«Approche
psycho-neuro-physio-génético-éducative de la foi»
Résumé de
la conférence de Michel THYS le 24 février 2006
Après avoir
expliqué les motivations de sa conférence, le conférencier, s’appuyant sur les
observations d'un psychologue religieux, constate qu’en l’absence d’éducation
religieuse, la foi n’apparaît pas. Il observe d’ailleurs que tous les
scientifiques et intellectuels qui, à des degrés divers, sont restés croyants ou déistes ont reçu une
telle éducation. D’où l’hypothèse qu’elle laisserait des traces dans le cerveau
«émotionnel» pouvant altérer l’esprit critique ultérieur en matière
de religion, et qu’elle constituerait donc une malhonnêteté intellectuelle,
fût-elle inconsciente, de la part des
parents et éducateurs croyants.
Il est à noter d’ailleurs que les hallucinogènes, les phénomènes de mort
imminente, la méditation, et les crises d’épilepsie siégeant dans cette partie
du cerveau n’ont une connotation religieuse que s’il existe un passé religieux.
Le
conférencier a dénoncé par ailleurs le manque d’objectivité scientifique de la
plupart des neurophysiolo- gistes dont les expérimentations, tronquées en
l’absence de sujets athées, visent à conforter leur propre croyance.
Il s’est
aussi inquiété des recherches visant à manipuler les cerveaux à distance par de
puissants champs magnétiques.
Il a enfin
déploré l’attitude de certains
journalistes scientifiques dont les articles constituent un plaidoyer démagogique
en faveur de la foi et de son origine soi-disant exclusivement génétique.
«Approche psycho-neuro-physio-génético-éducative de la foi»
Conférence de Michel THYS
24 février 2006, dans un cercle de libres penseurs,
1180 Bruxelles
Aborder
un sujet aussi vaste, sans trop dépasser la demie-heure,
est à la fois téméraire et simplificateur. D'autant
plus que je ne suis ni psychologue, ni médecin, ni généticien,
ni enseignant, pas plus que biolo- giste, sociologue
ou anthropologue, ni quoi que ce soit qui me donnerait
la moindre compétence en la matière. D’ailleurs, si
j’avais été l’un de ces spécialistes, je m’en serais
sans doute abstenu. Je ne suis qu'un modeste observateur
candide qui va tenter de résumer ce qu’il pense avoir
compris et qui serait heureux de susciter commentaires,
points de vue différents et critiques. Rares sont d’ailleurs
les spécia- listes qui se hasardent à s’engager dans
un domaine aussi complexe et aussi délicat, aux confins
des sciences exactes et des sciences cognitives, et
donc à la limite de l’objectif et du subjectif. De plus,
les religions continuent à bénéficier d’un tabou, d’un
préjugé de respectabilité. On invoque encore le blasphè-
me ou le sacrilège. Parler des religions et a fortiori
les critiquer est jugé intolérant.
La
tolérance consiste pourtant à respecter les personnes,
mais pas nécessairement leurs idées, toujours susceptibles
d’être critiquées, sans heurter bien sûr ceux qui les
soutiennent. Mais, au fil du temps, toutes les religions,
bien qu’à des degrés divers, commencent à être perçues
comme plus nocives que bénéfiques, à tous points de
vue: individuel, collectif et historique. Ce qui n’enlève
évidemment rien au droit de croire en Dieu, l’idéal
étant que chacun ait la possibilité de choisir effectivement,
aussi librement que possible, de croire ou de ne pas
croire.
Et,
à cet égard, il est heureux que l’éternel problème de
savoir qui fut le premier, la poule ou l’œuf, commence
à évoluer: la question n’est plus de savoir si c’est
Dieu qui a créé le cerveau, ou si c’est le cerveau qui
a créé Dieu, mais d’abord: pourquoi pense-t-on l’un
plutôt que l’autre ?
Depuis
plus de 40 ans, je cherche à comprendre pourquoi d’éminents scientifiques ou intellectuels, anciens ou
contemporains, pourtant au courant d’alternatives non
aliénantes, sont restés croyants ou déistes, en tous
cas à des degrés divers. Alors que l’agnosticisme est
l’attitude la plus cohérente pour un scientifique.
Serait-ce
parce que l’intelligence et l’intellect sont parfois
subjugués par l’affectif, dès qu’il est question de
religion ?
Quoi
qu’il en soit, il est pour le moins gênant, et cela
peut paraître intolérant, de mettre en doute le libre
arbitre de qui que ce soit, même si ce n’est que dans
le domaine de la foi.
