Au
mois de mai 1950, l'écrivain de science-fiction
nord américain Lafayette Ronald Hubbard publia
DIANETICS, The Modem Science of Mental Health:
la Dianétique, aïeule de la Scientologie,
venait de naître. Elle aurait pu rester ce qu'elle
prétendait alors être, à savoir
une technique psychothérapeutique visant au développement
personnel – une technique supplémentaire, perdue
parmi une infinité d'autres, oubliées
aussitôt que publiées. Il n'en fut rien: la Dianétique rencontra pour des raisons
que nous analyserons dans un instant, quasiment immédiatement
un succès phénoménal. Moment inaugural
mais transitoire du mouvement la Dianétique se
prolongea dès le mois de mars 1952 en une «philosophie religieuse» plus clairement idéologique,
la «Scientologie».
Originellement
pseudo-scientifique, la doctrine hubbardienne quittera
ainsi bientôt le lit de la technique théra-
peutique
pour s'installer dans le champ de la croyance. Dans
la lancée, elle convoitera immédiatement
l'aura, voire le label de la religion: à partir
du mois de décembre 1953, Hubbard, et ses séides
entamèrent en effet les démarches visant
à conférer au groupe le titre d'Eglise
de Scientologie. La première Eglise de
Scientologie proprement dite finit par être
inaugurée à Washington en 1954, au terme
de deux années d'une «conversion»
produite dans l'éprouvant désordre entourant
habituellement L. Ron Hubbard.
Ce
glissement d'un registre à l'autre, de la psychothérapie
vers la spiritualité forme le nœud de la problématique
scientologique. L'on tend généralement
à y voir la preuve de sa volonté cynique
de manipulation, l'indice le plus fiable de l'escroquerie
qu'elle organise sciemment à l'échelle
mondiale. Penchons-nous un instant sur ce point de focalisation
qui accapare l'attention de ses détracteurs:
une lecture rigoureuse de la littérature nous
montrera aisément qu'en dernière analyse
toutes les critiques qui la touchent proviennent de
ce moment de bascule, ou s'y nourrissent.
Ainsi
en va-t-il de ses biographes non officiels – non «agréés», par les instances de la
secte, en d'autres termes indépendants et aussi
libres que le permettent les harcèlements de
la secte – à qui l'on doit les travaux les plus
fiables sur Hubbard. Tous semblent s'accorder sur ce
point: l'annonce. aux aurores de l'année 1954,
de la création prochaine de la Fïrst
Church of Scientologie, était guidée
par des intérêts parfaitement prosaïques.
« Le fait est que Hubbard avait des problèmes
depuis plusieurs années avec l'AMA et PIRS [l'American
Médical Association et le Fisc américains],
et devenir une églse était un moyen d'éviter
ces problème[1],
écrit Bent Corydon, qui précise en outre
que, ironiquement, les adeptes croient aujourd'hui sincèrement
que la scientologie est leur religion, tandis que «C'est
seulement parmi les membres de la hiérarchie
de l'Eglise (ceux qui entourent Hubbard) que les actions
et les attitudes trahissent clairement le fait que nous
avons affaire à une entreprise lucrative[2]».
La
preuve que la transformation de la Scientologie en religion
était motivée par les intérêts
de Hubbard fut appor- tée, selon Jon Atack, lors
du Procès Armstrong: «Le 10 avril 1953.
Hubbard envoya un courrier d'Angleterre à Helen
O'Brien. qui venait juste de prendre en charge le management
de la Scientologie aux Etats-Unis, lui disant qu'il
était temps de passer d'une image médicale
vers une image religieuse. Ses objectifs étaient
d'éliminer toutes les autres thérapies.
pour sauver son organisation du naufrage, et, indiquait
candidement Hubbard, pour faire une bonne opération
financière[3]».
«Devenir une religion plutôt qu'une psychothérapie
était une question purement commerciale[4]»
pour Hubbard, poursuit Atack, qui conclue qu' «En
dépit des déclarations de Hubbard. la
Sciento- logie et la Dianétique sont définitivement
une entreprise commerciale, une organisation lucrative,
mise sur pied par Hubbard pour son enrichissement personnel[5]».
Russell Miller, auteur de la biographie la plus célèbre
de Ron Hubbard[6],
nous apporte quelques précisions concer- nant le
contexte du glissement vers le religieux - en commençant
par préciser que Hubbard y pensait déjà,
non pas début 1954 comme l'indiquait Corydon,
mais dès l'automne 1953.
Dans
son texte, Miller va d'abord dans le sens des autres
auteurs en rappelant les motivations à la fois
financières de la démarche hubbardienne
— « les églises bénéficiant
d'avantages fiscaux substantiels[7]»
—, et pratiques puisque Ron Hubbard estimait «que
le statut rendrait la Scientologie moins vulnérable
aux attaques de ses ennemis [8]».
