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Scientologie
- témoignages
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Séquestration
de Martine Boublil adepte de scientologie
Propos recueillis par Emeline Cazi
- 01 mars 2008 | Le Parisien
- [Texte
intégral]

ROGER GONNET, ancien « ministre » de l'Eglise de scientologie
ROGER GONNET a quitté la Scientologie au milieu des années1980 en violent
désaccord avec «cette pseudo- religion qui trompe les gens et fait payer ses
méthodes beaucoup trop cher». En 1974, il avait créé la première organisation
du mouvement en dehors de Paris, dans la région lyonnaise.
Ce qui est arrivé à Martine Boublil vous
étonne-t-il ? La Scientologie a-t-elle souvent recours à ce type de
pratique ?
Roger Gonnet:
Ce n'est pas la première fois. J'ai recueilli il y a quelque temps le
témoignage d'un adepte séquestré dans une maison aux Pays-Bas et privé de tout
contact avec l'extérieur. Pour autant, les isolements à l'étranger ne sont pas
si fréquents que cela. Tout simplement parce que cela coûte cher.
Il faut
trouver des personnes volontaires pour rester plusieurs semaines dans un pays
qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas forcément la langue.
La
Scientologie n'a pas les moyens pour cela. Elle préfère se consacrer au
financement de campagnes de commu- nication, à la vente de ses produits et à
l'organisation de sa défense. Comment expliquer ce qu'ils ont fait subir à cette
adepte ?
« Elle a dû vouloir se
rebeller »
La Scientologie prétend qu'elle est folle, je suis convaincu qu'elle ne
l'est pas du tout. Martine Boublil a dû vouloir se rebeller. Elle a dû piquer
une crise de nerfs, peut-être même vouloir communiquer avec l'ennemi ou, pire,
parler à la presse. Ils ont leur méthode pour cadrer les fous, les PTS type 3
comme ils les rebaptisent. Ils appellent cela Introspection Rundown.
L'adepte
est mis à l'abri, nourri et placé sous bonne garde avant qu'on lui fasse subir
toute sorte d'auditions pseudo-psychanalytiques. J'imagine que c'était dans
leurs intentions, mais ils n'ont pas eu le temps d'aller au bout du processus.
Vous avez été reçu par Emmanuelle Mignon
(1) cet après-midi. Quelle a été la
nature de cet entretien?
Roger Gonnet: J'ai demandé à la
rencontrer à la suite de son interview dans « VSD ». J'ai pensé que, pour tenir
de tels propos, elle devait méconnaître le problème. Comme Michèle Alliot-Marie
d'ailleurs. Emmanuelle Mignon a reconnu qu'elle n'était pas très au fait des
pratiques de la Scientologie.
Je l'ai donc éclairée en décrivant les méthodes de
manipulation, les suicides dont j'ai eu connaissance et que le seul but du
mouvement consiste à amasser de l'argent.
Bien informées, les personnes qui
pensent que les sectes ne sont pas un problème changent forcément d'avis. Pas
sur tout, mais au moins sur le principal.
(1)
Emmanuelle
Mignon est la directrice de cabinet du président Nicolas Sarkozy
Lettre ouverte à Mme Emmanuelle
Mignon (Centre
Info-sectes - 20 février
2008)
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«J'ai vécu l'enfer
...»

- MARTINE BOUBLIL, 48 ans, ex-membre de la Scientologie,
photos Aurélie Audureau
En état de choc après sa libération, Martine Boublil se reconstruit
peu à peu. Aujourd'hui, elle attend avec impatience son retour en France, malgré
sa peur d'y redevenir la proie de ses geôliers.
Êtes-vous membre de l'Eglise de
scientologie ?
