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Le
témoignage d’Astra
Woodcraft
Une
jeune femme victime depuis l'âge de 7ans de la secte
de Scientologie
Moi, Astra Woodcraft, déclare ce qui
suit:
1. J’ai plus de 18 ans.
2. Les affirmations ici contenues découlent de ma connaissance
personnelle et, si je suis appelée à témoigner, je les confirmerai.
3. Je suis née en 1978 à Londres, en Angleterre. A cette époque, ma mère
était membre de l’église de sciento- logie.
4. Vers 5 ou 6 ans, ma mère m’a conduit à l’organisation scientologue
nommée Saint Hill, East Grinstead, Sussex. Là, j’ai reçu approximativement 12
heures «d’audition». Un «auditeur» m’a demandé:
«Regarde ce mur, merci, marche vers ce mur, merci, touche ce mur, merci,
éloigne-toi de ce mur, merci» et d’autres consignes du même ordre. Je
devais suivre ces consignes de manière répétitive.
5. Pendant mon enfance en Angleterre jusqu’à mes 7 ans, ma mère
appliquait la technologie scientologue à des maladies. Quand je me blessais,
elle réalisait une «aide par contact», ce qui veut dire que si je
m’étais cogné le coude, je devais toucher la partie concernée jusqu’à ce que
cela aille mieux. Je n’avais pas le droit d’arrêter jusqu'à ce que cela aie
mieux. Si j’étais malade, elle me touchait avec son doigt et me disais:
«Sens mon doigt». Cela durait jusqu’à ce que je me sente mieux. En
fait, je ne me sentais pas mieux grâce à ça, mais je prétendais que c’était le
cas sinon elle aurait continué jusqu’à ce que je dise que ça allait bien.
6. Durant toutes mes années passées dans la scientologie, dans toute
l’audition que j’ai reçue, je ne me suis jamais senti bien après. J’ai
inventé des gains pour m’en débarrasser
et en général je me sentais soulagée quand c'était fini, mais craignais de
devoir faire d’autres sessions. J’ai toujours gardé cela secret car la
scientologie pense que si une personne ne retire aucun gain de l’audition,
c’est une personne suppressive.
Son but est «d’éclaircir la planète»
7. En 1986, j’avais 7 ans et le père de ma mère est décédé. Il lui a
laissé un peu d’argent qu’elle a utilisé pour aller à «Flag» (à
Clearwater, Floride), l’organisation où les cours supérieurs de la scientologie
sont délivrés. Pendant qu'elle était là-bas, elle a été recrutée par la Sea
Org, à laquelle ses membres consacrent leur vie entière et soi-disant le
prochain milliard d’années. Son but est «d’éclaircir la planète»
c’est-à-dire de convertir tout le monde à la scientologie et de les amener à
l’état de «Clair». Elle nous a appelé pour nous avertir qu’après
avoir signé son contrat et commencé à y travailler.
Elle nous a dit que nous devions tous nous engager, que nous devions
déménager à Flag pour vivre dans un bel appartement, que nous, les enfants,
irions dans une bonne école privée, et que tout cela serait payé par la
scien- tologie. De plus, elle nous a dit qu’elle et mon père aurait du temps
libre supplémentaire le week-end et chaque soir.
8. Lorsque nous sommes arrivés à la Sea Org en 1986, nous habitions – ma
mère, mon frère, ma sœur et moi – dans une chambre de motel pendant plusieurs
semaines. Ensuite, nous avons déménagé dans les logements de la Sea Org pour
les familles avec enfants appelés QI (Quality Inn) et à ce moment-la mon père
nous a rejoint. De nouveau, nous avons habité à cinq dans une petite chambre de
motel pendant 3 mois, jusqu’à ce que mon frère déménage. Ensuite, nous sommes
restés à quatre dans cette chambre pendant une année, jusqu’à ce que je
déménage dans un dortoir avec 4 ou 5 autres filles. Je dormais sur un canapé,
n’ayant pas de lit à disposition. J’ai habité là pendant un an, jusqu’à la fin
de notre séjour à Clearwater.
