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Le GEPM - Le Groupement de Jean Godzich

 

Interview de Thierry Viquerat

«Une technique qui tourne vite à l'escroquerie»

    CHANTAGE, MENACES: LES MÉTHODES D'UNE SECTE-BUSINESS

Par Sophie COIGNARD et Michel RICHARD

Le Point - 17 DÉCEMBRE 1994
[Texte intégral]
 
Les « beaux-frères» - les sceptiques - sont des «mauvais».
Peu importe s'il s'agit du conjoint, des enfants ou des parents.

Après la publication de l'article sur le GEPM le standard du «Point» a littéralement sauté et les fax ont été submergés d'envois ! Qui nous en voulait ? Pas les responsables du Groupement, mais de simples distributeurs qui croient en la parole du «créateur», Jean Godzich.

Si ce n'est pas une secte, franchement, ça y ressemble. Et d'abord par ses mécanismes de défense: pressions, intimidations, menaces voilées... Le Point, la semaine dernière, publiait un article sur le GEPM (Groupement européen des professionnels du marketing). Nous décrivions le système de vente pyramidale qui préside à l'organisation du Groupement, l'engrenage dans lequel étaient pris ses vendeurs et distributeurs, la religion de la réussite qu'on leur inculquait, le conditionnement mental, sous couvert de techniques de vente, qui y présidait. Et la pression qui s'exerce sur chacun pour qu'il recrute de nouveaux distributeurs qui recruteront à leur tour de nouveaux distributeurs, qui, eux-mêmes...

«Un mouvement à allure de secte», écrivions-nous. Aussitôt, la machine du Groupement, au quart de tour, réagissait. Belle organisation...

Plusieurs jours de suite, le standard du journal était sans discontinuer saturé par des milliers d'appels protestant tous contre notre «malveillance» et la «désinformation» à laquelle se livrait Le Point. Harcelés, les standardistes devaient déjouer mille pièges – les mécontents se présentaient comme des amis personnels, cousins ou confrères – et essuyer mille insultes.

Ce n'est, paraît-il, pas fini: «Nous vous harcèlerons, nous mènerons campagne contre vous jusqu'à vous ruiner», avoue péremptoirement un correspondant de Martigues. Côté fax, le Groupement ne désarmait pas non plus: deux bons kilos de papier à la teneur lancinante.

Le Point n'était pas digne des «calomnies» publiées; son article était faux de bout en bout; le tort qu'il causait à d'honnêtes commerçants était criminel en cette période de chômage. Bref, nous avions pris, et combien légèrement, le parti de détruire une respectable organisation soucieuse de promouvoir des méthodes commerciales d'avenir.

La rhétorique était la même, les mots clés identiques, jusqu'aux fautes d'orthographe dans les noms propres des destinataires qui se répétaient de fax en fax. Belle organisation...

Avec quelques débordements plus fâcheux encore: on pense à cette élève infirmière dont le seul tort est de porter le même nom que la signataire de l'article incriminé. Nos courageux correspondants téléphoniques, se croyant instruits par l'annuaire, n'ont cessé de la harceler téléphoniquement à son domicile: «Le soir, ça n'arrête pas jusqu'à minuit. Après, je suis obligée de débrancher mon téléphone. Ils sont hargneux, je commence à craquer!» Mille excuses. Vraiment.

Le Point, ces derniers jours, n'a pas le monopole de ces amabilités déferlantes. Ainsi, le 25 novembre, l'ADFI (Association pour la défense des familles et des individus), qui combat toutes les formes de mouvements sectaires, se trouvait envahie par deux cents personnes du GEPM, lesquelles s'emparaient du courrier en partance, sabotaient l'ordinateur et volaient des documents. Janine Tavernier, la présidente de l'association, est plus maltraitée encore. A son domicile, elle reçoit des livraisons qu'elle n'a jamais commandées, on l'inscrit sur une messagerie rose qui lui vaut nuitamment des appels scabreux.

 
Le 25 novembre, l'ADFI était envahie, du matériel détruit, des documents volés

Le 7 décembre, c'est la branche aixoise (le l'ADFI qui reçoit, trois heures et demie durant, la visite de quelque deux cents messagers du Groupement. Téléphone coupé, secrétaire maltraitée, trésorier molesté. Et une proposition ô combien équivoque: «Si vous compreniez notre point de vue, nous pourrions vous donner beaucoup d'argent pour lutter contre les sectes...»

