Témoins de Jéhovah

Pourquoi les Témoins de Jehovah s'obstinent à faire du porte a porte ? (rue89.com - 19 décembre 2010)

Les témoins de Jéhovah ici, "en dehors du monde" (paris-normandie.fr - 6 décembre 2010)

Ce qu’en pense l’association de protection des victimes de sectes (paris-normandie.fr - 6 décembre 2010)

Témoins de Jéhovah: Des comportements qui posent problème (paris-normandie.fr - 6 décembre 2010)

Pourquoi les Témoins de Jehovah s'obstinent à faire du porte a porte ?

http://www.rue89.com - 19 décembre 2010
[Texte intégral]
 
Photo: un témoin de Jehovah tient le magazine officiel de la secte,
lors d'un rassemblement à Bordeaux en 2009 (Regis Duvignau/Reuters)
 

Selon d'anciens adeptes, le démarchage à domicile sert davantage à renforcer l'engagement dans la secte qu'à recruter des disciples.

J'ai grandi dans une maison située non loin d'un «centre» de témoins de Jéhovah. Une à deux fois par semaine, un couple de personnes (souvent un homme et une femme, ou deux hommes) venait tenter de nous convertir, ma famille et moi. Ça se déroulait toujours de la même façon: mon labrador leur aboyait dessus et ne s'arrêtait qu'une fois le duo parti, généralement après avoir essuyé un refus poli mais très ferme de la part de ma mère.

Aujourd'hui, au quatrième étage d'un immeuble avec digicode en plein centre d'une grande ville, je ne croise plus un seul témoin de Jéhovah. Mais si un couple décidait demain de venir prêcher à ma porte, je crois bien que je perpétuerais la tradition maternelle en balayant leur discours d'un solide «non, merci».

J'ai rencontré trois anciens adeptes pour tenter de comprendre comment ils avaient pu encaisser ces rebuffades répétées, des années durant.

Être mal accueilli confirmait notre croyance»

Julie, 26 ans, étudiante, a pratiqué le colportage pendant des années,en ayant conscience de toujours casser les pieds aux gens. Elle a appris très vite que les gardiens d'immeubles et concierges étaient des espèces «difficiles à séduire». Aurélien, travailleur social aujourd'hui âgé de 35 ans, explique:

«La majeure partie du temps, lorsque je suivais mes parents dans leur démarchage, nous essuyions un refus. Les claquages de portes peuvent sembler décourageants,mais ils étaient quand même vécu positivement. Les témoins de Jéhovah nous enseignaient que nous devions nous attendre à connaître la persécution et la réticence du monde extérieur. Le fait d'être mal accueillis ne faisait que confirmer cette croyance qu'on nous avait inculquée.»

«En s'entêtant dans cette méthode du porte-à-porte, les témoins de Jéhovah donnent aux gens des raisons de développer de l'hostilité à leur égard», estime aujourd'hui Julie.

Le porte-à porte pratiqué dès le plus jeune âge

Difficile de croire que des dizaines de refus successifs ne finissent pas par atteindre le moral. En réalité, les anciens fidèles que j'ai rencontrés ne sont pas dupes.

Corinne, retraitée de 70 ans, qui a fait du porte-à-porte durant de nombreuses années, ne cache pas qu'il lui arrivait parfois de «repartir totalement déboussolée» ou de rentrer chez [elle] plutôt que de continuer»:

«La seule chose dont on parle peu, c'est la fatigue insidieuse d'une forme de surmenage.»

Et le mot est faible: pour être efficace, le protocole imaginé par la Watchtower (nom de l'organisation des témoins de Jéhovah) durant le porte-à-porte est une vraie préparation commerciale. Les adeptes y investissent une grande partie de leur temps, et ce dès leur plus jeune âge. Aurélien raconte:

«Nous lisions des livres sur le sujet, faisions des démonstrations sur l'estrade devant un auditoire fictif… Les plus jeunes étaient encouragés à faire des discours plus ou moins longs, qu'ils devaient préparer à l'avance à partir des écrits fondamentaux. Ensuite, on allait présenter leur discours devant les autres “TJ”, et un ancien se chargeait de donner une note à l'ensemble du discours et à la façon dont l'orateur avait réussi à présenter son message.»

