au Parisien qu'il s'agissait à ses yeux d'un «drame familial».

Un dossier délicat dont on ignore encore les suites judiciaires

Choquée, affaiblie psychologiquement, Martine Boublil ne semble pas encore décidée à porter plainte. Seule cette démarche serait pourtant de nature à permettre l'ouverture d'une information côté français, ainsi que le placement éventuel des quatre suspects sous contrôle judiciaire.

Quoi qu'il en soit, les magistrats italiens comptent sur une coopération entre les deux pays afin de mener à bien leurs investigations.

Enfin, la voix du député maire (PC) Jean-Pierre Brard s'est d'ores et déjà élevée afin que l'ancienne adepte, confessant un passé dépressif, puisse bénéficier d'une «protection renforcée» dès son retour sur le sol français.

Scientologie : le programme secret d'isolement des adeptes

par Serge Faubert

http://www.bakchich.info - mardi 4 mars 2008
[Texte intégral]

L’Église de scientologie affirme qu’elle n’a rien à voir dans la récente séquestration, en Italie, de la sœur d’un scientologue français de haut niveau. Mais cette détention correspond, point pour point, à un «traitement» de choc prévu par la sciento.

Un simple « drame familial » dans laquelle l’Église de scientologie n’aurait rien à voir. A en croire la porte parole de la secte, Danièle Gounord, c’est ainsi qu’il faudrait apprécier la séquestration pendant plusieurs semaines, en Sardaigne, de Martine Boublil, par trois scientologues, dont son propre frère Claude Boublil, aidés d’une quatrième comparse. Hélas pour elle, cette explication peut être battue en brèche. Bakchich est en mesure de le révéler, le calvaire enduré par la victime ressemble furieusement à un programme de "soins" très particulier que la secte réserve à certains de ses adeptes.

Baptisé "Isolation Watch" - isolement et observation - ce programme est longuement commenté dans une thèse de doctorat en droit rédigée par un ancien fonctionnaire des renseignements généraux, spécialisé dans la lutte antisectes, Arnaud Palisson. Ce vilain juriste dresse une impressionnante liste de chefs d’accusation qui pourraient être retenus contre ceux qui utiliseraient une telle méthode : arrestation arbitraire, séquestration arbitraire… Tiens, on croyait pourtant que les techniques scientologues ne tendaient qu’au bonheur de l’humanité.

Bien que remarqué par la faculté (mention très honorable avec félicitations du jury), ce travail a valu au policier d’être muté dans un autre service à la suite d’une protestation de l’Eglise de scientologie. Voilà ce que c’est que de ne pas comprendre que les disciples de Ron Hubbard, le fondateur de la secte, ne songent qu’à aider leur prochain.

C’est un détail dans l’entretien que Martine Boublil a accordé à nos confrères du Parisien, samedi dernier, qui a mis Bakchich sur la voie du programme "Isolation Watch" La rescapée souligne l’étrange comportement de ses gardiens: «Ils ne m’adressaient pas un mot. Pour dire oui, ils clignaient des yeux, pour non, les laissaient ouverts.»

Attitude qui n’a aucun sens. Sauf en scientologie. Ce mutisme est en effet au cœur du programme « Isolation Watch qu’un «bulletin technique» de la secte, autrement dit une circulaire interne, en date du 23 janvier 1974, détaille en ces termes : « En présence d’une personne en crise psychotique, isolez totalement cette personne, tous ses congénères étant à son égard complètement muselés (interdiction de lui parler) »

Claude Boublil, un médecin pionnier de la scientologie en France

Crise psychotique ! Justement, Martine Boublil confie au Parisien qu’elle a été internée en juin 2007 à la suite d’une dépression sévère. Son frère, Claude Boublil, médecin à la retraite, lui aurait cependant fait quitter l’hôpital pour la conduire en Sardaigne après une escale en Normandie puis le départemet de la Sarthe.

Ce praticien n’est pas n’importe qui dans le petit monde de la scientologie. Claude Boublil est un des pionniers de la secte en France. Il en a d’ailleurs gravi tous les échelons puisqu’il est OT8, le plus haut degré délivré par la secte. Seuls une dizaine de Français ont atteint ce niveau.

Accessoirement, Claude Boublil est également l’un des vingt scientologues poursuivis dans le cadre d’une instruc- tion ouverte en 1983 à Paris pour escroquerie, extorsion de fonds et exercice illégal de la médecine. En octobre dernier, le juge en charge du dossier a rendu une ordonnance de non-lieu. Celle-ci fait aujourd’hui l’objet d'un appel des parties civiles devant la chambre de l’instruction.