Rappelons-nous
quand même que la liberté individuelle, sans être une
illusion, comme le pensait Henri LABORIT, est grevée
par de multiples facteurs, que l’on soit croyant ou
incroyant.
En
1966, je suis donc allé rendre visite, à l’ULB, au professeur
de psychologie Paul OSTERRIETH, qui était protestant
et, tout de go, je lui ai demandé si l’éducation religieuse
précoce, forcément affective puisque fondée sur l’exemple
et la confiance envers les parents, ne laisserait pas
des «traces» neuroniques dans le cerveau «affectif»,
et dans d’autres régions corticales, dont je me doutais
qu’elles étaient concernées, traces qui pourraient alors
perturber, à des degrés divers, le sens critique ultérieur,
du moins dès qu’il est question de religion.
J’ai
aussi écrit en 1969 au neurophysiologiste catholique
Paul CHAUCHARD, ainsi qu’ au neuropsychiatre juif Henri
BARUK pour leur poser les mêmes questions.
Leurs
trois réponses furent sibyllines, mitigées et donc décevantes.
Mais
j’ai heureusement approché depuis de nombreux scientifiques
libres penseurs qui, eux, avaient le souci de la probité
et en particulier de l’honnêteté intellectuelle et qui
avaient entendu parler, entre autres, de Claude
BERNARD et de Karl
POPPER.
Bien
que scientifiquement profane, je me permettrai donc,
le cas échéant, de dénoncer notamment le manque parfois
flagrant d’objectivité scientifique de certains neurophysiologistes
croyants, surtout améri- cains et canadiens, et aussi
de déplorer les distorsions que certains journalistes
scientifiques font parfois subir à l’information.
Louis
PASTEUR disait: «Quand j’entre dans mon laboratoire,
je laisse mes convictions au vestiaire». C’était méritoire
à l’époque pour le croyant qu’il était. De fait, il
aurait dit aussi: «Un peu de science éloigne de Dieu;
beaucoup en rapproche».
«Il
ne faut pas s’imaginer, écrit l’anthropologue Victor
STOCKOFSKI, que les scientifiques, même les plus éminents,
échappent à l’irrationnel, une fois franchies les portes
de leur laboratoire». Fin de citation.
Même
Albert EINSTEIN, qui condamnait le dogmatisme et les
religions, ne pouvait concevoir que le hasard fût à
l’origine de l’univers («Dieu ne joue pas aux dés»,
disait-il) ou encore: «Le sentiment religieux cosmique
est le motif le plus puissant et le plus noble de la
recherche scientifique».
Je
suis bien conscient que la foi, comme tout phénomène
humain, est d’une telle complexité que toute tentative
de la comprendre, ne fût-ce que très partiellement et
aussi brièvement, est forcément réductrice et simplificatrice,
pour
ne pas dire symbolique.
A
fortiori lorsqu’on aborde successivement ses différents
aspects, alors qu’en fait, ils sont intiment liés et
qu’ils agissent
conjointement. Comme l’ont bien montré par ailleurs
Edgar MORIN et Henri LABORIT, des disciplines jadis
juxtaposées
se décloisonnent enfin, se complémentent et s’enrichissent
mutuellement.
Pour
clore cette introduction, est-il besoin de préciser
que je ne ferai ici qu’émettre des hypothèses de travail,
et que je ne cherche évidemment pas à convaincre, ni
à prouver quoi que ce soit, ce qui ne m'empêchera
pas de vous soumettre quelques idées personnelles.
Abordons
l’APPROCHE PSYCHOLOGIQUE de la foi
Le
LAROUSSE définit la foi comme «le fait de croire en
Dieu, en des vérités religieuses révélées». Le petit
ROBERT
ajoute: «en un dogme, par une adhésion profonde de
l’esprit ET du cœur». C’est un bon point de départ,
car toute la question sera de se demander dans quelle
proportion.
Je
n’évoquerai pas toutes les formes de croyances qui ont
existé depuis la nuit des temps selon les cultures.
Disons seulement que les premiers témoignages d’une
forme de croyance sont fournis par les sépultures
et les rites funéraires, l’art, les parures, etc… qui
apparaissent vers 100.000 ans avant l’ère chrétienne.
C’est sans doute en observant les grands cycles de la
nature et en particulier la course du soleil
et de la lune que les hommes ont bâti leurs mythes fondamentaux.