Entre cinq et dix ans pour se reconstruire

Cet apprentissage du démarchage débouche rapidement sur une obligation de pratique, une fois le principe bien assimilé.

«Les heures consacrées au porte-à-porte étaient contrôlées assez strictement. Les écrits de la Watchtower disent qu'il est libre à chacun de décider combien de temps il veut consacrer au démarchage, mais dans la réalité, les membres subissent tellement de pression de la part de leurs pairs, ils veulent tellement bien paraître, qu'ils ne se laissent plus vraiment le choix.»

Julie pointe du doigt les tensions qui sous-tendent l'organisation interne de la secte:

«Au début, un adepte peut se sentir animé d'un zèle profond à prêcher la bonne parole. Avec les années, l'épuisement sape peu à peu sa joie, sans qu'il s'en rende compte. S'il a des responsabilités, s'il doit montrer l'exemple et ne peut donc être fatigué sous peine de se voir taxer de refroidi, et bientôt d'apostat (personne qui a renié sa foi), il est le candidat idéal au burn-out.»

Il n'y a pas de pitié chez la Watchtower, même si le phénomène de dépression chronique au sein de ses membres a commencé à l'inquiéter et à la mobiliser dans les années 80. Un fléau qui continue de jouer un rôle majeur dans la vie des anciens membres, même après des années d'apostasie. Julie en sait quelque chose:

«Même en s'entourant le mieux possible, on estime qu'il faut entre cinq et dix ans pour se reconstruire après une expérience aussi traumatisante que celle vécue chez les témoins de Jéhovah.»

La foi, oui, mais aussi la peur du dernier jour

La détermination des fidèles ne vient pas exclusivement de leur foi intangible en Jéhovah. Le poids de la hiérarchie est aussi partout présent, et l'instillation minutieuse de la peur du jour dernier (Armageddon) permet à la Watchtower de garder le contrôle. Aurélien décrypte:

«Les “TJ” ont une doctrine selon laquelle ils doivent sauver les gens, en les recrutant pour leur éviter la mort lors de l'hypothétique fin du monde, que l'on connaît sous le nom d'Armageddon. Nous étions des personnes spéciales car nous étions les seules à détenir la Vérité, et notre devoir était de faire notre mieux pour transmettre cette vérité.»

Quand on en vient à aborder la question de l'efficacité du «prêche à domicile», les ex de la secte semblent peu convaincus. «Selon mon expérience, le porte-à-porte est globalement très peu efficace pour recruter de nouveaux membres», estime Aurélien. Qui en revient à sa conviction: «Ça sert à convaincre les témoins de Jéhovah eux-mêmes.»

Mais Julie fait remarquer une évolution progressive dans l'organisation du démarchage:

«Actuellement, on voit parfois entre un et cinq fidèles faire le piquet devant des présentoirs d'imprimés sur les lieux publics de passage: lisières de marchés, grandes places publiques…»

La généralisation des digicodes est peut-être à l'origine du changement de stratégie.

Maryne Cervero |Etudiante

Les témoins de Jéhovah ici, "en dehors du monde"   

http://www.paris-normandie.fr/ - 6 décembre 2010
[Texte intégral]
 

FOI. Même s’ils font du porte-à-porte, ils restent très discrets. Rencontre et décryptage de la vie de Témoins de Jéhovah haut-normands.

Ce sont eux qui le disent: «Nous sommes résolus à ne pas faire partie du monde.» (1) Ce matin glacial de novembre, Claude est pourtant bien là, en chair et en os, à se geler sur le marché de Pavilly, à 15 km au nord de Rouen, pour « apporter la bonne nouvelle». «Le porte-en-porte (sic), c’est un peu notre « marque de fabrique»; moi je préfère les marchés», confie le retraité, membre de la congrégation des Témoins de Jéhovah de Barentin-Pavilly. A la fois hors du monde et omniprésents, les fidèles sont 3.200 en Haute-Normandie, où « le moindre petit village du fin fond de la campagne reçoit notre visite», se félicite Claude, 64 ans.