9. Nous ne sommes jamais allé à l’école privée comme promis, mais à
l’école publique. En deux ans, ma mère n’a pris que trois jours de congé. Elle
n’a pratiquement jamais passé avec nous le temps consacré à la famille (une
heure et demi), restant au bureau de l’autre côté de la ville. Un an après
notre arrivée à Clearwater, mon père nous a quittés pour participer aux travaux
d’entretien du Freewinds, le navire de la Sea Org. Comme j’habitais dans un
dortoir, que mon père était parti et que ma mère ne nous consacrait pas de
temps, je ne voyais pour ainsi dire pas mes parents.
10. Pendant cette période, nous sommes retournés une fois en Angleterre
pour renouveler nos visas. Mon père, mon frère et moi avons supplié ma mère de
ne pas nous ramener en Floride, parce que nous n’avions pas aimé notre séjour.
J’ai beaucoup pleuré à ce sujet. Ma mère a refusé et insisté pour que nous y
retournions.
11. Pendant les deux ans passés à Clearwater, j’allais à l’école jusqu’à
14 heures, puis travaillais à la «Cadet Org», où nous réalisions
différents travaux, tels des nettoyages. Le week-end, nous travaillions aussi.
12, En 1988, à l’âge de 9 ans, ma mère a été promue à un nouveau poste à
Los Angeles, Californie. A notre arrivée, mon père a pris un congé pour obtenir
de nouveaux visas et travailler pour payer nos dettes. Nous nous sommes
installés dans un petit appartement délabré. Après un mois, nous avons déménagé
dans un vrai appar- tement, payé par mon père.
La Cadet Org
de Los Angeles
13. Pendant environ une année, de 9 à 10 ans, j’ai été dans la Cadet Org
de Los Angeles. C’est là où allaient les enfants des membres de la Sea Org. La
journée, nous allions en classe dans un bâtiment loué avec deux niveaux :
les plus âgés et les plus jeunes. L’enseignant n’avait aucune formation ni diplôme
d’enseignant, c’était un «superviseur» scientologue. Nous n’avions
pas de leçons, devant travailler directement à partir des livres et réaliser
des «démonstrations» en terre glaise à partir de ce que nous
apprenions. Si nous faisons les imbéciles, le superviseur nous excluait de la
classe. Cela m’est arrivé à plusieurs reprises. Une fois, à l’âge de 10 ans,
une inspection de notre école était prévue. Beaucoup d’enfants sont restés
jusqu’à trois heures du matin pour nettoyer les locaux.
14. Chaque jour, après l’école, nous travaillions. Nous nous rendions au
sous-sol d’un des principaux bâtiments de la Sea Org où nous faisions du
classement, car il y avait des montagnes de papier là-bas. Lorsque nous
arrêtions vers 21 ou 22 heures, nous nous couchions sur des lits de camp ou à
même le sol avec des couvertures pour nous tenir chaud. Lorsqu’elle sortait du
travail, ma mère passait me prendre. Dans mon souvenir c’était entre 23 heures
et minuit.
15. Après une année passée dans la Cadet Org, j’ai refusé d’y retourner.
Plusieurs événements justifiaient cette décision. Un garçon s’est
énervé, a grimpé au sommet d’un panneau et a menacé de sauter et de se
tuer; un autre m’a jeté un cancrelat et m’a frappé. Ma mère insistait
pour que j’y reste, mais j’ai refusé et suis allée vivre avec mon père.
J’ai continué à aller dans leur école, mais après quelques mois, on m’a
dit que je devais soit travailler dans la Cadet Org ou partir. A ce stade, mon père m’a inscrite dans une école privée. C’était une
école scientologue, à la demande de ma mère.
