- Sous la gymnastique douce de Falun Gong, une doctrine
dure
- Article paru le 25.8.2001 dans le quotidien
le Courrier (Genève).
- www.lecourrier.ch
(Extrait)
Falun Gong est cependant bien plus
qu'une gymnastique douce... Immersion dans la doctrine
du mouvement à travers sa «bible»,
le «Zhuan Falun».
«Ni formalisme, ni rituel, ni cérémonie
dévotionnelle.» Dans sa vitrine suisse
sur le net (1), Falun Gong (la «Roue de la loi»,
aussi nommé Falun Dafa) ne se présente
pas comme une religion, mais comme une école
de qigong (2), la méthode traditionnelle chinoise
de bien-être.
Il s'agit de ne pas effaroucher
l'homo occidentalis, qui recherche davantage à
être bien dans sa peau qu'à s'immerger
dans un corpus touffu de croyances ésotériques.
Car Falun Gong est aussi et avant tout cela: une doctrine
forgée par son fondateur et maître, le
chinois Li Hongzhi.
Selon le mouvement, ce dernier aurait
«commencé sa pratique dès l'âge
de quatre ans et reçu les enseignements authentiques
de plus de vingt maîtres des écoles bouddhistes,
taoïstes et de la Grande Voie initiatique».
A ces influences, il faut encore ajouter des croyances
populaires diverses, celles, antiques, de la Chine profonde
comme celles, beaucoup plus récentes, des mouvements
soucoupistes...
Au sommet de cette construction, Li Hongzhi, aujourd'hui
exilé aux Etats-Unis, s'est donné un rôle
central et exclusif. Contrairement aux «faux maîtres»
qui, selon lui, pullulent, il est «le seul à
transmettre vraiment la méthode vers le niveau
élevé» (3).
PAYER POUR SES DETTES
Entre le disciple pratiquant et le maître,
c'est un lien concret de dépendance qui s'établit.
Au disciple d'observer scrupuleusement la discipline
du mouvement (ce que, dans son jargon, il appelle «cultivation-pratique»)
et le maître prendra le contrôle de sa vie
pour son plus grand bien.
Note
du Centre Info-sectes: Cette ritualisation par le
mouvement est une emprise sectaire qui crée
une dépendance
Li Hongzhi offre notamment
à ses disciples l'«épuration du
corps jusqu'à ce qu'il soit entièrement
transformé en matière à haute énergie»
(4),
la protection contre les maladies et les accidents (5)
et, finalement, le salut. Le but ultime restant en effet
de s'élever dans les niveaux de réincarnation.
A l'inverse, la pire déchéance serait
de finir sous forme de caillou: «En cas de réincarnation
en une pierre, vous n'en sortirez pas pendant dix mille
ans.» (6) Pour échapper à ce destin, il faut
pratiquer le bien, mais également suivre un chemin
de souffrance et de renoncement à l'«esprit
d'attachement».
Note
du Centre Info-sectes: Encore une fois nous voyons
une secte utiliser un jargon incompréhensible
pour destabiliser ses adeptes et cela pour ensuite
pouvoir habilement les manipuler et leur proposer
une solution simpliste. Une solution qui conduirait
n'importe quel pays ou entreprise à la ruine
La souffrance est inévitable,
parce qu'elle va de pair avec la purification et l'élimination
du karma, soit la dette contractée lors de cette
existence ou des précédentes pour toutes
les mauvaises actions commises (7). Quant au renoncement,
il vise tout ce qui a de la valeur dans la société
ordinaire et qui, par conséquent, entrave l'élévation
vers un espace supérieur. Soit notamment le renom,
le gain, mais aussi la famille. Vouloir le bien et la
guérison des siens: attachement ! (8) En raison
des réincarnations successives, la notion de
famille est d'ailleurs largement relativisée:
«Le long de vos existences dans la transmigration
dans les six voies, vos mères humaines et non
humaines sont innombrables. Pendant toutes vos existences,
vous avez eu combien d'enfants, ils sont aussi innombrables.
Qui est votre mère, qui est votre enfant?»
(9)
Le signe et le résultat de l'élévation
du pratiquant est l'accroissement de son «Gong».
«La cultivation dépend de soi-même
et le Gong dépend du maître» (10),
affirme Li Hongzhi qui se réserve ainsi le pouvoir
de «sauver» - ou non - chaque
disciple.