"Ce n’est pas héréditaire"

Cet ancien cadre supérieur de l’industrie, originaire de la région parisienne, a pris sa retraite ici il y a quatre ans, pour se rapprocher de ses deux fils. Mariés, pères de famille, Témoins de Jéhovah. «Ils ont choisi par eux-mêmes, ce n’est pas héréditaire», affirme l’ex-enfant de chœur, converti au culte de Jéhovah depuis quarante ans, en même temps que son épouse Monique. «Elle allait au catéchisme, puis a commencé à examiner des publications. Elle m’en a parlé. S’il y a une vérité quelque part, j’ai pensé qu’elle était là.» Depuis lors, le couple vit au rythme prescrit par la doctrine. Une lecture de la Bible au réveil, et chaque jour, l’étude de Tour de Garde, le principal magazine d’enseignement biblique émis par le Collège central des Témoins de Jéhovah, basé à Brooklyn.

La prédication, à laquelle les adeptes consacrent plusieurs heures par semaine, «c’est plutôt une œuvre d’information sur le dessein de Dieu. L’idée, c’est: "Vous avez le droit d’être informés puisque personne n’en parle"». En l’occurrence, la «bonne nouvelle» désigne la venue du Royaume de Dieu, le paradis sur Terre (lire ci-dessous). La mauvaise nouvelle - qu'on trouve en fouillant dans les publications du mouvement -, c’est qu’après la fin du monde actuel, seuls les êtres qui ont la foi pourront y accéder. Les autres périront: «Dans peu de temps, Jésus va détruire tous ceux qui ressemblent à des chèvres («ceux qui auront rejeté le Royaume de Dieu»)» (2). D’où l’urgence et l’insistance des Témoins à avertir leurs semblables, quitte à se prendre des portes à longueur de journées. «On ne se lasse pas, affirme Claude.

Les adeptes ont certes mal digéré le rapport de 1995 qui les a classés parmi les sectes: «C’est ce qui nous a faits le plus de mal.» Maintenant, «dans l’ensemble on n’est pas mal reçus. Ce qui peut peser un peu, c’est l’indifférence des gens.» A Barentin, le maire Michel Bentot n’a qu’un mot pour désigner la communauté: «Discrétion. Je ne sais même pas où ils se réunissent.». A quelques pas pourtant de l’Hôtel-de-ville, à la «salle du Royaume» - une des trente existantes en Haute-Normandie -, deux fois par semaine au moins. Un samedi soir, on fait connaissance avec les 95 membres de la congrégation barentinoise. L’ambiance est particulièrement chaleureuse dans ces réunions, principalement consacrées à l'étude des articles de la Tour de Garde, sous forme de questions-réponses. Les enfants participent, les bébés assistent. Et ici pas de quête mais une « boîte à offrandes » qui assurerait « l’autofinancement » de la communauté. Officiellement, pas d’obligation de contribution financière des membres, ni d’ailleurs d’effectuer du porte-à-porte.

"Pas chrétiens du dimanche !"

Ce soir-là, Cyril, le fils aîné de Claude, prononce en préambule un discours sur le thème «comment faire face aux difficultés de la vie en s’inspirant de la parole de Jésus». Chef d’entreprise, 43 ans, ce père de trois enfants trouve une quinzaine d’heures par mois pour la prédication. «La Bible, c’est le premier livre que je lui ai lu quand il était bébé !», rigole sa mère. «Le but ultime, dit-il c’est un mode de vie. On est chrétiens en permanence, on n’est pas chrétiens du dimanche!» Les non-croyants sont-ils des suppôts de Satan complètement à côté de la plaque ? Cyril hésite. «Non… Globalement, on sent une bonne volonté naturelle chez l’être humain. Les nuisibles finalement, sont peu nombreux.» Dommage alors que Jésus ait prévu d’exterminer tout ce beau monde.

(1) Résolution adoptée à l’unanimité par tous les Témoins de Jéhovah du monde,aux assemblées de district 2006

(2) Source, site Internet officiel de la Watchtower Society

Sandrine Grosjean, pour Liberté Dimanche


Mille trois cents dans l’arrondissement du Havre

Présents depuis 1922 au Havre, les Témoins de Jéhovah représentent aujourd’hui une communauté très bien structurée. «Nous étions 14 en 1949», commente Patrick Deschamps, représentant de la communauté religieuse au Havre.