Ainsi la grotte de Lascaux est-elle devenue
une grotte sacrée parce que la lumière du soleil solsticial
d’été y pénétrait chaque année.
Mais
les premières divinités n’apparaissent que bien
plus tard, vers moins 10.000, au Proche-Orient. Il
fallait sans doute que le cerveau des primates
hominidés se soit complexifié, qu’il ait compensé, par
une lente
adaptation, ou par une mutation, la faiblesse corporelle
du corps humain et qu’il soit devenu capable,
par ce mécanisme de défense, d’imaginer des dieux protecteurs
anthropomorphiques pour tenter d’apaiser
leur colère par des sacrifices ou de gagner leurs faveurs.
En
simplifiant à outrance par un bond de plusieurs millénaires,
disons que, de nos jours, l’animisme, le chamanisme,
le polythéisme, le panthéisme sont devenus exceptionnels,
au profit de la croyance en un dieu
personnel, ce monothéisme devenant hélas la source de
toutes les intolérances.
On
estime qu’il y a 85 % de croyants dans le monde, dont
35 % de chrétiens, 20 % de musulmans, et seulement
1 % de juifs. Il n’y a donc que 15 % de sans religions,
essentiellement dans les pays européens.
Sans
minimiser, tant s’en faut, l’influence des philosophes,
depuis les Grecs notamment, dans l'appréhen- sion des
inquiétudes
existentielles et dans l’évolution des mentalités, il
m’apparaît quand même que les sciences cognitives, qui
sont les filles de la philosophie, apportent un éclairage
complémentaire et fonda- mental. Notamment
les neurosciences.
Un
sociologue attribuera sans doute la croyance généralisée
hors de l’Europe au fait que les croyants pratiquants
(les
chrétiens, surtout américains, les juifs et les
musulmans) baignent du matin au soir, et sans alternative,
dans leur
religion et ne mettent donc pas en doute, ne fût-ce
qu’un instant, l’existence d'un dieu créateur et omnipotent
auquel
ils trouvent normal de se soumettre.
Par
contre, dans les démocraties modernes, les religions
ont perdu leur emprise sur la vie morale des individus
et, l’individualisme
aidant, on s’affranchit de plus en plus, le cas échéant,
de son éducation religieuse.
Les
lieux de culte se vident, chacun préférant, comme l’a
bien montré la sociologue Danielle HERVIEU- LEGER, se
concocter
un amalgame de croyances pouvant inclure la superstition
et l’astrologie, à moins de se faire harponner par
les sectes, expertes en
récupération, prosélytisme, abus de faiblesse, conditionnement,
manipulation mentale et escroquerie morale.
Mais
comment répondre à mon éternelle question: pourquoi
d’éminents scientifiques et intellectuels, tels qu'EINSTEN,
TEILHARD DE CHARDIN, Alexis CARREL, Carl JUNG, Paul
CLAUDEL, Albert JACQUARD, Françoise DOLTO, Christian
de DUVE et quantité d’autres, sont-ils restés
croyants ou déistes, même si ce fut avec d'importantes
nuances,
critiques ou rationalisations ?
En
fait, leur biographie est révélatrice: je constate
qu’ils ont TOUS reçu une éducation religieuse, ou alors
subi des influences
judéo-chrétiennes ultérieures, ou enfin, mais c’est
théorique et rarissime, parce qu’ils auraient réagi
a contrario
à une éducation laïque trop exclusive. Quoi qu’il en
soit, la corrélation me paraît flagrante.
Hélas,
les facteurs éducatifs et culturels qui sont à mon avis
à l’origine de la foi sont à peine envisagés par les
chercheurs,
et sont aussitôt occultés au profit de facteurs neurophysiologiques
ou génétiques.
Vous
devinez pourquoi: ils sont presque tous croyants ou
déistes, surtout outre-atlantique, et ils ont donc eux-mêmes
reçu une éducation religieuse… Citons une exception
célèbre: Sigmund FREUD qui, lui, s’en est affranchi
et pour qui la religion était une névrose obsessionnelle
collective.
A
mes yeux, la toute puissance de l’éducation religieuse
a été notamment démontrée - paradoxalement – par l’ouvrage
«Psychologie Religieuse» paru en 1966 du R. P. Antoine
VERGOTE, professeur à l’Université Catholique de Louvain.