«Gong» signifie littéralement
«travail, exercice, maîtrise», mais
maître Li en fait une substance matérielle
que les yeux éclairés peuvent voir. «Le
vrai Gong qui détermine le niveau de l'homme
grandit en spirale à l'extérieur du corps
humain pour monter finalement au-dessus de la tête
et y former une colonne de Gong.» (11) La colonne
d'un petit maître de qigong atteint à peine
la hauteur de deux ou trois étages d'un bâtiment;
quant à celle des grands maîtres, elle
peut dépasser les limites de la galaxie... (12)
EN NOIR ET BLANC
Ce «matérialisme spirituel» ne
fait pas exception. Selon la doctrine de Falun Gong,
tout est substance. Ainsi, «le De [la vertu] est
une substance blanche, au lieu d'être comme ce
que nous croyions autrefois, spirituel ou d'ordre idéologique,
il est bel et bien une existence matérielle,
c'est pourquoi les personnes âgées dans
le passé parlaient d'accumuler ou de perdre du
De, elles avaient bien raison» (13). De même,
le karma est, pour Li Hongzhi, une substance noire,
qui fait que, sauf épuration par la cultivation-pratique
de Falun Gong, «à la longue l'intérieur
de votre corps sera tout noir» (14).
En «cultivant et pratiquant», le disciple
ne fait pas que croître spirituellement. Il acquiert
des pouvoirs paranor- maux, les «pouvoirs du Gong».
Impossible de les énumérer tous puisqu'ils
seraient, selon maître Li, plus de dix mille:
«Après un certain temps de cultivation-pratique,
l'apparence physionomique de nos élèves
du Falun Dafa connaîtra des changements remarquables,
ils auront la peau fine, le visage coloré»
(15),
leur vie sera prolongée (16).
De plus, ils pourraient
«voir des objets à travers le mur»
ou «l'intérieur du corps humain»
(17);
connaître le passé et l'avenir d'un individu,
d'une société et même de l'univers
(18);
lire dans la pensée d'autrui (19); «allumer
leur cigarette seulement avec les doigts levés»
(20)
et, plus sérieusement, guérir toutes les
maladies, lesquelles n'ont qu'une seule cause, la «restitution
du karma», soit l'expiation des fautes (21).
DES POUVOIRS VERROUILLÉS
Il serait trop simple cependant que ces pouvoirs,
en particulier celui de guérison, soient donnés
au libre usage des pratiquants de Falun Gong. Acquis,
ils sont aussitôt «verrouillés»
par le maître, dans le but de ne pas «perturber
la société des gens ordinaires»
(22).
Comme toutes gnoses, Falun Gong établit une
claire séparation entre le cercle des initiés
et la multitude des gens qui «ramperont à
jamais dans le cadre tracé par leur ignorance»
(23).
Selon Li Hongzhi, le niveau des «gens ordinaires»
est le plus bas dans lequel une vie humaine puisse tomber.
Un état qui n'aurait mérité que
la destruction et l'élimination, «mais
les grands Eveillés, par leur grande compassion,
ont créé spécialement ce genre
d'espace, celui de notre société humaine»
(24).
La compassion de maître Li, en revanche, ne concerne
que ses disciples: «Les gens ordinaires ne sont
que les gens ordinaires, qu'ils détruisent leur
propre santé, ça ne nous regarde pas.»
(25)
D'ailleurs, «en se plaçant au niveau des
gens ordinaires, avec leur vision et leur état
d'esprit, on ne peut pas comprendre les choses véritables»
(26).
Toute critique, tout débat est ainsi écarté
d'emblée.
A cette séparation entre pratiquants et gens
ordinaires correspond naturellement l'exigence d'une
adhésion incon- ditionnelle et exclusive au mouvement.
«Si vous mettez vos pieds sur deux bateaux, vous
n'obtiendrez rien. Il ne faut non seulement pas mélanger
la pratique d'une méthode avec la cultivation
de bouddha dans le temple, il en est de même de
différentes méthodes de cultivation-pratique,
de différents qigongs et de différentes
religions.» (27)
Enfin, il y n'a pas moyen d'échapper à
la «bienveillance» du maître. «Ce
à quoi vous pensez, mon corps de la Loi le sait
entièrement dans d'autres espaces. Car le concept
des deux espaces-temps n'est pas le même. Observée
dans d'autres espaces, la formulation de votre pensée
est un processus extrêmement lent. Il peut connaître
votre pensée même avant que vous l'ayez.»