Organisés en circonscriptions au sein de chaque région, les Témoins de Jéhovah havrais font partie d’une entité locale appelée Normandie 2 qui inclut par ailleurs Fécamp et Lillebonne, soit un total de 1'300 personnes. Les Témoins disposent de locaux qui leur appartiennent. Au Havre par exemple, la principale Salle du Royaume est installée au numéro 9 de la rue du Père-Flavigny au sein du quartier de la Mare-Rouge.

«Nous avons réparti le territoire en cinq zones: Le Havre Océane, le centre, le pourtour de la forêt de Montgeon, Caucriauville et Montivilliers». Un découpage qui facilite le travail des Témoins qui prêchent les écrits bibliques, principalement en porte à porte. «Autrefois, nous tenions un stand sur les marchés havrais, mais cette démarche nous a été interdite, à nous mais aussi à d’autres groupements religieux». Ce qui n’est pas le cas au marché de Gonneville-la-Mallet où la communauté tient un stand hebdomadaire pour ses activités prosélytes.

«Entraînement à l’oral»

Devenir Témoin de Jéhovah signifie assister aux réunions bihebdomadaires, suivre une formation au sein de l’École pour être à son tour capable de convaincre de nouvelles personnes de rejoindre la congrégation. «Nous travaillons beaucoup sur le travail oral, l’assurance», précise Patrick Deschamps en montrant un pupitre qui sert à l’entraînement des élèves. Puis désignant une table ronde: «Nous nous habituons aussi à parler autour d’une table pour être à l’aise quand les gens nous font entrer chez eux». La communauté est gérée par un coordinateur d’un point de vue administratif et par un collège d’Anciens pour l’aspect spirituel: «Nous n’aimons pas parler de hiérarchie car nous essayons de fonctionner par roulement, que ce soit pour les interventions lors des réunions ou pour la formation à l’École», tient à préciser Patrick Deschamps. Pour l’heure, les Jéhovah havrais préparent une rénovation complète de leurs locaux.


A Louviers, au siège des fidèles de France

Le siège national des Témoins de Jéhovah est à l’image de la communauté. Discret, sans signe ostentatoire.

Au 2, rue Saint-Hildevert, à Louviers, le complexe administratif et d’hébergement de l’organisation chrétienne occupe tout un pâté de maisons. Trois cents personnes travaillent dans ces bâtiments protégés par des caméras de vidéosurveillance et un sas d’entrée armé de hautes grilles blanches. Le hall d’accueil ressemble au lobby d’un grand hôtel, n’étaient ces représentations bibliques kitsch accrochées aux murs. «Ce sont des éléments de décoration, pas des symboles liturgiques», précise Guy Canonici. Cet homme aussi courtois que mystérieux préside depuis 1998 la Fédération nationale, qui regroupe 1'143 associations locales et revendique 250'000 adeptes.

Au siège, explique le président, «on supervise l’œuvre des Témoins de Jéhovah de France et d’Outre-mer, on traduit nos publications, on rédige nos articles». Les mensuels édités par la société WatchTower (Tour de garde et Réveillez-vous), qui relaient la doctrine, affichent des tirages incroyables, plus de 38 millions d’exemplaires traduits dans toutes les langues!

"Des tensions très fortes"

Or depuis 1995 et le rapport parlementaire qui les classait parmi les sectes, les Témoins ne sont pas vraiment prophètes en leur pays qu’est la France. Pris pour cible par les pouvoirs publics, les fidèles ont dû apprendre à vivre avec la discrimination. «Cela a créé des tensions très fortes, des enfants ont été agressés à l’école, des salles du Royaume brûlées», assure Guy Canonici, qui dénonce l’«amalgame» et accuse sans les nommer «quelques députés, toujours les mêmes, qui depuis une quinzaine d’années attisent la polémique autour des religions et s’en servent de tremplin politique. Nous ne voulons pas entrer dans ces polémiques, ce n’est pas dans l’esprit chrétien.»

Ce leader sans âge («ça n’intéresse personne») a réponse à tout: chaque question appelle un verset de la Bible, qu’il ouvre et cite systématiquement. Quant aux questions qui fâchent, elles sont abordées avec fermeté. Le refus de la transfusion sanguine ? «Dans la Bible, le sang relève du sacré. On ne mange ni ne verse le sang

La désocialisation des enfants ? «Une enquête de la Sofres (de 1998, NDLR) montre que 94% des familles Témoins de Jéhovah scolarisent leurs enfants à l’école publique laïque, et 6 % dans les écoles privées sous contrat. Je connais plein de jeunes qui vont en classe de neige et de mer. Où est la désocialisation là-dedans ?»