Pourquoi Claude, médecin, aurait-il soustrait sa sœur Martine aux soins dispensés par l’hôpital ? La doctrine de la secte permet, là encore, d’envisager une explication. Les scientologues tiennent les psychiatres pour les pires ennemis de l’humanité. Ils sont convaincus que les techniques de Ron Hubbard sont les seules à pouvoir soulager et guérir les patients souffrant de troubles psychiques. Les quatre personnes arrêtées en Sardaigne ont d’ailleurs déclaré aux policiers qu’elles avaient retenu Martine Boublil pour son bien.

Bref, le bon docteur aura voulu, tout simplement, faire profiter sa chère soeur des pouvoirs thérapeutiques que l'enseignement de Ron Hubbard est censé procurer aux plus chevronnés de ses disciples. Une histoire d’amour, on vous dit.

Le programme de la scientologie : «Personne ne doit parler à la personne»

Mais de l’amour vache quand même. Car le programme «Isolation Watch» est des plus gratinés. La phase de rétention et de mutisme total prépare un endoctrinement progressif comme le précise une seconde circulaire de Ron Hubbard: «Durant son isolement, on administre à la personne un parfait programme d’introspection, échelonné en sessions de courtes durée, pour lui faire graduellement reprendre confiance. Entre les sessions, la règle du musellement est de rigueur. Personne ne doit parler à la personne ni à sa proximité » (1)

Rassurons-nous, Ron Hubbard reste un grand humaniste. La circulaire prévoit que "Vient un moment ou le C/S – le «superviseur de cas», autrement dit le chef de l’opération – doit décider de relâcher la personne placée en isole- ment.» On respire.

Mais, en scientologie, on ne s’en va pas comme ça. «Le C/S doit déterminer le niveau de responsabilité de la personne. Exemple: «Cher Joe, que peux-tu me garantir si on te laisse sortir d’isolation ?» Et il vaut mieux ne pas se tromper dans la réponse. Car «Si la réponse de la personne montre une irresponsabilité continue (…) le C/S doit informer la personne de son maintien en isolement et de la raison de ce maintien.»(1) Des fois que l’adepte penserait qu’on lui en veut …

Et Ron Hubbard qui, décidément, a pensé à tout, détaille la marche à suivre : «Exemple : « Cher Joe, je suis désolé, mais il n’est pas encore question pour toi de sortir d’isolement. Tes actions ont menacé indirectement des centaines de personnes et directement six familles dont les maisons ont été incendiées. Tu n’as pas conscience des effets que tes actes peuvent avoir et tu ne te sens toujours concerné que par ton propre intérêt. Tu dois quelque peu haïr la race humaine». (1) Qui a dit que les scientologues n’avaient pas le sens de la mesure ?

Un député UMP a proposé la création d’une commission d’enquête

Le député UMP Georges Fenech, a proposé samedi, la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la scientologie. Martine Boublil, elle, a annoncé qu’elle entendait porter plainte contre ses ravisseurs dès qu’elle sera de retour à Paris.

En France, l’enlèvement et la séquestration sont punis de 20 ans de réclusion criminelle. La justice pourrait être tentée de faire découvrir à certains scientologues les joies du silence et de l’enfermement. Ca ne peut pas faire de mal, d’après ce bon vieux Ron !

(1) Introspection rundown. Bulletin technique 20 février 1974.

Déposition en justice du professeur Stephen A. Kent au sujet de la thérapie et des méthodes criminelles de la scientologie

City of Edmonton, Province of Alberta - 6 janvier 2000

Introduction / AFFIDAVIT

I. VUE D’ENSEMBLE DE LA SCIENTOLOGIE

II. L’ORGANISATION SCIENTOLOGUE DE SERVICES DE FLAG SERVICES ORG EST-ELLE UNIQUEMENT ET SEULEMENT RELIGIEUSE ?

III -LE RUNDOWN D’INTROSPECTION SCIENTOLOGUE: S’AGIT-IL D’UNE PRATIQUE RELIGIEUSE ?

IV. HISTORIQUE SCIENTOLOGIQUE DE L’ISOLEMENT ET DES TENTATIVES POUR TRAITER LES MEMBRES MENTALEMENT PERTURBES

V - Historique des pratiques illégales de la médecine et de la psychiatrie par la scientologie et la dianétique

VI. BIBLIOGRAPHIE