Il
y explique les motivations psychologiques de la foi
et l’influence du milieu familial et culturel. Il
reconnaît, quasi explicitement, qu’en l’absence d’éducation
religieuse, la foi n’apparaît pas, ce que tous les parents
incroyants savent depuis toujours. Ainsi il écrit:
«La disponibilité religieuse de l’enfant ne prend forme
qu’à la condition d’être précocement éduquée.» (…)
«Les gestes et le langage religieux des parents (..),
la célébration des fêtes religieuses marquent de façon
INDELEBILE
les souvenirs d’enfance de nombreux adultes et déterminent
leurs sentiments d’appartenance religieuse».
J’y
reviendrai à propos de l’approche éducative.
Et
bien entendu, le Révérend VERGOTE ne suggère pas
que Dieu pourrait n’«exister», que par l’aptitude
du cerveau
humain, seul capable de langage et de créativité, à
imaginer par anthropomorphisme ce dieu «Père protecteur,
agrandi et substitutif , authentique, Présence Opérante
du Tout-Autre» etc …
Merci
quand même, Rév. Père, d’avoir accéléré l’évolution
du croyant (protestant) que j’étais jusqu’à 21 ans vers
l’athéisme,
il y a 46 ans !
Passons
à l’ APPROCHE NEUROLOGIQUE de la foi:
Pendant
longtemps, pour des raisons religieuses, on a entretenu
le dualisme de DESCARTES, la séparation entre le corps
et l’esprit, estimant que les sentiments n’avaient rien
à voir avec la biologie. Le
neurologue Antonio DAMASIO, dans ses livres «L’erreur
de Descartes» et «Spinoza avait raison» a eu le mérite
de
montrer que ce philosophe hollandais avait pressenti
certaines découvertes de la neurophysiologie moderne.
1.
/ C’est dans les années 70 que l’étude du cerveau a
connu son essor, avec notamment en 1977, le psychologue
Julian
JAYNES qui avança la théorie de l’ «esprit bicaméral». Il estimait qu’à l’origine, les deux hémisphères
cérébraux
fonctionnaient de concert, aucun des deux ne dominant
l’autre, comme c’est le cas aujourd’hui pour l’hémisphère
gauche.
2.
/Par la suite, on a estimé que, statistiquement
et avec des variations individuelles, l’hémisphère gauche,
dit scientifique,
est analytique, verbal et temporel, tandis que l’hémisphère
droit, dit artistique, est synthé- tique, émotionnel,
non verbal et spatial, et cela sous l’influence directe
des hormones (testostérone, oestrogènes, etc …), dès
les premières semaines de la vie intra-utérine.
3.
/Il est peut-être utile de rappeler brièvement
la théorie du triple cerveau du neurologue Paul
Mac LEAN. On peut
même dire que ce n’est plus une théorie mais un fait.
Tout comme est un fait la théorie de l'évo- lution d’ailleurs.
Je vais bien sûr simplifier à l’extrême.
Le
cerveau humain est constitué de trois fonctions évolutives
bien différentes anatomiquement et psychologiquement: le cerveau reptilien, le cerveau mammalien ou limbique
et le cerveau humain ou néo-cortex.
Le
cerveau reptilien, le plus ancien dans l’évolution et
le plus profond, est le siège des fonctions vitales
et des comportements
stéréotypés, comme la fuite. Il est le lieu de la routine,
des rituels, des cérémonies,…
Le
cerveau mammalien ou limbique s’y est superposé et est
le siège des émotions, mais aussi, selon Mac LEAN, des
certitudes
quant aux révélations et aux croyances. La foi, à la
base de toutes les idéologies, se situe à ce niveau.
Il
est relié à l’hypothalamus, au tronc cérébral et aux
cortex. Il permet l’adaptation au milieu social par
l’empathie, l’intégration
à un groupe, les convictions et croyances, l’amour…
Mais il est imperméable à toute logique.
Enfin
est apparu le cerveau humain ou néocortex, dont dépend
l’esprit rationnel, etc… Le
néocortex est conscient de ses automatismes et de ses
pulsions et il peut les gérer par sa fonction imaginaire.
Il
représente la conscience, la capacité symbolique, et
le langage, base de la pensée abstraite.
4./Depuis
quelques années, des neurologues, surtout américains
et canadiens, explorent les soubassements neurobiologiques
de ce qu’ils ont appelé les «expériences religieuses,
spirituelles et mystiques».
Bien
des découvertes ont été faites lors et à la suite de
traumatismes crâniens, d’opérations ou de maladies mais
actuellement,
on utilise notamment trois techniques:
- l’ IRM, imagerie par résonance magnétique, où
on polarise par un électroaimant les
atomes d’hydrogène du cerveau,
- l’IRM fonctionnelle, qui mesure l’augmentation d’oxygène
dans le cerveau
lorsque les neurones deviennent très actifs.