«En outre. précise-t-il toutefois, la conjoncture
était favorable: les Etats-Unis connaissaient
un renouveau de religiosité, perceptibles par
exemple dans les croisades de l'évangéliste
Billy Graham[9]»:
et Miller de conclure: «Hubbard s'empressa donc
de sauter dans le train en marche[10]»
- habile à sentir les mouvements de fond de l'opinion,
et soucieux de privilégier ses intérêts.
Hubbard manigança donc la métamorphose
de son organisation en religion. A partir de cette toile
de fond commune à tous les auteurs, les études
journalistiques ou universitaires proposèrent
des variantes et des approfondissements. Hopkins, en
1969. parvint à sortir du débat «religion
/ pas religion». ou «religion / secte»,
en posant une question parallèle: «Scientologie,
religion ou racket ?».
Désormais. comme
le résume Benjamin Beit-Hallahmi de l'Université
de Haifa, en Israël, deux opinions opposées
s'affrontent à propos de la Scientologie: «La
première. que la plupart des universitaires des
NMR (Nouveaux Mouvements Religieux, NRM ou NMR) épousent,
ainsi que quelques décisions judiciaires ou administratives,
c'est que la sciento- logie est une religion, peut-être
incomprise et innovante, mais ce serait néanmoins
une religion méritant notre attention universitaire.
La seconde. qu'on découvre presque partout dans
les médias, dans certains rapports gouvernementaux
de divers pays. et dans nombre de décisions administratives
et juridiques, c'est que la sciento- logie est une entreprise,
à qui l'on accorde nombre d'actions criminelles,
entreprise se déguisant parfois en religion[11]».
Dans
cet article richement documenté. Beit-Hallahmi
propose d'interroger le consensus touchant à
la dimension strictement lucrative de la Scientologie
en vingt-six points; il parcourt les termes dudit consensus
– dont il confir- me les principaux éléments
en s'appuyant sur les textes internes à l'organisation
scientologue: la Scientologie y apparaît comme
une entreprise laïque, scientiste et mercantile,
hostile à la loi, entièrement dévouée
à l'unique but déterminé par le
fondateur, le profit.
Ce but est, pour Beit-Hallahmi
comme pour les biographes précités, ainsi
que pour nombre de journalistes et d'uni-versitaires,
ce qui motiva précocement le tournant religieux
de l'organisation hubbardienne: «Motif de cette
soudaine conversion ? Pendant les années 50 à
53, avant la Grande Conversion. Hubbard subissait des
hauts et des bas et cherchait désespérément
à réorganiser et relocaliser son système».
Comme Wallis, qu'il cite à diverses reprises
et à qui l'on doit des travaux sur la Scientologie
qui firent date. Beit-Hallahmi incline à penser
que «le motif des changements majeurs dans l'historique
scientologîque, c'est la finance».
Si
nous adhérons aux conclusions communément
admises qui forment par ailleurs le cœur des analyses
de Beit- Hallahni, à savoir que la Scientologie
est une entreprise laïque, scientiste et réfractaire
aux lois de la cité. qui a accumulé depuis
sa naissance d'énormes profits, nous y porterons
toutefois d'abord une nuance: le profit ne nous parait
pas être le but de la Scientologie; et ensuite
une récusation: nous rejetons le postulat selon
lequel les infléchissements idéologiques
et les tournants historiques de cette organisation ne
s'enracinent que dans des considérations financières.
Pour motiver à la fois cette nuance et la rejet
de la position de Wallis. il nous faut envisager cette
organisation selon un autre abord — par lequel s'ouvrira
la voie de l'analyse latérale dans laquelle nous
allons tout de suite nous engager: sa dimension totalitaire.
II.
...OU ORGANISATION TOTALITAIRE...
En
février 1951. Hannah Arendt publie Les origines
du totalitarisme. oeuvre monumentale
dans laquelle elle entre- prend d'explorer le long processus
et Les trois piliers de l'enfer[12] - antisémitisme. impérialisme
et racisme - qui ont permis l'éclosion dans
la première moitié du XXème siècle,
de cette forme radicalement nouvelle de domination qu'est
selon elle le totalitarisme.
Malgré
des réticences ponctuelles de certains intellectuels
à l'égard des travaux de Arendt - notamment
S. Zizek, qui envisage le concept arendtien de «totalitarisme» comme
un «antioxydant idéologique» de
l'idéologie
social- démocrate -, ses réflexions, bien
souvent vives et quoique non dépourvues
d'émotions, nous paraissent rester d'une acuité
qui semble à l'épreuve du temps.