16. Dans l’école scientologue où j’allais, appelée «Ability
Plus», il y avait de nouveau deux classes. Il n’y avait pas de programme, ni de cours, et aucun élève n’a terminé
son lycée, même s’ils affirmaient que c'était possible.
Nous avons simplement travaillé à partir des livres et des feuilles de
contrôle des connaissances. Notre «ensei- gnant» passait plusieurs
heures par jour à nous lire le livre de science-fiction de L. Ron Hubbard appelé
«Terre, champ de bataille».
Bridge Publications
17. A 14 ans, j’ai commencé un cours de scientologie au Celebrity Center
d’Hollywood. Très vite, deux recruteurs de la Sea Org m’ont approchée. Ils
recrutaient pour Bridge Publications, qui est une organisation de la Sea Org.
Ils m’ont dit que si je rejoignais leur groupe, je gagnerais le salaire minimum
(plusieurs centaines de dollars par semaine, ce qui représente beaucoup
d’argent pour une adolescente), que je n’aurais pas à porter l’uniforme,
contrairement à la majorité des membres de la Sea Org et que j’irais à l’école
pour finir mon éducation. Ils m’ont aussi dit que, si je voulais, je pourrais
avoir des enfants plus tard. Ils ont passé plusieurs heures à me convaincre,
allant jusqu’à me dire que ce qui me retenait, c’était mon «esprit
réactif». Les recruteurs s’appelaient Gavin Potter and Malcolm Chisholm.
J’ai fini par accepter. Une des raisons qui m’ont convaincu, c’est que ma mère
et mon frère avaient déjà essayé de me recruter et que cela leur ferait
plaisir.
Estates Project Force»
(EPF)
18. Peu après, j’ai commencé au «Estates Project Force»
(EPF), sorte de camp d’initiation de la Sea Org. C’était au mois de mai 1993 et
y suis restée deux semaines. A mon arrivée, j’ai dû remplir un formulaire
«histoire de vie», dans lequel je devais indiquer toute expérience
sexuelle, le nom de mes amis et beaucoup d’autres détails extrêmement
personnels. J’ai aussi dû signer un contrat pour un milliard d’années. Je n’ai
jamais eu de permis de travail.
L’horaire à l’EPF était le suivant:
- 06:30 réveil et
habillage;
- 7:00 petit-déjeuner;
- 07:30 meeting, puis courir (pas
marcher) atour des bâtiments pour vider les cendriers et les poubelles;
-
8:00 étude des documents de la Sea
Org;
- 13:00 meeting et nettoyage des chaussures;
- 13:15 déjeuner;
- 13:45 meeting, drill et marches;
- 14:15 travail (vaisselle, nettoyage des
sanitaires, etc.);
- 19:00 souper;
- 19:30 encore du travail;
- 22:00 douche; 22:30 meeting;
- 23:15 au lit.
- Tout ceci 7 jours sur 7.
19. A la fin de l’EPF, en juin 1993, j’ai commencé à Bridge. Le jour de
mon arrivée, j’ai été transférée dans une autre org pour 2 mois. On m’a dit que
je n’avais pas le choix, n’ayant pas le «statut d’employé». Je suis
donc allée faire du secrétariat au bureau du Chef de la justice International.
Je devais porter l’uniforme. Après trois mois, on m’a transférée dans une autre
org, sans me laisser le choix, toujours pour la même raison. C’était
l’Organisation de formation International. Là, le personnel était payé 15$ par
semaine et nourri de riz et de fayots. J'ai essayé de refuser, mais on m’a
répété sans fin que je n’avais pas le choix. Une fois là-bas, j’ai pensé que je
ne pourrais pas survivre avec ce qui nous était servi; j’ai donc pris de
la nourriture qui ne nous était pas destinée parce que j'avais faim. C’était
considéré comme du vol. Cela a duré environ une année.