(28)
Cette surveillance de la pensée n'est évidemment
pas réciproque: «Les pouvoirs du Gong d'autrui
ne peuvent pas du tout me pénétrer. Personne
ne peut me connaître ni savoir ce que je pense.»
(29)
Quant à l'autonomie de la pensée, elle
est réduite à sa plus simple expression:
«Vous ne pouvez que répéter mes
phrases exactes en signalant que c'est ainsi qu'à
dit le Maître et que c'est écrit dans son
livre» (30)
La soumission au maître, ainsi que la valorisation
purificatrice de la souffrance et l'exigence de renoncement
à tout désir ou attachement personnel
débouchent, dans un contexte de persécution
implacable, sur un discours aux accents clairement apocalyptiques.
COMBAT COSMIQUE
Pour expliquer les persécutions dont sont
victimes ses disciples, maître Li explique que
nous nous trouvons à un moment historique où
«même les divinités dans le ciel
doivent être renouvelées, même les
corps célestes vont se recomposer» (31).
Il y a donc combat cosmique entre des forces anciennes
et le maître de Falun Gong.
Les disciples sont les instruments de cette «rectification
de la Loi». Ils sont littéralement programmés
par le maître pour agir selon son dessein: «Il
n'y a aucune différence entre vous [disciples
hors Chine] et les élèves en Chine, justement
on vous a programmés pour obtenir la Loi ici.»
Le pratiquant n'a qu'à «penser à
rien et faire seulement tout ce que doit faire un disciple
de Dafa». Tout reniement, ou même manque
de courage dans l'affirmation de sa foi, est une «souillure»,
une «honte», un «très grave
dommage causé à la Grande loi».
Comment les disciples échapperaient-ils à
cette parole du maître: «La moindre déviation
de votre pensée mettra en danger votre vie»(32)?
«CAS DE RÉTRIBUTION»
Quant aux persécuteurs, ou même les
simples contradicteurs, ils recevront leur châtiment.
«Puisque les forces anciennes veulent absolument
nous offrir cette occasion de les éliminer, alors
profitons-en bien.» Cependant, «les plus
mauvais parmi les individus pervers vont être
utilisés jusqu'à la dernière étape»
afin de «tester les disciples de Dafa».
Les ennemis de moins grande envergure reçoivent
en revanche déjà leur punition. De nombreuses
histoires de «cas de rétribution»
sont diffusées par les médias du mouvement.
Ainsi celui-ci, publié le 28 juin sur le site
www.vraiesagesse.net: «Zhang Yanhua était
directrice du premier hôpital de la ville de Suihua,
province de Heilongjiang. Elle a plusieurs fois insulté
Maître Li et le Falun Dafa lors de réunions.
En outre, elle a congédié les membres
du personnel qui pratiquaient le Falun Dafa. En septembre
2000, elle est morte dans un accident de voiture et
le sommet de sa tête a été écrasé
et fendu.»
Briser les êtres qui ne rentrent pas dans un
dessein jugé supérieur, voilà ce
qui réunit sans doute le Gouvernement chinois
et maître Li au-delà de la lutte mortelle
qu'ils ont engagée.
(...)
Histoire d'une montée en puissance
(...)
Pour
le gouvernement chinois, Falun Gong n'est pas une religion mais «une
secte hérétique pure et simple».
Une lettre ouverte diffusée par l'ambassade de
Chine en Suisse le 19 août dernier, avance que
«dupés par les absurdités de Li
Hongzhi, il y a déjà en Chine plus de
1660 adeptes qui ont trouvé la mort parce qu'ils
voulaient accéder à la perfection».
Notamment parce que, confiant dans la promesse de Li
Hongzhi que la pratique de Falun Gong peut guérir
de toutes les maladies, ils ont refusé les soins
médicaux. (...)
Le bric-à-brac de maître Li
Pour Li Hongzhi «le qigong est une science,
la science la plus élevée». Ce qui
est sûr, c'est que le Maître de Falun Gong
est fâché avec les sciences rationnelles.
Ou plutôt juge-t-il qu'elles n'ont encore qu'une
connaissance très partielle de la réalité.
Il les maîtrise d'ailleurs très mal, ces
sciences, mais peu importe puisque la vérité
qu'il annonce n'est visible que dans un autre espace
(nous dirions plutôt «une autre dimension»),
inconnaissable pour l'«homme ordinaire».