Nous ne motiverons pas dans ce travail, notre choix
d'emprunter ce concept de totalitarisme
issu du domaine politologique pour le transposer dans
celui de l'analyse du phénomène
sectaire: nous déborderions du cadre limité
dans lequel il s'inscrit. Piochons pour
l'instant chez la philosophe les outils à partir
desquels nous souhaitons réarticuler la
réflexion sur l'Eglise de Scientologie, et voyons
tout de suite en quoi consiste la structure
totalitaire et ce qu'elle parvient, par sa radicale
nouveauté, à mettre sur pied.
«Les formes de l'organisation totalitaire, indique Arendt
dans les premières pages
de son texte sur Le totalita- risme, contrairement à
leur contenu idéologique et aux slogans
de la propagande sont complètement nouvelles.
Elles sont destinées à traduire les
mensonges de la propagande, ourdis à partir d'une
fiction centrale - la conspi- ration des juifs, ou des
trotskistes, ou des deux cents famille, etc. - , en
une réalité agissante; à édifier,
même dans des circonstance non totalitaires, une société dont les membres agissent
et réagissent conformément aux règles
d'im monde fictif[13]. Pour penser ce monde
fictif radicalement nouveau et imperméable au
monde exté- rieur. Arendt a proposé
en 1956 l'image - a priori surprenante - qui lui semble
tracer les contours du gouver- nement
et de l'organisation totalitaires: «la structure
en oignon[14]».
Selon cette image
promue par elle dans la continuité de ses travaux
sur le totalitarisme, il nous faut concevoir
une organisation complexe dans laquelle chaque strate,chaque «pelure». protège
le centre de l'oignon en filtrant et en amortissant
l'impact de la réalité extérieure.
depuis la façade externe constituée d'adeptes
en contact avec le public jusqu'aux
initiés des niveaux supérieurs en contact
avec le centre pulsatif de la communauté: «les organisa-
tions de façade, précise
Arendt, entourent les membres du mouvement
d'un mur protecteur qui les sépare du monde extérieur,
du monde normal; en
même temps, elles constituent avec cette normalité
un trait d'union sans lequel les membres
[...], sentiraient de façon trop aiguë
les différences qui séparent leurs croyances
et celles des gens normaux, leurs propres fictions mensongères
et la réalité du monde
normal[15]».
Parallèlement, le cœur du mouvement
totalitaire - par exemple, pour le cas de la Scientologie,
les «niveaux secrets» de l'initiation
dans lesquels nous retrouvons l'ahurissante histoire
de Xénu qui compose la formation de niveau
OT III, «Le mur du feu» -, ce moment de
folie qui n'est généralement accessible
qu'aux grands initiés, est progressivement dilué
à mesure que l'on passe du centre
de l'organisation vers l'extérieur, des grands
initiés vers les associations de façade
qui
diffusent un message recevable polir les non initiés: «L'ingéniosité de cette technique
tient à ce que les organisations de façade
ne se contentent pas d'isoler les membres,
mais leur offrent un semblant de normalité extérieur
qui atténue le choc de la vraie
réalité plus efficacement que la simple
doctrine».
L'ingéniosité de cette
configuration
apparaît encore plus nettement sous la plume de
Hannah Arendt lorsqu'elle
précise, quelques années après
la parution de sa trilogie sur Les origines du totalitarisme,
que «Toutes les parties extraordinairement multiples
du mouvement: organisations
de façade, diverses sociétés professionnelles,
membres et hiérarchie du parti,
formations d'élite et groupes de police, sont
reliées de façon à ce que chacune
forme d'un côté la façade et de
l'autre le centre, c'est à dire joue le rôle
du monde extérieur
normal pour une couche et celui de l'extrémisme
pour l'autre[16]».
Ces strates concentriques
et bifaces sont soutenues et animées par le moteur
situé au centre de la structure,
d'où se répandent le pouvoir et l'impulsion
au mouvement de l'ensemble de l'organisation, à
savoir non pas exactement le Chef - notre analyse s'éloigne
ici quelque peu de celle de Arendt -, mais le coeur de l'idéologie.
c'est-à-dire, pour la Scientologie: la
Technique (la «Tech», en langue scientologue)
– dont l'unique interprète est le Chef. Ce
dernier, comme l'a fort bien indiqué Arendt,
«est coupé de la formation d'élite
par le cercle
intérieur des initiés qui répandent
autour de lui une aura de mystère[17]».
Le
pouvoir du chef totalitaire n'est, selon nos analyses,
jamais aussi grand que lorsque
celui-ci s'évanouit non pas en dehors du mouvement,
mais encore une fois dans l'épicentre
de celui-ci, dans cet «espace vide» qui
le met en contact direct avec la «Source» – notion fondamentale de l'univers scientologique
– de l'idéologie. La Scientologie
offre une claire illustration de cette hypothèse: ainsi, entre 1967 et 1975, lorsqu'il
disparut dans les océans à bord d'une
flottille de navires, puis de 1977 jusqu'à sa
mort, Ron Hubbard, devenu pour ainsi dire invisible
et immatériel. porta une ombre d'autant
plus puissante sur son organisation que ses Messagers
du Commodore – son cercle
rapproché dont est issu David Miscavige
,
l'actuel chef du mouvement –, tout en diffusant ses
messages techni- ques, élevaient autour de lui
les voiles épais du silence.