20. Pendant les six premiers mois dans cette org, j’ai été
réceptionniste. J’avais de la peine à suivre les six heures de cours à l’école
du samedi, parce que je devais trouver un remplaçant. Là également, l’école
était en-dessous de tout, avec environ 60 élèves avec un enseignant pas
qualifié. Pas de cours, pas de programme et pas d'exa- mens: on arrêtait
simplement d’y aller à 18 ans ou à l’obtention du diplôme d’enseignement
général.
Mariage obligatoire
21. Peu après être entrée à la Sea Org – j’avais toujours 14 ans – j’ai commencé une relation avec un autre
membre appelé Jason Merrill. Il avait 21 ans.
Après deux mois, nous avons été fortement incités par la hiérarchie à
nous marier, parce que, avant cela, rien n'était autorisé au-delà du baiser et qu’en
cas d’infraction, vous étiez envoyé au «Rehabilitation Project Force »
(RPF) – c'est-à-dire aux travaux forcés – pour au moins un an. Au mois de
décembre 1993, j’avais juste 15 ans, Jason et moi sommes allés nous marier à
Las Vegas.
22. Une fois mariés, la Sea Org n’avait pas de chambre pour que nous
puissions vivre ensemble. Nous devions donc continuer à vivre dans nos dortoirs
respectifs jusqu’à ce que nous trouvions quelque chose. Nous avons préféré
aller habiter à deux pas de là, chez les parents de Jason. Nous avons fait cela
pendant quatre mois, sachant pertinemment que si cela se savait, nous risquions
gros, car les membres de la Sea Org doivent vivre dans les locaux mis à leur
disposition par l’org.
23. Après ces quatre mois, le directeur exécutif International et le
patron de l’Organisation des messagers du commandant (CMO) – deux huiles de la
scientologie – sont venus inspecter notre org. Ils m’ont demandé si je
connaissais quelqu’un qui ne vivait pas sous le toit de la Sea Org et j’ai dû avouer
que mon mari et moi étions dans ce cas. On nous a ordonné de rentrer
immédiatement au bercaille, mais, faute de chambre libre, nous sommes restés
dans un cagibi déjà rempli aux 3/4 pendant une semaine. Nous dormions sur le
sol et il n’a avait pas de fenêtre.
24. Après cette semaine dans le cagibi, nous avons déménagé dans une
chambre à nous, mais après une autre semaine, elle nous a été retirée et nous
avons dû déménager dans un autre bâtiment.
En fait, nous avons appris le déménagement après que d’autres membres
aient vidé nos affaires. Dans notre nouvelle chambre, il manquait un carreau
qui n’a jamais été remplacé, le tapis était très vieux et la peinture
s'écaillait. Nous devions partager la salle de bain avec deux autres couples,
sans lumière, sans rideau de bain et en général sans eau chaude. Nous y sommes
restés six mois.
Directrice des inspections et rapports
25. Après six mois en tant que réceptionniste, je suis devenue Maître
d’armes (responsable des sanctions disciplinaires, ndltr), puis directrice des inspections et rapports. Je devais appliquer les
sanctions aux 100 membres de mon org et aux 50 étudiants en formation. Mon
premier cas a été celui d’un homme de 40 ans qui s’était masturbé, sa femme
étant en déplacement pour formation depuis deux ans. J’étais supposée le faire
arrêter. J'avais 15 ans.
26. A ce poste, j’ai eu affaire à des gens voulant quitter la Sea Org.
Je devais les convaincre de rester et, en cas de refus, les condamner à de
lourdes tâches et les envoyer au «confessionnal», qui durait
souvent de six à douze mois, avant qu’ils soient autorisés à partir. Un couple
voulait partir et l’a fait deux fois mais est revenu.
Partir sans permission est appelé «blowing». Je devais les
mettre sous surveillance étroite, et, comme il n’y avait personne pour le faire, le faire moi-même. Je dormais sur
un matelas devant leur porte et relier mon poignet à la poignée de leur porte
pour éviter qu’ils s’échappent. Il fut décidé que quiconque voulait partir
devait être mis sous surveillance pour éviter la fuite.