Il ne fait décidément pas bon enquêter sur le Groupement. Pour avoir diffusé plusieurs reportages sur le GEPM, Bernard Nicolas, journaliste de TFI, a reçu beaucoup de menaces et d'insultes, par courrier comme par téléphone. Du genre: «Si mon affaire capote, comptez vos abattis.»

«Nous vous harcèlerons, nous mènerons campagne contre vous jusqu'à vous ruiner», dit un correspondant. Dans toutes les lettres, il y a les mêmes formules, les mêmes mots clés. «C'est standardisé, stéréotypé», raconte-t-il.

Une curieuse association, tout récemment créée, vole opportunément au secours des distributeurs du Groupement. Le CDFATI, le Comité de défense des familles et amis des travailleurs indépendants, entend défendre contre les détracteurs ces «travailleurs libres et honnêtes». Honnêtes, sans doute. Libres ? A la tête du CDFATI se retrouvent, comme par hasard, les pères (le deux sommités de l'organisation, MM. Labasor et Kasslaci. A les en croire, la presse et l'ADFI n'auraient d'oreille que pour «les habitués de la pleurnicherie, les vaincus d'avance, les prédisposés au chômage et au moindre effort...» Bref, les médiocres, les aigris, ceux qui, un jour ou l'autre, quittent le Groupement et en disent du mal.

Les autres, ceux qui tiennent, ceux qui triment, ceux qui protestent, seraient donc les battants, les gagnants, les incompris ? Mais qui sont-ils, d'ailleurs ? Dans leur immense majorité, des commerçants de bonne foi.

Mais aussi une population vulnérable, hantée par le spectre du chômage, dopée au culte de la réussite et qui veut croire, donc, à la recette miracle de la vente pyramidale, ce nouveau système économique qui doit la faire passer dans le camp des riches. Ce défi qui doit changer leur vie. Beaucoup, pour tout dire, n'ont aucune idée de la vraie nature du GEPM et de l'engrenage dans lequel ils ont plongé avec enthousiasme.

L'organigramme du groupement

G8
(Société holding regroupant les fondateurs)
PDG: Jean Godzich
Représentant permanent: Michel Labasor
Administrateur: Thierry Vavasseur
 
GEPM
(Centrale d'achat des produits distribués par les membres du GIE et leurs propres distributeurs. Chiffre d'affaires 1993: 549 millions de francs. Bénéfice: 28,6 millions de francs)
Membres du directoire et/ou du conseil de surveillance :
Lionel Charles
Jean Godzich
Thierry Vavasseur
François Bergeon
Claude Viancin
 
GMI - Godzich Marketing International
(Edition de livreset de cassettes destinés aux distributeurs)
Membres du conseil d'administration
Lionel Charles
François Bergeon
 
International Construction & Building (Etats-Unis)
 
Zénigold Voyages
Administrateurs
Jean Godzich
Thierry Vavasseur
 
SCI du Zander
(Agence destinée notamment à convoyer les distributeurs dans un voyage initiatique aux Etats-Unis)
Administrateurs:
Jean Godzich
Thierry Vavasseur
Michel Labasor
 
5. SCI de l'Andelle
(Laboratoire fabriquant des produits cosmétiques pour le GEPM)
Administrateurs
François Bergeon
 
5. LCA 
(Laboratoires cosmétologiques aixois)
LCA PDG : Claude Viancin
 
6. TMCI - Trade Marketing Consultants International
(Edition, publicité et communication)
Administrateurs :
Thierry Vavasseur
Claudette Vavasseur (l'épouse)  
Françoise Vavasseur (la sœur)   
 
7. Organisation Système
Négoce des produits de parfumerie, maquillage et cosmétiques
Marketing Le Moulin
Gérant: Thierry Vavasseur
 
8. GIE des centraux
(Groupement des distributeurs chevronnés, qui s'approvisionnent obligatoirement auprès du seul GEPM)
Président: Michel Labasor
Administrateur: Thierry Vavasseur

Recette miracle

Jean Godzich

Au commencement de leur histoire était le «créateur». Nom: Godzich. Prénoms: Jean, Tadeush. Né en 1949 à Hénin-Liétard. Nationalité: américaine. Un personnage fascinant, affable, souriant, élégant. Sa voix, teintée d'un léger accent américain, envoûte. Ses classes, il les a faites chez Amway, une entreprise américaine de vente à domicile qui a fini par l'écarter en raison de «graves divergences déontologiques».