De
cette
place centrale et brumeuse, le Chef est le lieu vers
lequel convergent, par des réseaux
de communication compliqués, toutes les organisations
composant le mouvement
global, le point où se nouent tous les fils;
sans lui le mouvement se décomposerait
en ses différentes parties: «Le Chef est
irremplaçable, écrit encore Arendt,
parce que toute la structure compliquée du mouvement
perdrait sa raison d'être sans
ses ordres[18]».
Les «ordres» dont
il est ici question n'en sont pas vraiment:
en premier
lieu parce qu'ils impliqueraient une «auto- rité
fixée et circonscrite[19]», qui
nuirait
à la dynamique du mouvement – rien, ainsi que
l'a démontré Arendt et comme nous
allons le voir dans ce travail, ne doit être fixe
dans un mouvement totalitaire –; ensuite.
parce que pour émettre un ordre, il faudrait
se positionner à l'extérieur du mouvement
– place où ne peut se trouver le chef d'un tel
mouvement, dans la mesure où il
est en son centre: «Quoi que fasse le chef –
dans l'organisation totalitaire –, écrit Hannah
Arendt, il le fait de i'intérieur et non de l'extérieur». Les ordres en question ne sont
pas nécessairement clairement prononcés: ils sont du registre de la «volonté[20]»
Les ordres du chef
– «jamais en repos, dynamique[21]» -, laquelle
volonté n'est autre que celle des membres
du groupe. En système totalitaire, en effet,
le chef incarne le groupe, avec lequel
il forme, comme le pressentait le romancier E. Zamiatine
dans son utopie totalitaire,
un «puissant et unique organisme[22]».
Pour
le comprendre, il nous faut ici indiquer que la division
entre le Chef et les autres,
dans les organisations totalitaires, est effacée: il n'est ni l'au-moins-un consistant,
hétérogène au groupe, qui était
caractéristique des monarchies. ni l'au-moins-un
placé en position de radicale hétérotopie
par rapport au groupe qui était l'indice des
tyrannies,
ni même l'au-moins-un homogène au groupe,
mais élu par lui, c'est-à-dire élevé
au rang d'autorité dans le but de le représenter,
que l'on rencontre en démocratie représentative.
Annihilant l'espace entre le lieu du pouvoir et le groupe,
c'est le principe même
de la représentation qui est annulé:
«En lieu et place, écrit J.-P. Lebrun
à propos du
nazisme, ce sont les commandés dans leur ensemble
qui devien- nent les commandeurs par
la voix de leur führer, qui n'est plus qu'un porte-parole,
et cela dans la suppression de
ce vide qui les sépare l'un de l'autre: [...]
ici, l'Un sait l'Autre, il le dit à sa place,
il est complètement au fait de son désir
et à ce titre, exige d'ailleurs que tout devienne
public[23]. D'où cette propension spontanée
des organisations totalitaires à s'infiltrer
dans
tous les recoins de la vie des sujets pour en ramener
les moindres parcelles au grand jour,
que ce soit par les exigences de confessions, par les
auditions dianétiques ou scientologiques,
ou encore par les délations.
Ce que souhaitait
Ron Hubbard, comme tout
leader totalitaire, c'était éradiquer
tout espace privé, toute hétérogé-
néité,
tout repli intime
dans la texture homogène, transparente et publique
de la communauté. La pensée, dans
cet espace homogène. ne doit donc plus ouvrir
à une réflexion singulière, non
prévue
à l'avance. Pour réaliser cette unicité
complète, pour homogénéiser totalement
le groupe,
pour le fondre «en un seul corps aux millions
de mains[24]», il est nécessaire qu'aucune
parole prononcée ne relève de l'énonciation
propre et individuelle, mais d'une
récitation mécanique de quelques énoncés,
de formules standards non pas du Chef,
mais de la doctrine dont nous démontrerons qu'il
n'est que l'interprète et le scribe.
C'est
la raison pour laquelle la Scientologie a mis sur pied
un système d'encadrement rigoureux,
l'Ethique, mené par des instances disciplinaires
spécifiques, les Comités d'Ethique:
afin que les Ecrits et la Technique soient appliqués
à la lettre, qu'ils ne soient
ni modifiés, ni déformés par l'adepte
- tronquer le texte ou les techniques scientolo- giques
relève d'une faute grave (la «Tech verbale») et est à ce titre sévèrement
punie.
Au-delà de ces règles et de leur encadrement
disciplinaire, la technique la plus redoutable
pour parvenir à cette homogénéisation
de la pensée des adeptes concerne le travail
effectué directement sur le langage lui-même.