Enfin, «il n’y a pas de tribunaux ni de justice parallèle», affirme le responsable, citant les affaires de pédophilie, «qui doivent faire l’objet de dénonciation aux autorités. Nous ne gardons pas en notre sein des gens qui violeraient la loi de Dieu.»

Que croire ? Un article de la Tour de Garde publié en 1995 suggère que dans le cas d’affaires anciennes, c’est plutôt la loi du silence qui doit prévaloir. La doctrine a peut-être changé. Il est vrai que la WatchTower, après avoir annoncé la fin des temps en 1925, puis en 1975, ne s’aventure plus à prédire l’avenir. «Jésus n’a pas donné la date ni l’heure», ironise Guy Canonici.

Sandrine Grosjean


"Des comportements qui posent problème"

Les Témoins de Jéhovah sont dans le collimateur de la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contres les dérives sectaires (Miviludes). Son secrétaire général, Hervé Machi, en explique les raisons.

Les Témoins de Jéhovah figuraient sur la fameuse «liste noire» des sectes dans un rapport parlementaire de 1995. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Hervé Machi: «Les pouvoirs publics ont considéré, depuis 2002 et la création de notre mission, que cette forme d’action contre les mouvements sectaires, stigmatisante, n’était pas appropriée. Depuis, on parle de dérives sectaires, qui désignent les atteintes à la liberté individuelle, aux droits fondamentaux de la personne, et les actes contraires à l’ordre public, aux lois et aux règlements. »

En quoi les Témoins de Jéhovah posent-ils problème ?

«On ne dit pas que c’est une secte, ni ne constatons de troubles à l’ordre public. Mais nous avons été saisis à plusieurs reprises, soit par d’anciens adeptes, soit par des proches de Témoins de Jéhovah, attestant de comportements ou d'affirmations doctrinales qui posent problème à trois niveaux: le refus de la transfusion sanguine, l’inclination à régler en interne des actes qui devraient relever des tribunaux, et tout ce qui tourne autour de la désocialisation des enfants.»

Avez-vous connaissance de décès liés au refus de transfusion sanguine ?

«A l’étranger oui. En France, depuis la loi du 4 mars 2002, lorsqu’un médecin estime que la survie d’un mineur dépend d'une transfusion sanguine, il doit passer outre le refus du mineur ou des titulaires de l’autorité parentale. Dans la mesure où il n’y a pas d’alternative, l’opposition des Témoins de Jéhovah à la transfusion sanguine pose un problème, que l’on souhaite traiter en toute transparence et avec humanité.»

Quels sont vos moyens d’action ?

«La Miviludes publie chaque année un rapport adressé au Premier ministre et édite des guides (1). La mission est chargée de favoriser la coordination des actions préventives et répressives des pouvoirs publics dans la lutte contre les dérives sectaires. Nous sommes un peu des agitateurs qui informent et alertent de sorte que chaque service public concerné exerce ses compétences.»

Les Témoins de Jéhovah sont abondamment cités dans le dernier rapport de la Miviludes, qui met l’accent sur l’exposition des mineurs au risque sectaire.

«Un rapport d’enquête parlementaire de 2006 estime entre 60'000 et 80'000 le nombre d’enfants élevés en France dans un contexte sectaire - dont 45'000 chez les Témoins de Jéhovah. La Miviludes, d’après les estimations fournies par le ministère de la Santé, émet l’hypothèse de 50'000 à 60'000 mineurs concernés au total. Une étude est en cours, que nous avons commandée à l’Observatoire national de l’enfance en danger.»

La France ne fait-elle pas un mauvais procès aux Témoins de Jéhovah, reconnus comme une religion dans d’autres pays européens comme aux Etats-Unis ?