Nombreuses surveillances
27. J’ai reçu l’ordre de réaliser
de nombreuses surveillances pendant mon passage à la Sea Org.
Les personnes ayant des pensées suicidaires étaient immédiatement mis
sous surveillance. Les ordres provenaient du Religious Technology Center (RTC),
du CMO et du Bureau des affaires spéciales (OSA). A l’époque, mon mari a
surveillé pendant 9 mois une membre de la Sea Org de rang OT pour des raisons
tenues secrètes; en fait, elle avait été enceinte et avait perdu son
bébé. Elle était surveillée 24 heures sur 24 par mon mari et un autre homme la
journée, par d’autres employés la nuit.
28. Je devais aussi enquêter et identifier la «personne
suppressive» (SP) si le département ne produisait pas assez. J’ordonnais
à des gens de rédiger leur «confession», j’allais en écouter
d’autres au «confessionnal», infligeai des amendes, etc. J’ai
rédigé une déclaration de personne suppressive qui était déjà partie avec
permission, mais devait se soumettre à d’autres sessions de confessionnal
desquelles elle n’arrivait pas à venir à bout. Elle a dû se déconnecter de sa
famille et de ses amis qui étaient dans la Sea org et son mari a reçu l’ordre
de se séparer d’elle, mais il a refusé.
29. Depuis mon entrée à la Sea Org, j’allais de moins en moins aux six
heures hebdomadaires à l’école. Je ne trouvais personne pour me remplacer et ça
faisait des histoires. Par ailleurs, le programme a été encore réduit à des
exercices d’orthographe et de maths. A 16 ans, j’y allais sporadiquement, à 17,
je n’y allais plus du tout. Je n'avais pas l’impression de perdre grand-chose,
puisque je n’y apprenais rien. Je n’ai jamais appris les maths, l'histoire, les
sciences physiques et sociales ou l’anglais. Juste de l’orthographe, des
lectures, etc. Certains élèves passaient leur diplôme d’éducation générale,
mais je ne l’ai pas fait puisque je n’étais pas obligée. Nous savions que le
minimum légal pour un mineur est de 20 heures hebdomadaires de classe, mais la loi était volontairement ignorée.
Je travaillais régulièrement plus tard, parfois jusqu’à 2 ou 3 heures du matin
30. Dès mes 14 ans, j’ai travaillé officiellement de 8:00 à 22:00, mais
je travaillais régulièrement plus tard, parfois jusqu’à 2 ou 3 heures du matin-
Nous avions 30 minutes à midi et 45 le soir, c’est tout. Nous devions même
régulièrement travailler pendant nos pauses-repas. Nous avions des problèmes si
nous nous rendions à la cantine en dehors de nos heures de pause. Notre horaire
était de 7 jours par semaine, mais nous pouvions faire notre lessive et les
nettoyages le dimanche matin.
Le samedi, nous faisions des travaux manuels,
tels des rénovations. En 1995, durant trois semaines, nous avons dû imprimer
une énorme quantité de documents révisant toute la technologie scientologue
(connue sous le nom «d'âge d’or de la tech» dans l’église). Pendant
cette période, tout le personnel, y compris les mineurs, a travaillé en continu
pour arriver à imprimer et relier tous ces documents. J’étais chargé d’aller
réveiller ceux qui dormaient et les renvoyer au travail. Il m’est arrivé de
m’endormir au volant. J’ai dormais deux heures par nuit, parfois pas du tout.
J’ai reçu l’ordre de conduire alors que je tombais de sommeil et étais
désorientée. Une fois, j’ai arrêté ma voiture et me suis endormie. J’ai été
réveillé par un contrôleur des horodateurs qui tapait à ma fenêtre. Une fois
cet «âge d’or» terminé, le personnel a été récompensé par des
séances de cinéma.