Pour
atteindre la communauté parfaite de leur idéal
totalitaire, les organisations telles
que la Scientologie opèrent à la manière
de Symes, le linguiste spécialiste en «novlangue» du roman de G. Orwell. 1984: en annihilant
certains mots frappés d'interdit,
en modifiant la signification de certains autres et
en rabotant les mots restants jusqu'à
l'os d'une signification unique - les trois opérations
rendant impossible de penser
en dehors du cadre de la doctrine officielle, puisque
les mots qui permettraient cette
pensée hérétique n'existent plus.
L'ensemble de ces modes de destruction de la langue
vise à forger un langage ultra rationnel, en
ne laissant subsister du langage commun
que les mots techniques ramenés à la matérialité
d'une définition unique - voire
à une mise en suspens de toute possibilité
de définition, puisque selon Paul Ariès,
dans
la langue scientologue, «Le signifié réel
se dissout dans le signifiant du mot qui reste
ainsi sans "accroche" réelle[25]».
Nous porterons dans un instant une modification discrète
mais importante aux analyses de Ariès; conservons pour l'instant son hypothèse selon
laquelle la langue totalitaire est ainsi appauvrie
et rendue éminemment abstraite par
son excès de rationalité. Dès lors,
épurée de l'étendue lexicale et
du florilège de significations
de la langue non totalitaire, le langage de la scientologie
ne se compose plus
que de signifiants transmutés en signes: devenus
univoques, les mots de la scientologie
ne possèdent plus cette caractéristique
propre au signifiant d'être disjoint du signifié
et de ne permettre une signification (mouvante et instable,
toujours exposée au glissement
vers d'autres signfications), qu'articulé
à d'autres signifiants.
Les mots
scientologues,
en d'autres termes, ne sont plus définissables
autrement que par eux-mêmes: devenus autoréférent,
ils s'autodéfinissent,
pour le dire à la façon scientologique[26].
Ce principe de l'autodéfinition des mots scientologues,
auquel nous ajouterons l'utilisation
systématique de néologismes, vont l'un
et l'autre nous faire glisser dans le champ
de la psychopathologie: la langue scientologue, avec
son recours permanent aux néologismes,
rappelle en effet par divers points celle du psychotique.
III.
...ET PARANOIAQUE ...
L'une
des solutions mises en œuvre par le psychotique après
que son univers se soit
effondré lors du déclenche- ment de sa psychose
- dans ce moment crépusculaire, cette
«fin du monde» qui occupe de vastes pans
des Mémoires de D.-P. Schreber -, consiste
en effet à rebâtir «l'univers,
non pas à la vérité plus splendide,
notait Freud, mais
du moins tel qu'il puisse de nouveau y vivre[27]». En d'autres termes, en guise de «tentative de guérison[28]», le psychotique
peut consacrer ses efforts, lorsqu'il en a les ressources,
à la construction d'un délire.
Pour soutenir
ses élaborations délirantes, les néologismes
sont les points les plus sûrs qui s'offrent à
lui. Le néolo- gisme psychotique concentre
un tel degré de certitude, possède un
poids de vérité d'une telle densité,
qu'il en
devient intransposable dans le langage commun. Ce sont
précisément ces caractéristiques
qui rendent ces néologismes aptes à soutenir
l'édification d'architectures quelquefois imposantes.
la doctrine de Ron Hubbard, délirante par maints
aspects, apparaît aspects reposer, à la manière d'un
délire psychotique, sur une série de mots
nécessaire
relevant de la catégorie des néologismes
caractéristiques de la structure psychotique.
Semblables,
encore une fois, au langage des psychotiques, les mots
de la langue scientologue
paraissent ne plus relever du registre linguistique
du signifiant, mais de celui,
pathologique, non pas exactement du signe mais de l'holophrase:
ils surgissent d'un
collapsus, d'une copulation entre le mot et la chose,
le premier ayant la capacité radicale
non plus de représenter le second, mais d'en
saisir le réel dans ses filets.
Nous pouvons
maintenant apporter notre rectification à l'analyse
de Paul Ariès: le signifié, dans
le langage scien- tologique, n'est pas dissout dans le
signifiant, puisqu'il y est entièrement
contenu; dès lors, la spécificité
du langage scientologique n'est pas de se composer
de mots sans attaches réelles, mais de mots ayant
pour ainsi dire phagocyté le réel, devenant
ainsi l'unique réalité du monde des adeptes.
Tout le travail de destruction du langage mené dans les laboratoires linguistiques
des orgainsations totalitaires vise d'ailleurs,
de la même manière que les effets produits
par l'effondrement psychotique, à annuler
la béance entre la chose, le mot et le sujet
qui le prononce: tous trois étant pris en
masse dans le bloc monolithique de l'holophrase. Nous
verrons à ce titre, dans le cours
de nos analyses, ce qui fait le joint entre les principes
langagiers qui ordonnent l'idéologie
scientologique, et la doctrine de Alfred Korzybski -
l'un des principaux inspirateurs
de Ron Hubbard, qui lui permit, avec les éléments
de base de sa doctrine de Sémantique
Générale, de trouver les appuis nécessaires
au soutien de la Dianétique.