Les «révélations» de Li Hongzhi
-“ concernant l'histoire, l'astronomie, la médecine,
etc. -“ apportent leur lot de surprises. Petit
florilège.
| L'ATLANTIDE REVISITÉE
«Une fois, avec un examen minutieux, j'ai découvert
que l'humanité avait été quatre-vingt-une
fois complètement détruite, à chaque
fois, seulement un petit nombre de gens avait survécu
et un peu de civilisation préhistorique avait
été légué, ils entrent dans
l'époque suivante et mènent une vie primitive.
Quand les êtres humains augmentent en grand nombre,
apparaît finalement une nouvelle civilisation.»
Zhuan Falun p.15
LES EXTRA-TERRESTRES
«Vous le savez, je parle souvent des extra-terrestres,
pourquoi est-ce que je parle des extra-terrestres? C'est
parce que dans le passé c'étaient eux
les vrais êtres humains dans l'environnement de
la Terre, c'étaient eux les maîtres d'ici
dans différentes périodes de l'histoire,
même dans une histoire encore plus lointaine.»
Discours à Washington, 21.7.2001
«La soucoupe volante des extra-terrestres apparaît
et disparaît avec une vitesse prodigieuse, ils
peuvent s'agrandir et se rapetisser à volonté.
Ils ont pris une voie de développement très
différente, ce sont d'autres moyens scientifiques.»
Zhuan Falun p. 188
LE TROISIÈME OEIL
«L’ouverture
de l’œil céleste dont nous parlons
consiste à percer un passage entre
les deux sourcils, en évitant les
nerfs optiques de l’homme, afin de laisser
la glande pinéale voir directement,
c’est cela que nous appelons l’ouverture
de l’œil céleste. (...) La médecine
moderne a déjà découvert
par l’anatomie que la partie antérieure
de la glande pinéale est munie de
toutes les structures tissulaires de l’œil
humain.» Zhuan Falun p.33
MIROIR FRONTAL
«L'homme est muni devant le front d'un miroir,
posé à l'envers pour un homme qui ne pratique
pas, tourné vers la face pour un pratiquant.
Quand le pouvoir de la vision lointaine apparaît,
ce miroir commence à tourner continuellement.
Vous savez qu'un film présente des gestes cohérents
au moyen de 24 images par seconde, et que les gestes
y paraîtront saccadés en moins de 24 images.
Ce miroir tourne avec une cadence de plus de 24 images
par seconde, il réfléchit l'image des
choses et se tourne vers la face pour vous faire voir,
ensuite il retourne à l'envers pour effacer.
Zhuan Falun p.41
CES ANIMAUX QUI NOUS POSSÈDENT
«Dans l'histoire de l'humanité, il a
toujours été interdit aux animaux de posséder
le corps humain, s'ils le faisaient, ils seraient tués,
quiconque le voit ne le permet pas. Mais, dans notre
société actuelle, il y a des gens qui
les recherchent, les veulent et les honorent. Zhuan
Falun p.73
Contrôler le cerveau de l'homme ordinaire est
une chose très facile. L'animal peut faire venir
beaucoup de personnes pour lui demander des soins, des
personnes viennent en grande quantité. Bonté
divine, d'un côté, il soigne les malades
ici, et de l'autre, l'animal incite des journalistes
à faire de la publicité dans la presse.
Zhuan Falun p.75
|
1
www.falundafa.ch
2
Le qigong (maîtrise de l’énergie vitale)
est une discipline traditionnelle chinoise qui a traversé
les siècles en engendrant un nombre incalculable
de variantes. Toutes sont basées sur la maîtrise
du mouvement, de la respiration et la pensée.
3
Zhuan Falun, Li Hongzhi, version française, 1998,
p. 3. – 4 p. 55. – 5 p. 83. – 6 p. 49. – 7 p. 4 et 91.
– 8 p 125. – 9 p. 144. – 10 p 22 – 11 p 23 – 12 p. 103
et 50 – 13 p. 21 – 14 p. 53 – 15 p. 26. – 16 p. 28.
– 17 p. 33. – 18 p. 42. – 19 p. 103. – 20 p. 137. –
21 p. 45. – 22 p. 23. – 23 p. 1. – 24 p. 44. – 25 p.
79. – 26 p. 15. – 27 p. 63. – 28 p. 50. – 29 p. 64.
– 30 p. 86.
31
conférence de Li Hongzhi à Washington
le 21 juillet 2001.
32
Zhuan Falun, p.28
|