Le
Prana, une énergie vitale ?
Dans
le film documentaire Lumière, le réalisateur
autrichien P. A. Straubinger tente de nous faire «avaler» le mythe Respirianiste, ce mouvement
new age sectaire, d’inspiration orientale, dont les
membres prétendent vivre sans eau et sans nourriture.
Une
fable qui pourrait faire sourire, si ce mouvement n’avait
pas déjà causé la mort de plusieurs
adeptes. En 1999, dans les montagnes écossaises,
Verity Linn, une australienne de 49 ans, avait ainsi
été retrouvée morte, affamée,
alors qu’elle suivait le processus respirianiste de
21 jours préconisé par Ellen Greve, alias
Jasmuheen, pulpeuse gourou australienne.
Ce
processus est une sorte de rituel initiatique, un jeûne
extrême et dangereux devant être pratiqué
dans l’isolement total (pas de visites, pas d’informations,
pas de téléphone, pas de travail, ni lecture
ou tout autre élément pouvant perturber
cette retraite). Son but : accéder à «
un état supérieur » permettant de
pouvoir vivre de Lumière. Cette Lumière,
appelée aussi Prana ou encore Chi, serait une
sorte d’énergie vitale omniprésente qu’il
suffirait d’apprendre à capter pour se débarrasser
de toute contingence alimentaire.
Des
expériences sujettes à caution
Un
Gloubi-boulga ésotérique que prétend
démontrer scientifiquement P. A. Straubinger
dans son documentaire. Il s’appuie en particulier sur
une pseudo-expérience menée en Inde en
avril 2010 sur le yogi Prahlad Jani, qui jure n’avoir
rien avalé depuis plus de 60 ans. Une équipe
de médecins du Sterling Hospital d’Ahmedabad,
dirigée par le docteur Sudhir V. Shah, a donc
proposé d’étudier le vieil homme en l’isolant
dans une chambre, sous le regard continu d’une caméra
de surveillance et bien sûr, sans eau ni nourriture.
Prahlad
Jani aurait ainsi tenu dix jours, à la grande
surprise de l’équipe médicale. Mais l’examen
des enregistrements vidéo montrent qu’à
plusieurs reprises, le yogi avait quitté sa chambre,
soi-disant pour aller se nourrir de Prana à l’extérieur.
Il avait aussi droit de se gargariser avec de l’eau.
Il a donc très certainement profité de
ces moments pour s’alimenter. Très vite, l’association
rationaliste indienne a crié au canular. Ses
représentants n’avaient pas été
autorisés à assister à l'expérience.
Et on peut le comprendre. En 1999, ces infatigables
sceptiques avaient déjà démonté
le cas similaire de Kumari Neerja qui prétendait
être la réincarnation de la déesse
hindou Saraswati. Elle aussi disait n’avoir rien avalé
depuis des lustres. Mais avec l’aide de la police indienne,
de jeunes enquêteurs de l’association rationaliste
avaient pulvérisé dans sa chambre, un
gaz inoffensif provoquant des vomissements. La déesse
régurgita alors des restes de patates et de chapati,
le fameux pain indien.
Un
médecin adepte du Jaïnisme
Autre
élément suspect, le docteur Sudhir V.
Shah, qui a dirigé l’expérience sur le
yogi, est loin d’être neutre dans cette affaire.
C’est un adepte zélé du Jaïnisme,
une religion importante en Inde dans laquelle le Prana
est une notion centrale. Sur son site internet, il fait
du prosélytisme pour sa croyance, expliquant
notamment que toute la connaissance scientifique et
médicale moderne est déjà inscrite
dans les textes jaïnistes vieux de plusieurs milliers
d’années (www.sudhirneuro.org/jain.php).
Même
Jasmuheen, la bimbo emblématique du respirianisme,
avait participé à une expérience
similaire pour l’émission australienne 60 Minutes.
Mais au bout de quatre jours, le tournage avait été
interrompu car son état de santé avait
été jugé inquiétant par
le médecin qui la suivait.
Contrairement
à de nombreuses croyances, le jeûne ne
présente aucune vertu, en particulier purificatrice.
«Il n’est absolument pas recommandé et
peut s’avérer dangereux. Il provoque des troubles
de la glycémie, des convulsions, de l'hypertension,
des problèmes cardio-vasculaires, un affaiblissement
du système immunitaire, mais aussi un affaiblissement
général et dans certains cas un coma.