Par
la magie de son langage holophrastique, il n'y a plus
de polysémie, donc plus de
doute, dans le monde de la Scientologie: «l'holophrase,
écrit dans ce sens le Pr. J.-C. Maleval,
fait émerger un savoir dépourvu d'ambiguï-
té[29]». Chaque mot de la doctrine scientologique,
taillé dans la matrice délirante de Ron
Hubbard, vise à saisir très précisément
la chose - sans ambiguïté, c'est-à-dire
avec la certitude absolue que seule confère
la paranoïa.
La
Tech animant le mouvement de toute l'organisation hubbardienne,
et cette langue
singulière qui possède les caractéristiques
du langage psychotique alliée à d'exceptionnelles
capacités d'embrigadement pour tout sujet qui
se laisse posséder par elle, ont été
élaborées sur une période de trente
années. En dépit des considérations
développées
jusqu'ici, qui pourraient donner l'impression qu'avec
l'Eglise de Scientologie
nous avons affaire à une entité aveugle
quasiment abstraite, nous ne devons pas
perdre de vue que ce mouvement sectaire est mû
par la force perlocutoire de nombreux
écrits. imprimés sur des
milliers de pages, indices de la prolixité exubérante
de
l'écriture hubbardienne.
Or la démultiplication
vertigineuse des énoncés régulant
l'univers
du groupe et le mouvement même de la sciento-
logie
alimentent leur dynamique à
une source unique, un oubli fondateur qu'ils partagent
avec la science moderne: l'oubli
que ce qui a produit ces énoncés, «c'est un bricolage, une confrontation avec un
réel,
une énonciation. un sujet[30]». Il ne s'agira
donc pas. dans ce travail préliminaire à
la réflexion
que nous souhaitons poursuivre en thèse de doctorat,
de nier l'intervention subjective
initiale qui donna son impulsion à la secte et
traça les coordon- nées de sa trajectoire: bien au contraire, puisque c'est à ce bricolage
que nous allons nous intéresser
dès la Première partie de ce travail:
à la Source de la doctrine, ou plutôt à
son scribe, voire à l'«agent de transmisssion
des connaissances[31]»
scientologues, Lafayette Ronald hubbard - qui retiendra
notre attention pour une double raison.
Tout
d'abord parce que la doctrine dianético-scientologique
est «l'œuvre d'un seul
homme», son œuvrre à lui, comme il se
plaisait à le rappeler à son entourage: «c'est l'entreprise personnelle et l'héritage
d'Hubbard, précise en ce sens Beit-Hallahmi,
toute explication sur sa nature et son développement
se devant de commencer par
ce fait patent». Ensuite parce que, en écho
de ces propos de Beit-Hallahmi, nous postulons
que la structure et la dynamique interne du mouvement
scientologique ne peuvent
s'éclairer que dans le détour par l'analyse
de son principal artisan. Nous transposerions
volontiers sur Ron Hubbard les propos de Mark Z. Danielewski
à propos du
monstre énigmatique de sa monumentale Maison
des feuilles: quoique généralement oubliée
derrière les exactions de sa création.
«Son individualité est imperceptible,
et comme
la face cachée de la lune, elle est invisible
mais non dépourvue d'influence.[32]»
IV. ...FONDÉE PAR UN PSYCHOTIQUE ?
Hubbard,
invoquant sa formation d'ingénieur[33],
ne cessa,
dès les prémisses de ce qui
deviendrait la Scientolgie, d'en appeler à la
scientificité de sa démarche et du produit
qui en a résulté. Nous verrons qu'entre
la vérité historique, factuelle, concernant
sa
vie et ses formations universitaires, et la réécriture
de celles-ci par les officines scientologues,
il y a un
gouffre... de mensonges. selon Beit-Hallahmi
qui cite pour appuyer
son accusation les paroles de Paul G. Beckenridge Jr.,
juge à la court supérieure de
Los Angeles: «Les preuves nous montrent le portrait
d'un homme qui fut virtuellement
un menteur pathologique à propos de son passé,
de ses crédits et de ses actions.»
Le «gourou», pour J.-M. Abgrall,
escroc, manipulateur et pervers, tend sciemment
sur tous les aspects de sa vie une nasse de fabulations
qui fait que, «pris dans le
piège de ses mensonges et conforté dans
ceux-ci par ses adeptes. [il] ne parvient plus à
faire
la part du vrai et du faux.[34]» Tantôt paranoïaque,
tantôt psychopathe, le fondateur apparaît
chez Beit-Hallahmi aussi bien que chez Abgrall auréolé
d'égoïsme et de tromperie
– voire de «manque de cœur», chez l'universitaire
israélien. «Le psychopathe,
nous enseigne-t-il au passage, peut être équilibré
et doté d'une logique, mais
il ment facilement si ça arrange ses affaires.