Martine Boublil. Plus
depuis longtemps. J'y suis rentrée en 1978, j'avais 18 ans. J'ai toujours
beaucoup aimé Claude, l'aîné de mes deux frères. Il a eu beaucoup d'influence
sur moi. C'est lui qui m'a incitée à suivre un soi-disant «cours de
communication». En fait c'était la scientologie. Sans tout comprendre, j'ai
découvert une théorie qui me passionnait à l'époque. Puis je suis devenue
superviseur de cours. J'ai appris à me servir de l'élec- tromètre (NDLR : un
instrument électronique permettant de «selon
les scientologuesde mesure l'état mental des
individus ...»), j'ai grimpé les échelons. Au bout de huit ans, je m'en
suis éloignée.
Pour quelles raisons
?
Je me suis rendu assez vite
compte que, derrière la théorie, les gens qui disent la servir ne sont pas
honnêtes. Les dirigeants, je les connais bien, ne veulent au fond qu'une chose :
l'argent et la puissance. Ils manipulent. Je l'ai dit tout haut, ça a gêné, je
me suis plus ou moins fait virer. Mais par la suite, mon frère est devenu l'un
des plus importants d'entre eux.
Qu'avez-vous fait par la suite
?
J'ai vécu en donnant
des cours de soutien scolaire tout en gardant des liens avec des amis
scientologues. Il y a quelques années, j'ai fait une grave dépression. Claude
m'a reprise sous sa coupe. J'ai été hospitalisée une première fois, contre son
avis, pendant cinq jours. Il m'en a fait sortir: les scientologues combattent
la psychia- trie avec une vigueur absolue.
Lorsque ma mère est morte, en juin
2007, mon second frère, Gilbert, qui est médecin lui aussi mais n'est pas
scientologue, m'a à nouveau fait interner. En août, Claude, qui cette fois m'a
enlevée de l'hôpital, m'a emmenée de force en Normandie, dans une maison qui
appartient à un scientologue. Puis dans la Sarthe, et enfin en Sardaigne. C'est
à Nuoro, à partir de décembre, que mes conditions de vie ont été les
pires.
«Au début, je dormais assise sur une caisse»
Qu'y avez-vous vécu
?
L'enfer... (long silence)
C'était bien organisé. Les deux jeunes me surveillaient (NDLR : Julien
Q. et Rachid K.), parce que je ne devais pas sortir de ma chambre, au
premier étage. Enfin, c'était une pièce dégoûtante, avec seulement un matelas
par terre. Au début, je dormais assise sur une caisse. Les autres dormaient en
bas, dans le salon. La femme (NDLR : Marie D.) s'occupait de
l'intendance. Ils ne m'adressaient pas un mot.
Pour dire oui, ils clignaient des
yeux, pour non, les laissaient ouverts. Ils m'apportaient de la nourriture,
essen- tiellement des «cordons bleus», matin, midi, soir, et des fruits. Pour
faire mes besoins, j'avais une bassine. Pour vêtement, un tee-shirt. Je n'ai pas
pu me laver non plus. Si je voulais sortir de ma chambre, on m'y repoussait
violemment.
Comment avez-vous fait pour vous sortir de cette
situation ?
La maison où j'étais détenue était mitoyenne
d'une autre. Mi-janvier, avec un tube de rouge à lèvres qu'on m'avait laissé,
j'ai écrit «SOS
!», «Aiuto
!»
(au secours en italien) sur une boîte vide, sur un vieux bout de journal.
J'ai lancé mes messages dans le jardin des voisins, qui ne venaient dans cette
maison que le week-end. C'est eux qui ont prévenu la police.
Vos geôliers présumés avancent, pour justifier votre séquestration,
qu'ils voulaient « vous aider ». Qu'en
pensez-vous ?
C'est faux! C'est pour mon bien qu'on m'a
séquestrée ? Maltraitée au point de n'en plus pouvoir marcher ? Ces gens sont
des menteurs, des escrocs. Dès que je rentre à Paris, et que je suis en
sécurité, je porte plainte. Je veux que les gens qui m'ont fait du mal soient
jugés.