- et la tomographie par une caméra à émission
de positons qui détecte l’accroissement de radioactivité
autour des neurones
lorsque
la vasodilatation provoque une augmentation du débit
sanguin. Des religieuses ont servi de cobayes.
Il
est clair que la plupart de ces chercheurs, espéraient,
consciemment ou inconsciemment, conforter leur propre
croyance,
par
la découverte de l’antenne, du récepteur que Dieu aurait
placé dans leur cerveau, sans se rendre compte de leur
a priori déterministe et finaliste, ni qu’ils escamotaient
allègrement tout ce qui n’allait pas dans le sens
de leur thèse
!
Où
ont-ils cherché ce récepteur ?
Puisque
le sentiment religieux relève de l’affectivité, (même
si tous les scientifiques croyants voudraient
bien l’attribuer
tout autant à l’intelligence, fierté oblige), c’est
essentiellement du côté du «cerveau émo- tionnel», donc
du
système limbique, à la base du cerveau antérieur et
sous les lobes temporaux, qu’ils ont commencé
à chercher cette
antenne dans les années 80.
Ce
système limbique comprend les amygdales, les hippocampes,
mais aussi plusieurs régions corticales, comme le cortex
préfrontal, le cingulum, le septum et certaines zones
de l’hypothalamus.
L’HIPPOCAMPE
est important, de notre point de vue, car il reçoit
notamment les messages sensoriels (visuels, auditifs,
olfactifs, gustatifs et tactiles).
Ce
n’est évidemment pas un hasard si, depuis
toujours dans les lieux de culte, nos cinq sens sont
solli- cités: immensité
des cathédrales, décorum, dorures, œuvres d’art; grandes
orgues (ou chants rythmés); encens; vin de messe
ou hostie; attouchement sur le front ou génuflexion.
No comment…
Ce
qui va suivre me paraît fondamental parce que cela pourrait
expliquer le mécanisme neurologique de l'apparition
de
la foi et de sa persistance: c’est que l’hippocampe
va mémoriser ces messages sensoriels. Mais nous verrons
que
des neurotransmetteurs interviennent également.
Le
neurophysiologiste français Patrick JEAN-BAPTISTE, auteur
de «La Biologie de Dieu» nous explique que «suivant la
fréquence des informations, l’activité électrique de
ces neurones
change de façon durable. C'est, dit-il, la seule trace
physique connue laissée par le processus d’apprentissage.
Contrairement
à d'autres, ajoute-t-il, ce complexe fonctionnel qu’est
l’hippocampe est totalement dépourvu du moindre
mécanisme modulateur. Aucun neurone inhibiteur, ce qui
explique pourquoi les crises d’épilepsie y débu- tent
si
souvent.».
Or
les hippocampes sont anatomiquement en contact direct
avec les AMYGDALES (pas celles de la gorge, bien entendu).
Celles-ci sont très richement connectées au cortex frontal
et au cortex préfrontal: elles sont en quelque sorte
l’articulation de l’esprit avec le corps, telle
que l’envisageaient les philosophes, même si cet esprit,
pour les neurologues
matérialistes, n’est qu’un état particulier de la matière.
Autre
découverte importante: chez l’enfant, les circuits
de l’amygdale deviennent matures AVANT les circuits
de l’hippocampe.
La
mémoire émotive implicite , notamment religieuse, pourrait
alors s’implanter sans qu’aucun souvenir explicite lui
soit
associé.
Avec
le temps, écrit le neurophysiologiste JEAN-BAPTISTE, «l’information finira d’ailleurs par s’imprimer
à l'intérieur du
cortex cérébral, probablement sous forme de nouvelles
connexions neuronales». C’est ce qu'on appelle la plasticité
synaptique.
Voilà
qui expliquerait peut-être la persistance du sentiment
religieux et
la phrase d’Henri LABORIT: «Je suis effrayé, dit-il,
par les automatismes qu’il est possible de créer,
à son insu, dans
le système nerveux d’un enfant. Il lui faudra, dans
sa vie d’adulte, une chance exceptionnelle pour s’en
détacher,
s’il y parvient jamais. (…) Vous n’êtes pas libre du
milieu où vous êtes né, de tous les automatismes qu’on
a
introduits dans votre cerveau, et finalement, c’est
une illusion, la liberté».