Grâce à ses aptitudes sociales développées
et à sa conscience sous-développées
[!] il peut facilement rouler les autres et
ne ressent ni culpabilité ni remords».
Quoique
leurs allégations concernant leur fidélité
méthodologique à la démarche de
la science expérimentale fussent manifestement
fausses, le leader et ses premiers collaborateurs
s'escrimèrent à nous assurer que la science
du mental n'était pas une oeuvre
de création fantaisiste[35],
mais qu'elle était
le fruit des nombreuses expériences menées
par Ron Hubbard durant les dix aimées qui précédèrent
l'élaboration de la Dianétique: «Il a fallu, écrit-il par exemple en
ouverture du premier ouvrage de sa doctrine,
de nombreuses années de recherches rigoureuses
et d'expériences minutieuses pour
parvenir aux découvertes qui ont permis d'énoncer
les principes et les techniques de
Dianétique[36]». Faut-il ne voir là
que mensonges et tromperie ?
Pourquoi, après
tout, ne
pas convenir de la sincérité de ces assertions,
renouvelées à chaque étape de l'élabo-
ration
de sa «science du mental» ? Pourquoi ne
pas admettre qu'au fondement de
sa doctrine, masquées aux regards des observateurs
extérieurs, il pût y avoir, de fait, certaines
expériences singulières menées
– ou subies – sur une longue période par Ron
Hubbard ? Un simple regard sur ses biographies indique
en tous cas clairement que la construction
de cette doctrine occupa une portion congrue de son
temps, après qu'il eut été
libéré de ses obligations militaires en
1945. L'idéologie qu'elle développe, autant
que
l'organisation qui en a résulté, étalent
d'ailleurs sous le regard du chercheur les fragiles
solutions bricolées par Ron Hubbard pour sortir
du labyrinthe immense et complexe
dans lequel il fut précipité à
son retour de la seconde guerre mondiale.
Cette quête
minutieuse, de toute évidence, ne se conforma
pas aux canons de la recherche scientifique; elle fut plutôt menée, ainsi que
l'écrivit A.E. Van Vogt dans son autobiographie,
par un «homme extrêmement brillant quoiqu'il
ne fut pas vraiment un chercheur
dans le sens ordinaire du terme[37]». De nombreux
éléments de la doctrine scientologique,
généralement laissés de côté
dans les travaux traitant de cette secte, évoquent,
au principe de la Dianétique, une expérience
intensément douloureuse: c'est à cette
longue expérience hypocondria- que, qui accapara
l'attention de Ron Hubbard durant
les trois années durant lesquelles il élabora
les fondements de sa doctrine, que nous
allons principalement nous intéresser.
Notre
hypothèse principale, qui soutient toute
notre démarche, est que cette doctrine et l'organisation
à laquelle elle a donné lieu résultent
du déclenchement de la psychose de L. Ron Hubbard
au début des années 1940.
Elles reflètent d'ailleurs les diverses «tentatives de guérison» et de remises
en ordre
du monde élaborées par Ron Hubbard lors
de chacun des vacillements qui succédèrent
à son effondrement psychotique.
Née des
désordres inauguraux de cette expérience
exceptionnelle, la Scientologie en conservé les
traces tant dans sa doctrine que
dans son organisation et son fonctionnement: c'est
à ces traces que sont liées selon nous
les revirements doctrinaux qui émaillèrent
l'histoire de la Scientologie – et non, sinon
dans une moindre mesure, à la vorace vénalité
de l'organisation. C'est en tout cas à
partir de ces traces inscrites dans les écrits
de Ron Hubbard, et sous l'éclairage apporté
par
la théorie psychanalytique de la psychose, que
nous nous proposerons de reprendre à nouveaux
frais l'analyse de cette secte. Nous nous intéresserons
ainsi. outre les troubles hypocon- driaques
inauguraux qui furent la source de la
Dianétique, aux désordres langagiers
qui imprimèrent leur logique tant à la
doctrine hubbardienne qu'à la structure de son
groupe.
V
- LA SCIENTOLOGIE ENVISAGÉE COMME UN DÉLIRE PSYCHOTIQUE
Pour
saisir la trame logique, quelquefois délirante,
qui guide le mouvement scientologue,
nous nous proposons d'examiner le discours scientologique
à partir d'une séquence
de questions qui nous servira de fil conducteur. Commençons
par la plus immédiate
et la plus complexe de ces questions, d'où découlent
toutes les autres: qu'est-ce
que l'Église de Scientologie ? S'il ne s'agit pas,
contrairement à ce que prétendent certains
universi- taires, d'une nouvelle religion, avons-nous
affaire pour autant à une entreprise
transnationale strictement commerciale, comme le supposent,
nous l'avons vu, de
nombreux experts, voire à une vaste escroquerie,
ainsi que l'a démontré Arnaud Palisson
dans sa thèse de droit pénal[38]?