Propos recueillis par Anne-Cécile Juillet, pour
Le
Parisien
DANIÈLE GOUNORD, porte-parole de l'Eglise de scientologie
C'EST PEU DE DIRE que l'Eglise de scientologie, pourtant d'ordinaire si
prompte à communiquer, se montre peu diserte sur cette affaire. Rencontré
brièvement hier à son domicile parisien, Claude Boublil, frère aîné de Martine
Boublil, n'a pas souhaité s'étendre sur le sujet. Affable, mais néanmoins pressé
de mettre un terme à la conver- sation, le scientologue s'est borné à déclarer
qu'il n'avait «rien à dire».
La porte-parole de l'Eglise de scientologie en France, Danièle
Gounord semble quelque peu embarrassée. «Il s'agit d'un drame familial. Cela
concerne des individus d'une même famille, c'est un drame familial. Qu'est-ce
que l'Eglise de scientologie à avoir avec cela ?»
Nous avons pourtant eu accès à des documents attestant l'appartenance des
quatre hommes au mouvement. Danièle Gounord admet du bout des lèvres «connaître
un peu» l'un des frères. Claude Boublil, 65 ans, est effectivement l'un des
pontes du mouvement à Paris. Danièle Gounord n'accorde par ailleurs aucun crédit
au témoignage de la victime, «la soeur est démente. Elle perd la boule,
m'a-t-on dit, non ? Cette femme est hospitalisée. Et puis vous savez, elle a dit
tellement de choses». Et de conclure : «Pour le moment nous n'avons rien à
dire. C'est un drame familial. Les deux frères ont essayé de faire au mieux. Ils
ont tout fait pour que leur soeur se retrouve dans un environnement calme.»
Remarque
du Centre info-sectes
Une
condamnation en France de la scientologie peut mener
à son interdiction. Souhaitons à cette victime un entourage
qui puisse la protéger des pressions que la secte n'hésitera
sans doute pas à exercer sur sa personne ou sur ses
proches.
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Scientologie
: Une ancienne adepte française séquestrée en Italie
De notre correspondant à Rome Richard Heuzé
- Le
Figaro - 3 mars 2008
- [Texte intégral]

- C'est dans cette villa du centre de la Sardaigne que la victime
a été découverte par les policiers.
- Elle était retenue de force par ses
geôliers, une femme et deux hommes, tous trois Français.
Martine Boublil a été enfermée pendant des semaines avant d'être délivrée
par les policiers italiens.
Quand les policiers sardes pénètrent, ce 21 janvier, dans une villa située
dans les monts d'Ortobene, près de Nuoro (centre de la Sardaigne), ils ont un
haut-le-corps.
Ils découvrent au premier étage une femme séquestrée dans des conditions
d'hygiène extrêmement précaires. À demi-nue, portant un tee-shirt crasseux pour
tout vêtement, elle est allongée sur un matelas infesté de vermine. La pièce est
jonchée d'immondices. Une bassine est remplie d'excréments. Les policiers sont
intervenus à la demande de voisins alertés par des bouts de carton appelant à
l'aide. Écrits au rouge à lèvres, ils ont été lancés de la fenêtre par la
victime. Le vent les a emportés au pied d'une statue du Rédempteur, toute
proche.
La police établit rapidement que cette femme est une Française d'origine
tunisienne, Martine Boublil, âgée de 48 ans. Selon les enquêteurs, elle a été
enfermée sur ordre de son frère Claude, un médecin de 65 ans et l'une des
figures françaises de la Scientologie. Elle était maintenue de force dans la
chambre par ses geôliers, une femme de 44 ans et deux hommes de 18 ans, tous
trois Français. Ils étaient arrivés dans la région début décembre à bord d'une
vieille Mercedes immatriculée en France. À ceux qui les avaient questionnés, ils
avaient répondu que Martine Boublil sortait d'opération et devait observer un
repos complet. Ils avaient aussi pris contact avec la section locale de la
Scientologie, sans nouer une relation assidue.