31. En 1996 environ, j’avais 16 ou 17 ans, une réorganisation a été
entreprise et je suis devenue responsable de l'éthique et de la sécurité pour
l’encadrement intermédiaire du Bureau de liaison Flag. Un jour, le chef de la
sécurité International, Jeff Porter, m’a ordonné de rassembler une équipe pour
assurer la sécurité d’un événement. Je ne l’ai pas fait, car cela n’entrait pas
dans mes attributions. Il est revenu en criant, m’a poussée contre le mur, a
crié encore plus fort en me postillonnant au visage. Je me suis plainte, mais
rien n’a été fait.
Quiconque est «upstat» ne risque rien, quoi qu’il
arrive
32. A 18 ans, j’ai été transférée au département Données. Quelqu’un
avait dit que je n’étais pas compétente pour mon poste parce que j’avais
consommé de la marijuana à 13 ans. J’ai travaillé dans ce département pendant
un an. Mon chef, Wayne Furness, m’a harcelée régulièrement. D’entrée, il m’a
traitée de lesbienne, mentionnant une autre fille. Cela m’a énervé et j’ai écrit
un rapport à sa cheffe. Elle lui a dit d’arrêter, c’est tout. Il a arrêté de me
traiter de lesbienne, mais a continué à utiliser des propos insultants tels que
«Miss deux tonnes» (alors que je pèse 65 kilos pour 168 cm),
«Petite nature», etc. Comme je m’élevais contre ces insultes, il
m’accusait d’être une mauvaise scientologue et me menaçait de m’envoyer en
éthique. Il a incité ses collaborateurs à se joindre à lui dans ses insultes.
J’ai de nouveau dénoncé ces pratiques, sans effet. Tout ceci parce que, dans ce
département, quiconque est «upstat» ne risque rien, quoi qu’il
arrive. Quelqu’un s’est intéressé une fois à cette situation, mais sans
conséquence.
33. Dans ce département, une de mes tâches consistait à réunir les
statistiques hebdomadaires au niveau mondial, à les compiler dans un ordinateur
et à réaliser des graphiques. Il y avait environ 300 organisations et chacune
d'elles devait me remettre entre 50 et 200 chiffres chaque semaine. Tout cela
devait être prêt pour le jeudi et, la veille, je restais souvent jusqu’à 3
heures du matin avec deux fois cinq à dix minutes de pause. Chaque semaine, il
y avait des organisations en retard. Au fil de la journée, je recevais alors
des messages de plus en plus agressifs du Bureau des messagers du commandant
(CMO) International. S’ils étaient vraiment énervés, ils me télépho- naient, de 8
heures jusqu’à 21 heures. On m’a dit que «j’allais salement à contre courant»,
que «j'empêchais ces putains de rapport d’arriver», entre autre.
Mon chef et moi recevions des appels hargneux et injurieux. C’est la manière de
faire usuelle dans la Sea Org et je l’ai subie pendant toute ma période là-bas.
34. Il y a eu de nombreuses mesures mises en œuvre pendant mon passage à
la Sea Org. Par exemple, l’officier responsable a décidé que nous ne pouvions
plus quitter le bâtiment sans permission. Je ne pouvais donc plus déjeuner avec
mon père sans permission et sans raison valable. Puis, ils ont décidé que nous
ne pouvions plus déjeuner ailleurs que dans le bâtiment, ni manger autre chose
que ce qui nous était fourni. Plus de pizza au bistro du coin, plus rien. Au
bout de 3 ans, on nous informé que la pause du dimanche matin, prévue pour la
lessive, ne pouvait pas être consacrée à autre chose, comme rendre visite à nos
parents ou à nos enfants, etc.
Nous devions gérer ces «influences externes», voire nous en
déconnecter
35. A peu près à la même période, Il a été décidé que nous ne pouvions
plus envoyer ou recevoir des coups de téléphone en dehors de la présence d’une
personne de la sécurité. Les appels personnels n’étaient plus transmis, mais
ils étaient dûment répertoriés. Une liste était envoyée à la direction et au Religious
Technology Center pour qu’ils puissent juger qui était «sous
influence».