Le père, le fils et les douze apôtres

Un licenciement en forme de signe du destin. Avec quelques autres anciens d'Amway, Godzich devient le «créateur» du Groupement. Il ne dit jamais «fondateur», un terme sans doute trop profane. Car il est profondément religieux. En témoignent ses liens avec Doug Wead, un ancien pasteur pentecôtiste, très conservateur, qui a aussi travaillé pour Amway, qui préconise l'imposition des mains pour guérir les cancers et avec qui il écrira un livre, «Et maître et disciple». Une fois convertis au commerce, Godzich n'hésitera pas, par l'intermédiaire de son frère Leonard, à consacrer ses meilleurs distributeurs en les baptisant par immersion totale.

L'organigramme du Groupement semble d'ailleurs s'inspirer des Actes des apôtres. Dans le rôle du père: Godzich. Dans celui du fils: Thierry Vavasseur, 32 ans, présenté à longueur de grand-messe d'entreprise comme le modèle à suivre pour devenir riche et heureux. Un duo que l'on retrouve à la tête de la plupart des entreprises appartenant à la nébuleuse du Groupement (voir organigramme).

A leur côté, les douze apôtres, les «diamants». A une ou deux exceptions près, ils n'ont pas atteint ces sommets à la force du poignet. Ils font partie du noyau d'origine. Ces douze-là ne sont assurément pas dans le besoin et se retrouvent souvent dans les conseils d'administration des entreprises GEPM.

Godzich s'est acheté, près du siège social du Groupement, dans l'Eure, une demeure sobrement appelée «Le Château blanc». Vavasseur, originaire de Dijon, a préféré le château de Changy, dans la Loire, administré par une SCI du même nom. Plusieurs de ces «diamants», enfin, ont aussi investi dans des bases de repli situées en Arizona, le lieu de résidence officiel de Godzich.

50.000 distributeurs triment à leurs frais en fantasmant
sur un avenir de «diamant» qu'ils ne connaîtront jamais.

Au milieu de la pyramide, un bon millier de «distributeurs centraux», dûment classifiés en «excellences», «ambassadeurs», «exécutifs», «majors», «centraux», «pilotes». Leur point commun ? Ils réalisent tous un chiffre d'affaires supérieur à 70.000 francs par an et appartiennent à ce titre au GIE des «centraux», dont l'une des contraintes consiste à ne s'approvisionner qu'auprès du GEPM. Soixante-dix mille francs par an: ce n'est pas la fortune. Que dire, alors, des 50.000 «distributeurs mandataires » qui constituent la force marchante et marchande de l'organisation ? Eux triment, à leurs frais, en fantasmant sur un avenir de «diamant»... qu'ils ne connaîtront jamais.

C'est toujours un parent, un ami, un voisin qui vous parle, au départ, du Groupement. C'est tout simple: vous l'accompagnez dans une réunion où l'on vous explique comment faire fortune. Comme on n'a rien sans rien, il faut commencer par investir un peu. Acheter la valise de démarcheur, les produits à vendre (détartrant pour w.-c., lessives, lingerie, produits cosmétiques...), et convaincre son entourage d'acheter et de distribuer à son tour. Car l'idéal, c'estde ne plus vendre soi-même, mais de toucher les royalties sur les ventes de sa lignée, de distributeurs, comme le dit le vocabulaire maison.

On remplit donc les bons de commande - payants - et on règle le Groupement - comptant. Bien sûr, on n'a pas l'expérience. Mais tout s'apprend. Des livres et des cassettes sont à disposition. Moyennant finances. Mais leur contenu est si prometteur:

  • «Dix jours vers une vie nouvelle» (109 francs),
  • «Attitude d'un gagnant» (92 francs),
  • «La fortune en dormant» (103 francs),
  • «La magie de voir grand» (103 francs),
  •  Recettes de bonheur pour un foyer heureux» (83 francs),
  • «Le plus grand miracle du monde» (81 francs),
  • «Quand on veut, on peut» (92 francs),

 et on en passe...

Les cassettes audio sont proposées au nombre de deux par mois et présentent presque invariablement le témoignage d'un distributeur heureux:

«Aujourd'hui, j'ai réussi. Mais vous m'auriez vu il y a trois ans, je n'étais qu'un pauvre type. Heureusement, j'ai rencontré l'Affaire [le nom fédérateur donné au GEPM]. Les six premiers mois, j'ai vraiment galéré, et j'ai perdu de l'argent, mais j'ai lu, j'ai écouté des cassettes, j'ai recruté de nouveaux distributeurs; puis je suis allé à un week-end du rêve et tout s'est éclairé. Puisque j'ai pu y arriver, vous le pouvez aussi.»