Interrogée par la police sarde à l'hôpital Saint-François de Nuoro où elle a
été admise, Martine fait état d'une détention très dure, de sévices et de
rapports très tendus. L'examen clinique révèle toutefois qu'elle n'a subi ni
coups ni agression sexuelle. À aucun moment, elle n'a pu engager le dialogue
avec ceux qui la gardaient. Ils répondaient par des clignements d'yeux à ses
demandes. Quand elle cherchait malgré tout à sortir, ils la repoussaient avec
brutalité. «C'était l'enfer», explique-t-elle.
Les inculpés en liberté
Un juge local, Francesco Mameli, a inculpé les trois Français de
séquestration. Il n'a pas retenu en revanche l'accusation de tentative
d'extorsion. Deux jours plus tard, la police maritime interpelle Claude Boublil
dans le port de Civitavecchia, à son débarquement d'un car-ferry en provenance
d'Olbia. Une fois identifié, l'homme est réexpédié en Sardaigne où il est
inculpé à son tour.
L'affaire a fait la une des journaux italiens. Les quotidiens nationaux l'ont
relatée de manière factuelle. La RAI a diffusé plusieurs reportages dans ses
journaux télévisés. Le Giornale di Sardegna, le grand quotidien de Cagliari, a
consacré à l'événement une page entière. Les sectes constituent un problème
récurrent en Italie. Elles sont surtout actives en Toscane, en Émilie-Romagne et
dans le Piémont.
Il s'agit le plus souvent de sectes sataniques aux rites ésotériques, voire
barbares et criminels. Comme la bande du «Monstre de Florence» dont font partie
huit compères et qui a agressé sexuellement et assassiné huit couples d'amoureux
dans les campagnes de Toscane entre 1968 et septembre 1985. Ou encore les
«enfants de Satan» qui ont fait disparaître trois des leurs lors de rites
initiatiques. L'Église et les pouvoirs publics ont mis sur pied divers comités
chargés de surveiller ces organisations.
Ce n'est pas la première fois que la Scientologie défraie pour sa part la
chronique sarde. Jamais toutefois elle n'avait été mêlée à une séquestration de
personne, un délit fréquent dans le banditisme local, particulièrement actif
dans cette province montagneuse.
La remise en liberté des quatre inculpés et leur retour en France, une
dizaine de jours plus tard, sont toutefois passés presque inaperçus. Quant à
Martine Boublil, elle attend son rapatriement en France prévu en début de
semaine. |
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- Le
député Georges Fenech (UMP) propose une
- commission d'enquête sur la Scientologie
PARIS, 1 mars 2008 (AFP) - Georges Fenech (UMP), vice-président du groupe
parlementaire d'étude sur les sectes, a proposé samedi la création d'une
commission d'enquête parlementaire sur la Scientologie, après qu'une
française a été séquestrée par des membres de cette secte en Sardaigne.
"La récente affaire mettant une nouvelle fois en cause l'église de
Scientologie, dont une victime française, Martine Boublil, vient de dénoncer
les faits gravement attentatoires à sa liberté et à son intégrité
physique, vient rappeler les dangers réels de cette organisation",
affirme le député, dans un communiqué. M. Fenech "déposera sur le
bureau de l'Assemblée nationale une proposition de résolution tendant à la
création d'une commission d'enquête parlementaire pour déterminer la nature
réelle des activités de ce mouvement, son mode de fonctionnement, les
sources de financement et d'une manière plus générale si l'organisation
respecte les lois de la République française", ajoute le texte.
Martine
Boublil, séquestrée en Sardaigne par des membres de l'église de Scientologie
et libérée fin janvier par la police italienne, va "être rapidement
rapatriée en France", ont indiqué samedi des sources diplomatiques
françaises à Rome.
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Proposition
d'une nouvelle
commission d'enquête sur les sectes
Dénonçant un «danger récurrent», Jacques Myard, député maire UMP de
Maisons-Laffitte, demande au président de l'Assemblée nationale une nouvelle
commission d'enquête sur les sectes.