«Cette question peut concerner tous les mouvements sectaires dans la mesure où il n’y a qu’une Miviludes en Europe et dans le monde ! Tout le jeu des organismes sectaires consiste à s’emparer et à porter en étendard les libertés religieuses assurées dans d’autres pays, comme les Etats-Unis, qui à notre sens ont tendance à fermer les yeux sur certaines questions. Nous sommes très clairs: l’article 1er de la Constitution dispose que la République est indivisible, laïque et respecte toutes les croyances. Nous les respectons, tant qu’elles ne génèrent pas d’actes contraires aux libertés fondamentales et aux libertés publiques.»

(1) Dernière parution, « La protection des mineurs contre les dérives sectaires », La documentation française, octobre 2010


Ce qu’en pense l’association de protection des victimes de sectes

Après la Scientologie, les Témoins de Jéhovah sont le mouvement le plus documenté sur le site Internet de l’Unadfi, l'association de protection des victimes des sectes (1). La présidente Catherine Picard estime que leur classement parmi les mouvements sectaires, en 1995, reste d’actualité. «Le contexte de vie (réunions obligatoires plusieurs fois par semaine, prosélytisme par le porte-à-porte dont ils doivent se justifier, la surveillance des «anciens» sur les actes de la vie courante…) est un contexte impropre à la réflexion personnelle, à l’expression de la critique. Il est en soit contexte d'emprise mentale.»

«Un mouvement très paradoxal»

L’ex-députée de l’Eure, rapporteur de la loi About-Picard de 2001 renforçant la prévention et la répression des mouve- ments sectaires, décrit «un mouvement très paradoxal, en apparence ouvert, composé de gens insérés, mais aussi très fermé, caractérisant le monde extérieur (c’est-à-dire le nôtre) comme diabolisé. Tout ce qui n’est pas Témoin de Jéhovah est infréquentable.» Les pouvoirs publics sont «particulièrement attentifs au sort réservé aux enfants, emmenés souvent très jeunes, sans leur consentement. Il est dès lors très difficile de se libérer de cette emprise, de récupérer son libre arbitre; aussi parce que le mode de vie des Témoins de Jéhovah implique que la personne qui veut en sortir est totalement coupée de toutes ses relations.»

(1) Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu

Ce qui fait leur différence

Qui sont-ils ? Les Témoins de Jéhovah forment un mouvement chrétien millénariste fondé en 1873 aux Etats-Unis. Ils revendiquent plus de 7,3 millions de membres et sympathisants dans 236 pays, dont 250.000 en France, où 1'143 associations locales ont le statut d’associations cultuelles.

Croyances. Les adeptes croient en un Dieu unique, adoré sous le nom de Jéhovah (transcription phonique des Ecritures hébraïques originales). Leur dogme est fondé sur la Bible, dont ils éditent leur propre version: Les Saintes Ecritures, Traduction du monde nouveau. Les fidèles annoncent l’avènement du Royaume (gouvernement) de Dieu sur Terre, soit un paradis terrestre débarrassé des méchants, des guerres, des crimes et des violences. C’est lors de la bataille d'Armageddon que Jésus détruira tous les gouvernements existants et tous ceux qui refuseront de se soumettre à son autorité, puis régnera pendant 1000 ans sur une planète restaurée et parfaite. L’époque des «derniers jours» aurait débuté en 1914 et la fin du monde actuel, dominé par Satan, serait imminente.

Apolitiques. Les Témoins prônent la neutralité chrétienne, seul le Règne de Dieu étant reconnu comme issue pour l'humanité.

Vie sacrée. Les Témoins s’abstiennent du tabac et des drogues et modèrent leur consommation l’alcool.

Transfusion sanguine. La transfusion du sang d’un tiers est exclue, au motif qu’«introduire du sang dans son corps par voie buccale ou par voie intraveineuse, c’est transgresser les lois divines». Les adeptes préconisent des solutions alternatives, comme l’autotransfusion, pratique toutefois inenvisageable dans les cas d’urgence.

Noël et Pâques. Pas d’agapes ni de cadeau à ces occasions, considérées comme des fêtes païennes. Si la Bible ne précise pas la date de naissance de Jésus, ce ne pouvait être un 25 décembre, affirment les Témoins, qui la situent autour du 1er octobre.

Anniversaires. Ils ne sont pas célébrés, au motif que les premiers chrétiens, dont les Témoins de Jéhovah s’estiment les héritiers, ne souhaitaient pas les anniversaires de naissance.

 

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