Voilà, en substance, les promesses de lendemains qui chantent que chaque distributeur débutant doit écouter et réécouter, jusqu'à n'en plus douter. Non seulement on conditionne les impétrants pour qu'ils vendent plus et recrutent mieux, mais on gagne aussi de l'argent en les conditionnant.

Exemple: deux cassettes (36 francs chacune) rapportent à GMI, une filiale du Groupement, 72 francs par distributeur et par mois. Si les 50.000 adhérents au système achètent, la recette mensuelle s'élève à 3,6 millions de francs...

Mais il y a mieux. Lucratif toujours mais tellement plus métaphysique. La revue du Groupement, Sommets (avec un comité de rédaction de haute volée: Jean Godzich, Thierry Vavasseur, Daniel Kasslaci, Michel Labasor, tous «diamants» ou mieux encore, donne une idée de la logorrhée en vigueur:

«Souvent, des personnes disent, après avoir rejoint le Groupement, qu'auparavant elles ressentaient un malaise, sans savoir lequel, mais que, maintenant, elles l'ont identifié. Cette douleur est un peu semblable à celle d'une femme en salle de travail avant un accouchement.

Cette douleur que tous ressentent laisse présager une nouvelle attitude en train de naître.Nous avons besoin à tout moment de focaliser sur cette nouvelle attitude; mais ce changement doit correspondre à une transfor- mation intérieure profonde... S'avouer pauvre en esprit, c'est tout simplement avouer aux autres ce qui nous manque...

Dans notre Affaire, on doit trouver le courage de dire... Quand on avoue avoir besoin d'aide, ce n'est plus l'orgueil qui domine... Si vous n'arrivez pas à trouver le temps nécessaire pour bien faire les choses, où trouverez-vous le temps de les refaire ?... Si vous faites les choses que vous devez faire au moment voulu, vous pourrez un jour faire les choses que vous voulez faire quand vous le voudrez.»

Certes.

Les esprits ricaneurs ou sceptiques sont mis à l'index dans la même foulée. Pour ces pisse-froid, ces jaloux, bref, ces ennemis, le Groupement a inventé un terme: les «beaux-frères». Autant dire l'autre famille la mauvaise.

Et peu importe qu'il s'agisse du conjoint, des enfants ou des parents. Ils deviennent, aux yeux de la nouvelle et vraie famille, le GEPM, autant d'empêcheurs de réussir.

Baptême d'un membre du GEPM, en 1988, aux Etats-Unis

Vient ensuite la religion. Enfin, une certaine religion. C'est Bible à la main que Jean Godzich et ses «diamants» prêchent, lors de 11 «week-ends du rêve» (1.365 francs), les nouveaux convertis:

«Arrêtez de vous poser des questions... A tous ceux qui fonctionnent en comprenant toutes les choses qui se passent dans la vie, je vais vous dire: laissezde côté le fait de les comprendre. On raisonne trop. Les vraies réponses ne viennent pas de la tête mais elles viennent du cœur. On n'a pas besoin de réfléchir à tout cela...»

Manipulation mentale

L'abbé Jacques Trouslard, spécialiste des sectes, cite ce morceau choisi à l'appui d'une démonstration. Les nombreux témoignages qu'il a recueillis mettent en évidence des caractéristiques que l'on retrouve dans les sectes dangereuses»: une manipulation mentale aboutissant à une sorte d'endoctrinement; une déstructuration psychologique se traduisant par un changement de comportement professionnel ou familial; une tromperie intellectuelle sur les plans financier, moral et religieux. «On comprend mal, dit-il, pourquoi le GEPM, qui développe à ses adeptes des perspectives tout à fait matérialistes, utilise la Bible et dispense les discours religieux, avec prières à l'appui, sinon pour donner le change et se servir de la religion comme d'un masque garantissant l'honorabilité et la respectabilité du Groupement.»

De masques et faux nez, le Groupement fait grand usage. Face aux attaques, il brandit la défense de l'emploi, quand il ne garantit rien à ses distributeurs, mais, au contraire, en exploite 50.000 pour le seul profit de quelques-uns.