- Le
Figaro - 3 mars 2008
- [Texte
intégral]
LE FIGARO. En quoi y avait-il urgence à faire cette proposition
?
Jacques MYARD. Au moment où certains nient la dangerosité des
dérives sectaires, il me semble indispensable de remettre un coup de projecteur
sur cette réalité du quotidien.La gravité de ce phénomène, notamment dans le
domaine médical et paramédical, est évidente. Or, le secteur de la santé et du
bien-être n'a, jusqu'à présent, été abordé que de façon partielle par les
travaux des commissions d'enquête.
Pourquoi avoir choisi un tel axe d'approche
?
Il s'agit de l'un des domaines de prédilection des sectes, comme me l'a
confirmé un médecin ayant eu à soigner des enfants, des adolescents et des
adultes victimes de gourous.
Il existe aujourd'hui en France une multitude de charlatans installés. Se
présentant souvent comme des thérapeutes, ils font croire aux gens à des
guérisons illusoires. Exploités, certains en ressortent complètement ruinés. Il
s'agit de phénomènes sournois, jouant de la faiblesse et de la crédulité de nos
concitoyens.
De nombreuses commissions d'enquête, sur les dérives sectaires en
général, leur financement ou les risques encourus par les mineurs, se sont
pourtant succédé depuis 1995. Est-on passé à côté du problème ?
Non,
puisque celui-ci a été identifié comme tel. En revanche, il est désormais
nécessaire de le mettre en exergue, d'en démonter les mécanismes et de rappeler
que le phénomène est toujours là.
Selon vous, une attention plus particulière doit-elle être portée sur
l'Église de scientologie ?
Je constate simplement que, de manière
continue, la Scientologie est mêlée à des délits d'abus de faiblesse, de
harcèlement, de pressions morales, de manipulations, qui montrent qu'elle
enfreint les lois de la République. À mes yeux, il y a longtemps que nous sommes
face à un groupe sur lequel il faut s'interroger.
Autre
article : Jacques Myard. député UMP, demande la création d'une nouvelle commission d'enquête sur les sectes ?
(tf1.fr
- 4 mars 2008) |
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Scientologie: les députés
réclament une enquête
- La séquestration d'une ancienne adepte française en Italie relance
-
la polémique sur l'Église de scientologie
- Le
Figaro - 3 mars 2008
- [Texte
intégral]
Mise à mal par une récente polémique et devenue emblématique des
préoccupations gouvernementales sur les dérives sectaires, l'Église de
scientologie se retrouve de nouveau sous les feux de l'actualité. Alors que Martine Boublil une Française de 48 ans affirmant avoir été
séquestrée par des membres de cette organisation pendant plusieurs semaines en
Sardaigne doit être rapatriée en France demain, le député (UMP) Georges Fenech
demande la création d'une commission d'enquête parlementaire sur la
Scientologie.
Joint hier par Le Figaro, le vice-président du groupe parlementaire
d'étude sur les sectes a indiqué qu'il était «nécessaire, compte tenu des
troubles occasionnés en France par la Scientologie, de crever l'abcès une bonne
fois pour toutes». «Il me semble opportun de faire la lumière sur cette
organisation au fonctionnement très opaque, faisant parler d'elle de manière
récurrente et disposant de filiales qui ne disent pas leur nom, a-t-il estimé.
Soit la Scientologie fonctionne conformément à nos lois, et on la laisse
tranquille. Soit sa façon de faire pose problème et il faut en tirer toutes les
conséquences.»
Image sérieusement ternie
Parallèlement, un autre député UMP, Jacques Myard, compte réclamer l'ouverture d'autres travaux
parlementaires sur l'exploitation par les mouvements sectaires des milieux
médical et paramédical. Éclaboussée par ce fait divers italien, l'Église de
scientologie en France redoute de voir son image à nouveau ternie, elle qui
avait pourtant obtenu à Paris l'automne dernier un non-lieu pour une vingtaine
de ses membres ayant eu maille à partir avec la justice.