Cette
série de questions, trame de fond de l'ensemble
de ce travail, courra tout au long
de notre réflexion sur cette secte – dès
notre Première partie, qui sera consacrée
à l'analyse
de l'effondrement psychotique de Ron Hubbard, complétée
par l'étude de la solution délirante qu'il
élabora entre 1945 et 1947. Cette première
solution systématique
et riche en trouvailles originales, sera publiée
sous la forme d'une doctrine psychothérapeutique
comme sous le nom de «Dianétique».
L'étude de ce premier livre, fondateur
de ce qui deviendrait l'Eglise de Scientologie, se poursuivra
dans notre Deuxième
Partie, laquelle sera consacrée à l'examen
minutieux de la doctrine hubbardienne,
depuis la Dianétique, technique thérapeutique,
jusqu'aux prémisses de la Sciento- logie,
son versant «spirituel», dont l'élaboration
débuta deux années plus tard et se
poursuivit durant près de trente ans.
L'analyse
du discours de Ron Hubbard, ses inflexions,
ses retournements et les nombreuses influences qui s'y
donnent à lire – depuis
la cure cathartique de Joseph Breuer et Sigmund Freud
jusqu'à la sémantique Générale
d'Alfred Korzybski – nous mèneront à deux
hypothèses: tout d'abord à notre hypothèse
selon laquelle les présupposés du Livre
Un (Le livre de la dianétique. ndlr)
appelaient une suite dont il était possible
d'anticiper la tonalité «spirituelle»: la «religion» scientologique était,
selon nous,
déjà contenue en négatif, en creux,
dans la «thérapie» dianétique,
ensuite au postulat
central concernant le fondateur et sa doctrine, qui
guide toute notre réflexion et qui
sera longuement dépliée dans le Second
chapitre de notre Deuxième partie, à savoir
que
le mouvement scientologique s'enracine profondément
dans la psychose de Ron Hubbard.
Par une analyse rigoureuse, appuyée sur des arguments
théoriques issus du champ psychanalytique, eux-mêmes
illustrés par le «trésor clinique»
de la psychiatrie classique,
nous relèverons dans le phénomène
scientologique les articulations du montage
délirant élaboré par L.Ron Hubbard
pour tempérer les effets du déclenchement
de
sa psychose survenue à l'occasion de son engagement
dans la guerre de 1939-1945.
Le
long cheminement de la doctrine, entre les premiers
balbutiements de la Dianétique et
les errements de la Scientologie, nous engagera vers
l'hypothèse dune construction délirante
en perpétuelle quête du «fondement
de toute certitude[39]». Cette quête ne
trouvera,
selon nous, l'apaisement qu'à la fin des années
1960, lorsque la fiction scientologique
sera clôturée et colmatée avec la
mise en place des niveaux d'initiation secrets
menant à la position de «Thétan
Opérant[40]». Après l'examen des écrits
principaux
formant l'armature de l'organisation, nous nous pencherons
sur les indices de la structure psychotique de Ron Hubbard
- vacillements de ses pares-psy- choses suppléantes
à ces vacillements -, lisibles dans sa biographie
et nouées à son écriture dès
avant
sa décompen- sation.
Nous
interrogerons pour finir les présupposés
qui guident les travaux de référence
sur cette secte, qui nous semblent rater leur objet
en se laissant emporter dans des
raisonnements à tonalité plus ou moins
discrètement conspirationniste, traversés
quelquefois
par le spectre de la perversion du fondateur. A l'horizon
de ces diverses réflexions,
dans les entrebâillements de leurs discours, nous
verrons percer les indices ténus
de la phobie qui leur donne leur dynamique, faisant
de la secte un objet d'horreur: nous
terminerons ce travail par une réflexion sur
les motivations inconscientes de cette horreur
qui s'attache à la secte depuis un demi siècle.
- Ce
travail nous permettra de découvrir que Hubbard
n'était pas pervers – cliniquement
parlant, du moins. Il ne sera donc pas question ici.
on le voit déjà à cette esquisse
de plan, d'aborder cette entité sectaire comme
une simple escroquerie[41], voire comme
une supercherie doctrinalenient pauvre, échafaudée
dans l'unique but de manipuler
des «gogos[42]». Nous l'envisagerons au
contraire, à la manière freudienne, comme
une comme
une «tentative de guérison[43]»:
une imposante et tentaculaire construction délirante,
fragile et instable, quoique souvent ravageante pour
qui s'y engage.