Pour s'acheter une image, il sponsorise le champion du monde de cyclisme, Luc Leblanc. Pour faire généreux, il donne à l'abbé Pierre. Et, pourtant, si ça n'est pas une secte, franchement, ça y ressemble.

INTERVIEW THIERRY VIQUERAT

«Une technique qui tourne vite à l'escroquerie»

Thierry Viquerat est consultant en gestion des entreprises. Il a vu plusieurs patrons de PME dont la situation s'était dégradée vouloir se relancer grâce à un réseau de vente pyramidale.

Thierry Viquerat: C'est une technique tout à fait particulière qui tourne vite à l'escroquerie. Ces organisations ne disent pas: achetez mon produit parce qu'il est bien; mais: achetez-le pour gagner de l'argent en le revendant à un autre. La qualité du produit et son utilité n'ont aucune importance. Pour que le mirage soit crédible, on invente un Olympe constiffié de quelques personnes qui ont soi-disant gagné. En fait, elles font presque toujours partie du noyau fondateur.

LE POINT: Mais où est l'arnaque ?

T. Viquerat: Dans l'idée sous-jacente que le marché est infini. Prenons le problème à l'envers: chacun de nous a deux parents qui ont deux parents, etc. Si l'on remontait jusqu'à Charlemagne, en additionnant ainsi les ancêtres de chacun, on en conclurait qu'à cette époque la population française se comptait en milliards d'individus. Avec la vente pyramidale, on pense que chaque membre du réseau recruté va trouver une «lignée» infinie. En fait, seul l'initiateur du réseau gagne de l'argent, parce que son but non avoué, c'est de caser sa marchandise à chaque distributeur. Que celui-ci la vende ou pas, peu importe !

LE POINT: La loi en préparation, qui obligerait les sociétés de vente, pyramidale à reprendre le stock invendu de leurs adhérents à hauteur de 90 %, vous paraît-elle adaptée ?

T. Viquerat: Elle est très insuffisante, car beaucoup de ces sociétés sont créées pour la circonstance, par des dirigeants qui résident souvent à l'étranger et plient bagage, fortune faite. Comment les obliger à reprendre un stock alors qu'elles n'existent plus ?

LE POINT: Ces sociétés sont nombreuses, en France ?

T. Viquerat: Difficile à dire. Car beaucoup d'entre elles ne durent pas très longtemps. Mais, actuellément, il s'en crée au moins une par mois.

Le dossier au format pdf:

 Le GEPM. Chantage, menaces: les méthodes d'une secte-business (Le Point - 17 décembre 1994)

Abus de biens sociaux : trois ans de prison pour un patron américain

AFP, 25 janvier 2007
[Texte intégral]

EVREUX (Eure) - Le tribunal correctionnel d'Evreux a condamné jeudi à trois ans de prison par défaut pour abus de biens sociaux Jean Godzich, 57 ans, le patron américain de l'ex-Groupement européen des professionnels du marketing (GEPM), qui avait déposé son bilan en 1995.

Fondateur du GEPM en 1987, Jean Godzich était soupçonné d'avoir transféré illégalement vers les Etats-Unis près de six millions d'euros provenant de la trésorerie de l'entreprise. Sous le coup d'un mandat d'arrêt international, M. Godzich, également condamné à une amende de 500.000 euros, n'avait pas assisté à son procès qui s'est tenu le 18 octobre 2006.

Trois cadres français de l'ex-GEPM poursuivis pour complicité et qui avaient assisté à l'audience ont été condamnés à des peines allant de huit mois à deux ans de prison, toutes assorties de sursis, ainsi qu'à des amendes allant de 10.000 à 80.000 euros.

Installé à Fleury-sur-Andelle (Eure), le GEPM était une entreprise commerciale qui a été accusée de pratiquer "la vente pyramidale". Ce procédé consiste pour un vendeur mandaté par une société-mère à s'attacher les services d'autres vendeurs qui eux-mêmes recruteront d'autres vendeurs et ainsi de suite.

L'ex-GEPM qui commercialisait des articles très divers, des bijoux jusqu'aux lessives en passant par des vêtements et des cosmétiques, a compté jusqu'à 400 salariés, s'appuyant sur une "toile" de 40.000 vendeurs. L'entreprise s'était fait connaître en 1994 en achetant l'équipe du coureur cycliste Luc Leblanc mais, accusée dans de multiples articles de presse de pratiques sectaires, elle avait déposé son bilan en 1995.

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