Parmi les quatre scientologues arrêtés en Sardaigne figure cette fois-ci
Claude Boublil, l'un des pontes du Celebrity Center parisien et frère aîné de la
victime présumée. Un homme «tout à fait sympathique et facile à vivre», selon un
ancien scientologue, mais ayant apparemment quelque peu pris «ses distances»
avec la médecine, dont il avait fait son métier.
Danièle Gounord, porte-parole
de la Scientologie à Paris, était injoignable hier. La veille, niant à demi-mot
toute implication de son Église dans cette affaire, elle avait confié au
Parisien qu'il s'agissait à ses yeux d'un «drame familial».
Un dossier délicat dont on ignore encore les suites judiciaires
Choquée,
affaiblie psychologiquement, Martine Boublil ne semble pas encore décidée à
porter plainte. Seule cette démarche serait pourtant de nature à permettre
l'ouverture d'une information côté français, ainsi que le placement éventuel des
quatre suspects sous contrôle judiciaire.
Quoi qu'il en soit, les magistrats italiens comptent sur une coopération
entre les deux pays afin de mener à bien leurs investigations.
Enfin, la voix du
député maire (PC) Jean-Pierre Brard s'est d'ores et déjà élevée afin que
l'ancienne adepte, confessant un passé dépressif, puisse bénéficier d'une «protection renforcée» dès son retour sur le sol
français.
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- Un ancien adepte de la scientologie témoigne :
- «C'est un monde de
dingues»
- www.lefigaro.fr/actualites - 21/02/2008
- [Texte
intégral]
- Conseil en entreprise,
Roger Gonnet a entraîné sa femme et ses enfants
- dans la secte avant d'en sortir
ruiné
Un oncle et une tante déjà
adeptes, un prospectus laissé sur une table un peu par hasard et un livre acheté
«histoire de voir» : vingt-cinq ans après avoir tourné le dos à
l'Église de scientologie, Roger Gonnet n'a rien oublié des
circonstances anodines l'ayant conduit jusqu'au plus haut degré d'initiation des
scientologues français. Marié, père de deux enfants, ce conseil en entreprise a
tout juste 33 ans lorsqu'il se plonge dans l'ouvrage de Hubbard, La Dianétique,
la puissance de la pensée sur le corps. «C'était très mal écrit, mais il y avait
comme une logique interne à ce que je lisais», confie cet ancien adepte.
Peu après, Roger Gonnet
s'inscrit à un cours basé sur des «exercices de communication». Dispensées dans
un bureau parisien ou au domicile luxueux d'un «auditeur en scientologie
free-lance», les interminables séances d'électromètre sont facturées
«2 000 francs de l'époque pour 25 heures».
Des milliers
de règles régissent la vie de la famille
«La technique, associée à la
répétitivité de questions aussi banales que “Vous souvenez-vous d'un moment où
vous aviez mal à la tête ?”, est tellement bien faite qu'on finit par y croire»,
raconte Roger Gonnet. Au total, il s'offrira «250 à 300 heures d'audition». En
l'espace de six ans, il devient «OT7», plus haut niveau de conscience au monde
selon les écrits de Ron Hubbard. «J'étais motivé par l'espoir de retrouver un
enthousiasme perdu, mes qualités profondes», dit Roger Gonnet.
Sa femme, professeur,
abandonne à son tour sa carrière. Les enfants suivent. Le couple ouvre une
organisation scientologue dans la banlieue lyonnaise, donne des cours, investit
dans du matériel coûteux, travaille «sans arrêt» pour «l'équivalent d'un smic».
La vie de la famille est régie par «des milliers de règles, dictées par les
bandes audio de Hubbard ou ses écritures sacrées». En résumé : «Tout ce qui ne
sauve pas le monde est inutile.»
Au début des années 1980,
plusieurs déclics incitent Roger Gonnet à manifester son incompréhension. Ce qui
lui vaut son expulsion de la Scientologie. Ruiné, dépossédé de ses biens et de
ses chéquiers, le couple Gonnet mettra du temps avant de reprendre pied.