36. Les appels de mon père m’étaient rarement transmis et ne recevais
des notes à ce sujet que 2 ou 3 jours plus tard. Je devais aller lui téléphoner
en cachette à partir d’une cabine. A Noël, nous ne pouvions pas aller rendre
visite à notre famille, ou quoi que ce soit d’autre, à part la petite excursion
prévue, sauf permission spéciale, qui était parfois refusée.
37. Neuf mois avant mon départ, on m’a dit que je ne reverrais plus mon
père, à moins que je réussisse à le faire revenir dans la Sea Org.
Les postes de TV et les lecteurs de DVD étaient confisqués
38. Il fallait aussi signaler tout cadeau fait par la famille, tout
contact avec elle, ceux que nous connaissions qui avaient quitté la Sea Org.
Nous devions gérer ces «influences externes», voire nous en
déconnecter.
39. Le personnel était aussi entraîné à gérer nos contacts avec notre
famille. J’ai par exemple appris à mentir à mon père à propos de ma présence à
l’école et des heures sup’ au travail.
40. Un employé qui a des problèmes se trouve en «condition
inférieure», ce qui implique certaines punitions. Une nouvelle mesure,
mise en œuvre environ une année après mon arrivée, obligeait les employés en
«condition inférieure» à prendre leurs repas dans les cages
d’escalier ou dans le local des déchets. Ils devaient aussi faire jusqu’à 40
heures sup’ sur leur «temps libre», c’est-à-dire pendant les
pauses-repas ou après 22 heures 30. J'ai été soumise à ce régime. En plus, pas
de TV: les postes de TV et les lecteurs de DVD étaient confisqués et
rendus que s’ils avaient un jour de congé.
Je n’ai pas eu un jour
de vacances avec mon mari
41. Pendant mes presque cinq ans dans la Sea Org, je n’ai pas eu un jour
de vacances avec mon mari, sauf les deux jours où nous nous sommes mariés et
Noël. Je n’ai pour ma part pas eu plus de 10 à 15 jours de congé pendant cette
période.
42. Environ un an et demi avant mon départ, une nouvelle mesure est
sortie indiquant qu’en cas de grossesse, vous deviez soit avorter – ce qui
était vivement recommandé – soit partir. Auparavant, vous deviez soit avorter,
soit être envoyée dans une petite org en perte de vitesse où vous deviez vous
battre pour votre survie et celle de votre bébé. Je devais gérer toutes mes
collègues qui n’acceptaient pas cette mesure. J’étais aussi dans ce cas, car je
voulais des enfants, d’autant qu’au moment du recrutement, on m’avait dit que
je pourrais en avoir. Pourtant, je n’ai jamais rien dit, de peur des
représailles.
J’en suis venue à avoir des pensées suicidaires, tellement j’étais
malheureuse, mais je n’ai rien dit, car les représailles auraient été terribles
et on m’aurait méprisée.
Personne n’était
au courant de ma grossesse
43. En septembre 1997, mon grand-père est décédé en Angleterre. J’ai
convaincu mes chefs que je devais aller à ses funérailles. Au départ, ils ne
voulaient pas, mais m’ont finalement accordé 8 jours. A mon retour, j’ai
réalisé que je ne supportais plus d’être séparé de ma famille et ai décidé de
tomber enceinte, car sinon je ne pourrais pas partir sans subir de six mois à
un an de travaux forcés et de confessionnal, et les insultes de mes collègues.
Je suis donc tombée enceinte en janvier 1998 et suis partie sans permission le
23 février pour rejoindre un oncle et une tante en Angleterre. Personne n’était
au courant de ma grossesse. J’étais vraiment malade et je devais m’en aller.
Mes chefs m’ont menacé de me déclarer personne suppressive si je ne revenais
pas et de me déconnecter de ma famille. Ma mère, qui était toujours dans la Sea
Org, m’appelait sans arrêt pour me dire d’avorter et de revenir.
