Moon traîne l'Etat en justice
- LE SOIR
- 9 novembre 2006
- [Texte
intégral]
Les «moonistes» ont assigné l'Etat belge en Justice. En cause : le
refus du ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael (VLD), d'accorder un
visa au milliardaire sud-coréen Sun Myung Moon, 86 ans, fondateur de l'«Eglise de l'Unification». L'affaire a été plaidée, mercredi, par la 21e
chambre de la cour d'appel de Bruxelles, en référé.
Le «révérend» Moon et son épouse, Hak Ja Han Moon, entendaient donner
une conférence en Belgique, le 5 novembre 2005 (puis en mars et en
juillet 2006) ... Les autorités belges lui ont refusé l'accès au pays, se
retranchant derrière le signalement, par l'Allemagne, de M. Moon dans le
Système d'information Schengen (SIS), susceptible de fonder légalement
un refus d'entrée sur le territoire.
Le fichage allemand avance trois reproches :
- M. Moon serait «en faveur d'un totalitarisme théocratique sous
influence coréenne, en opposition avec la démocratie allemande»;
- il constituerait «un danger pour les familles, car il encouragerait
des jeunes adultes à quitter leurs parents pour se consacrer à l'Eglise
unitaire»;
- «il aurait une influence néfaste sur la jeunesse nationale par le
biais de la manipulation mentale et le lavage de cervea ».
«Bref, des raisons vagues et générales qui n'ont jamais fait l'objet de
poursuites judiciaires ni a fortiori de condamnation», plaide Me
Charles Delnois, avocat des moonistes.
«Que lui reproche-t-on, en somme ? Le risque de le voir convertir des
gens, ce qui est un droit fondamental, surenchérit Me Inès Wouters,
l'autre conseil des adeptes de M. Moon. La Belgique n'a pas le droit
d'empêcher les fidèles d'être en contact avec leur chef spirituel. Son
refus d'accès au territoire n'est basé sur aucune apparence de loi ...
Assimiler un leader religieux à un malfrat, alors qu'il n'a rien à se
reprocher, est une insulte à ces croyances.»
Inès Wouters y voit une atteinte manifeste à la Convention européenne de
sauvegarde des droits de l'homme. Elle relève que les Pays-Bas et le
Danemark ont ouvert leurs frontières à M. Moon malgré son signalement
SIS.
«L'Etat n'empêche donc pas ses adeptes de rencontrer M. et Mme Moon : il
leur suffisait d'aller les rencontrer aux Pays-Bas ou au Danemark »,
réplique l'avocate de l'Etat, Me Elisabeth Derriks. Qui s'interroge
aussi sur la compétence de la cour : «C'est une décision
administrative, un refus de visa, qui est contestée, c'est donc le
Conseil d'Etat qui devait être saisi.» La cour tranchera dans les
prochaines semaines.
(Le mouvement est connu pour ses mariages collectifs arrangés par le «
révérend » Moon, comme ici dans un stade de Séoul, le 16 février 2002.
Photo Youn Jae-Wook/EPA.)
Proche de la famille Bush et adepte des mariages forcés
Ses détracteurs l'appellent «la secte Moon». Ses adeptes préfèrent
l'appellation officielle : «Eglise de l'Unification» ou encore «Association de l'Esprit Saint pour l'Unification du christianisme
mondial».
Fondé en 1954, à Séoul, par le «révérend» Moon, le mouvement compterait
180.000 membres, dont quelques dizaines en Belgique, où il est présent
depuis 1973. L'ASBL «Family Federation for World Peace and Unification»,
basée à Anderlecht, rassemble les adeptes belges ... Des fidèles «plutôt
discrets», selon l'Observatoire des sectes, qui n'a pratiquement jamais été
interpellé sur leurs activités.
Le mouvement est connu pour ses mariages collectifs : des milliers
d'inconnus qui s'unissent pour «créer une race nouvelle et amener la
paix sur Terre».
Notre confrère Eric Laurent a mis en évidence les liens étroits entre
Moon et la famille Bush, aux Etats-Unis.
Le «révérend» est à la tête d'« un des empires économiques privés les
plus puissants de la planète », selon Roberto Badini. Il a notamment
fait fortune dans les sushis. Promoteur autoproclamé de la paix dans le
monde, il a aussi investi dans ... l'armement de petit calibre.
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