Aujourd'hui, Roger Gonnet
s'en veut «d'être tombé dans le panneau», d'avoir «embarqué (son) frère, (ses)
enfants, privés d'études supérieures et de liberté». «C'est un monde de dingues,
conclut-il. Un monde dans lequel il faut toujours faire mieux, toujours faire
plus. Sinon, vous êtes coupable.» |
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| Scientologie
: le programme secret d'isolement
des adeptes
par
Serge Faubert
- http://www.bakchich.info
- mardi 4 mars 2008
- [Texte
intégral]
L’Église
de scientologie affirme qu’elle n’a rien à voir dans la récente
séquestration, en Italie, de la sœur d’un scientologue français
de haut niveau. Mais cette détention correspond, point pour
point, à un «traitement» de choc prévu par la sciento.
Un simple
« drame familial » dans laquelle l’Église de scientologie n’aurait
rien à voir. A en croire la porte parole de la secte, Danièle
Gounord, c’est ainsi qu’il faudrait apprécier la séquestration
pendant plusieurs semaines, en Sardaigne, de Martine Boublil,
par trois scientologues, dont son propre frère Claude Boublil,
aidés d’une quatrième comparse. Hélas pour elle, cette explication
peut être battue en brèche. Bakchich est en mesure de le révéler,
le calvaire enduré par la victime ressemble furieusement à un
programme de "soins" très particulier que la secte
réserve à certains de ses adeptes.
Baptisé
"Isolation Watch" - isolement et observation - ce
programme est longuement commenté dans une thèse de doctorat
en droit rédigée par un ancien fonctionnaire des renseignements
généraux, spécialisé dans la lutte antisectes, Arnaud Palisson.
Ce vilain juriste dresse une impressionnante liste de chefs
d’accusation qui pourraient être retenus contre ceux qui utiliseraient
une telle méthode : arrestation arbitraire, séquestration arbitraire…
Tiens, on croyait pourtant que les techniques scientologues
ne tendaient qu’au bonheur de l’humanité.
Bien que
remarqué par la faculté (mention très honorable avec félicitations
du jury), ce travail a valu au policier d’être muté dans un
autre service à la suite d’une protestation de l’Eglise de scientologie.
Voilà ce que c’est que de ne pas comprendre que les disciples
de Ron Hubbard, le fondateur de la secte, ne songent qu’à aider
leur prochain.
C’est
un détail dans l’entretien que Martine Boublil a accordé à nos
confrères du Parisien, samedi dernier, qui a mis Bakchich sur
la voie du programme "Isolation Watch" La rescapée
souligne l’étrange comportement de ses gardiens: «Ils ne m’adressaient
pas un mot. Pour dire oui, ils clignaient des yeux, pour non,
les laissaient ouverts.»
Attitude
qui n’a aucun sens. Sauf en scientologie. Ce mutisme est en
effet au cœur du programme « Isolation Watch qu’un «bulletin
technique» de la secte, autrement dit une circulaire interne,
en date du 23 janvier 1974, détaille en ces termes : « En présence
d’une personne en crise psychotique, isolez totalement cette
personne, tous ses congénères étant à son égard complètement
muselés (interdiction de lui parler) »
Claude
Boublil, un médecin pionnier de la scientologie
en France
Crise
psychotique ! Justement, Martine Boublil confie au Parisien
qu’elle a été internée en juin 2007 à la suite d’une dépression
sévère. Son frère, Claude Boublil, médecin à la retraite, lui
aurait cependant fait quitter l’hôpital pour la conduire en
Sardaigne après une escale en Normandie puis le départemet de
la Sarthe.
Ce praticien
n’est pas n’importe qui dans le petit monde de la scientologie.
Claude Boublil est un des pionniers de la secte en France. Il
en a d’ailleurs gravi tous les échelons puisqu’il est OT8, le
plus haut degré délivré par la secte. Seuls une dizaine de Français
ont atteint ce niveau.