44. Je suis retournée aux Etats-Unis le 1er avril 1998. Jeff
Porter m’a dit que si je quittais à nouveau, je serais immédiatement déclarée.
J’ai dit que j’allais habiter chez mon père, que je me présenterais au
confessionnal tous les jours, expliquant que j’avais besoin d’une nourriture
spécifique qu’ils ne pouvaient fournir. Ils m’ont dit que je devais loger sur
place, sinon un ordre de non-enturbulation serait émis, ce qui signifie que si
je refusais de rester, je serais déclarée suppressive.
J’ai donc accepté de rester quatre jours, la durée prévue pour le
confessionnal. Le chef de la sécurité m’a écrit une lettre pour me dire
qu’au-delà de ces quatre jours, je pourrais loger chez mon père si le
confessionnal se prolongeait.
45. Quatre jours plus tard, ce n’était toujours pas fini, mais ils m’ont
dit que la lettre n’était pas valable. Je devais donc continuer à loger sur
place et mangé des plats précuits, alors que j’avais des nausées matinales. Je
devais dormir par terre dans une petite pièce, attendant le confessionnal. J’y
suis restée un mois.
46. Cela a pris moins de temps que prévu parce qu’ils ne voulaient pas
que les autres sachent que j’étais enceinte. Un employé du Religious Technology
Center m’a croisé un jour et m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que
j'étais enceinte et que je partais. Sa réponse fut: «Oh, trop tard
pour un avortement ?» Je connais personnel- lement trois cas de jeunes
femmes qui ont été convaincues d’avorter.
Une d’entre elles est ma belle-sœur qui était enceinte de 16 semaines.
On la convaincue d’avorter, contre sa volonté. Ma mère nous a dit, à ma sœur et
à moi, que c’était une bonne chose de faite.
Signer un témoignage avant de
partir
47. J’ai dû aussi signer un témoignage sous serment affirmant que je
pensais que la scientologie et la Sea Org étaient géniales et que je partais
parce que j’étais incapable d’affronter mes erreurs. Je devais signer avant de
partir, sinon je serais déclarée personne suppressive. J’ai signé tout en
sachant que c’était illégal, car signé sous contrainte. C’était une politique
standard de la Sea Org: si vous ne signiez pas, vous retourniez au confessionnal
et autres brimades jusqu’à ce que vous changiez d’avis.
48. Dans les mois qui suivirent mon départ, j’ai été convoquée plusieurs
fois pour répondre à des questions relatives à des enquêtes. J’étais menacée
lorsque je ne voulais pas y aller.
49. A mon départ, j’ai reçu une facture de 89'000 dollars pour
l’auditing et les cours reçus pendant mon passage à la Sea Org. J’ai reçu
environ 10 appels de différents collègues, y compris Bob Diskin and Renee
Norton, pour que je paie la facture. J’ai aussi reçu une vingtaines de lettres
à ce sujet.
50. Au huitième mois de ma grossesse, mon ex-mari m’a écrit pour me dire
qu’il ne voulait plus rien avoir à faire avec notre fille après sa naissance.
Il voulait consacrer tout son temps à la Sea Org. Quand ma fille a eu six mois,
je lui ai écrit à propos de la pension alimentaire, n’arrivant pas à assumer
notre fille seule. Il ne m’a pas répondu pendant six mois et a interdit à ses
parents de nous voir. Jusque-là, ils la voyaient un week-end sur deux et
depuis, plus de nouvelles. Ils sont aussi des scientologues. J’ai finalement
renoncé à essayer d’obtenir une pension alimentaire de mon ex-mari.
Je déclare sous peine de parjure, au sens des lois des Etats-Unis
d’Amérique et de l’Etat de Floride, que ce qui précède est vrai et correct.
Réalisé à Clearwater, Floride, le 24 janvier 2001.
Astra Woodcraft
Source : www.exscientologykids.com/
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