Accessoirement,
Claude Boublil est également l’un des vingt scientologues poursuivis
dans le cadre d’une instruc- tion ouverte en 1983 à Paris pour
escroquerie, extorsion de fonds et exercice illégal de la médecine.
En octobre dernier, le juge en charge du dossier a rendu une
ordonnance de non-lieu. Celle-ci fait aujourd’hui l’objet d'un
appel des parties civiles devant la chambre de l’instruction.
Pourquoi
Claude, médecin, aurait-il soustrait sa sœur Martine aux soins
dispensés par l’hôpital ? La doctrine de la secte permet, là
encore, d’envisager une explication. Les scientologues tiennent
les psychiatres pour les pires ennemis de l’humanité. Ils sont
convaincus que les techniques de Ron Hubbard sont les seules
à pouvoir soulager et guérir les patients souffrant de troubles
psychiques. Les quatre personnes arrêtées en Sardaigne ont d’ailleurs
déclaré aux policiers qu’elles avaient retenu Martine Boublil
pour son bien.
Bref,
le bon docteur aura voulu, tout simplement, faire profiter sa
chère soeur des pouvoirs thérapeutiques que l'enseignement de
Ron Hubbard est censé procurer aux plus chevronnés de ses disciples.
Une histoire d’amour, on vous dit.
Le
programme de la scientologie : «Personne
ne doit parler à la personne»
Mais de
l’amour vache quand même. Car le programme «Isolation Watch» est des plus gratinés. La phase de rétention et de mutisme
total prépare un endoctrinement progressif comme le précise
une seconde circulaire de Ron Hubbard: «Durant son isolement,
on administre à la personne un parfait programme d’introspection,
échelonné en sessions de courtes durée, pour lui faire graduellement
reprendre confiance. Entre les sessions, la règle du musellement
est de rigueur. Personne ne doit parler à la personne ni à sa
proximité » (1)
Rassurons-nous,
Ron Hubbard reste un grand humaniste. La circulaire prévoit
que "Vient un moment ou le C/S – le «superviseur de cas»,
autrement dit le chef de l’opération – doit décider de relâcher
la personne placée en isole- ment.» On respire.
Mais,
en scientologie, on ne s’en va pas comme ça. «Le C/S doit déterminer
le niveau de responsabilité de la personne. Exemple: «Cher
Joe, que peux-tu me garantir si on te laisse sortir d’isolation
?» Et il vaut mieux ne pas se tromper dans la réponse. Car «Si la réponse de la personne montre une irresponsabilité continue
(…) le C/S doit informer la personne de son maintien en isolement
et de la raison de ce maintien.»(1) Des fois que l’adepte penserait
qu’on lui en veut …
Et Ron
Hubbard qui, décidément, a pensé à tout, détaille la marche
à suivre : «Exemple : « Cher Joe, je suis désolé, mais il n’est
pas encore question pour toi de sortir d’isolement. Tes actions
ont menacé indirectement des centaines de personnes et directement
six familles dont les maisons ont été incendiées. Tu n’as pas
conscience des effets que tes actes peuvent avoir et tu ne te
sens toujours concerné que par ton propre intérêt. Tu dois quelque
peu haïr la race humaine». (1) Qui a dit que les scientologues
n’avaient pas le sens de la mesure ?
Un
député UMP a proposé la création d’une commission d’enquête
Le député
UMP Georges Fenech, a proposé samedi, la création d’une commission
d’enquête parlementaire sur la scientologie. Martine Boublil,
elle, a annoncé qu’elle entendait porter plainte contre ses
ravisseurs dès qu’elle sera de retour à Paris.
En France,
l’enlèvement et la séquestration sont punis de 20 ans de réclusion
criminelle. La justice pourrait être tentée de faire découvrir
à certains scientologues les joies du silence et de l’enfermement.
Ca ne peut pas faire de mal, d’après ce bon vieux Ron !
(1) Introspection
rundown. Bulletin technique 20 février 1974.
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