5.
/Deux sortes d’altérations cérébrales ont été
étudiées comme pouvant être à l’origine de certaines
manifestations
religieuses:
l’EPILEPSIE et l’ EXPERIENCE DE MORT IMMINENTE.
Lorsqu’une
crise d’ EPILEPSIE se produit à la base du cerveau,
en particulier dans le lobe temporal et les structures
sous-jacentes
comme
le système limbique, les symptômes sont d’ordre émotionnels: une extase intense, ou un profond désespoir, ou
des terreurs extrêmes, la sensation d’une présence divine
et de communiquer directement avec Dieu.
Suprême
récompense divine si l’on peut dire: il arrive
que des femmes aient des orgasmes pendant ces crises.
Espérons
que c’est vrai aussi pour ces malheureuses religieuses
!
Ceci
dit, on ignore pourquoi les hommes qui ont des crises
d’épilepsie localisées à ces endroits ne sont pas sujets
à des
orgasmes. Peut-être parce que les femmes sont psycho-physiologiquement
beaucoup plus compliquées que les hommes.
Mais
l’épilepsie ne rend pas religieux: il faut que préexiste
une attente d’ordre religieux, comme ce fut le cas pour
Saint
Paul, Moïse, Mahomet, Bouddha, Dostoïevski, Jeanne d’Arc,
Bernadette Soubirous, et consorts. SAVER et RABIN
l’avaient bien compris en
1997: «Le teinte religieuse d’une crise dépend
du contexte culturel du malade.»
Et
savez-vous pourquoi les femmes sont globalement plus
croyantes que les hommes ? C’est parce que leur cerveau
présenterait
plusieurs différences: surtout dans le système
limbique, à l’intérieur des amygdales, peut-être en
raison
de l’imprégnation hormonale durant la vie fœtale. Chez
les femmes, le corps calleux qui réunit les deux hémisphères,
y est plus épais de 18 % (il y passe plus de fibres
nerveuses que chez les hommes).
D’où
peut-être notamment une plus grande affectivité, un
besoin constant d’être rassurées, et donc aussi par
Dieu…
Je
viens de recevoir, avant sa publication par la Fondation
protestante canadienne TEMPLETON qui l’a financée (100.000
dollars en deux ans sur les 40 millions qu’ils distribuent
par an !), les conclusions de l'étude menée sur
des
religieuses carmélites par le neurophysiologiste canadien
Mario BEAUREGARD, avec qui je suis en correspondance.
Il a utilisé trois techniques: l’imagerie par résonance
magnétique, la tomographie par émission de positons,
et l’électroencéphalographie.
Après
la précaution oratoire pro forma selon laquelle «la
réalité objective de Dieu ne peut être ni confirmée
ni infirmée
par les neurosciences», il cite d’abord la conclusion
de SAVER et RABIN qui écrivaient: «L’un des
postulats
de base des neurosciences spirituelles est qu’ il existe
des mécanismes neurobiologiques rendant possibles les
expériences religieuses, spirituelles et mystiques»,
et que «la démonstration de ces mécanismes peut renforcer
la
foi en Dieu, dans la mesure où ils suggèrent qu’un
pouvoir supérieur a donné aux êtres humains la capacité
de communiquer
avec le monde spirituel».
On
y subodore ce que pensent ces chercheurs intellectuellement
matérialistes mais qui restent manifes- tement influencés
par leur foi…
Mario
BEAUREGARD, également croyant, regrette l’idéologie
matérialiste de certains chercheurs, tels que feu Francis
CRICK. C’est le co-découvreur de la structure en double
hélice de l’ADN, et un des seuls athées que j’aie trouvé.
Pour
CRICK, les facultés mentales supérieures, la conscience,
le libre arbitre sont générés par des proces- sus cérébraux
de nature électrique et chimique.
Francis
CRICK «est allé jusqu’à affirmer, écrit Mario BEAUREGARD,
que la croyance en l’existence de Dieu pourrait être
due à des molécules mutantes dans le cerveau, qu’il
a moqueusement baptisées «théoto- xines».
On perçoit
bien
la désapprobation. Et
ça continue: « Dans la même veine, dit-il, le neuropsychologue
Michael PERSINGER affirme haut et fort que la
croyance
religieuse est un virus cognitif.
«Pour Persinger, poursuit Beauregard, les expériences
religieuses, spirituelles et mystiques sont des hallu-
cinations
résultant
de fluctuations électriques anormales, ou micro-crises,
dans le lobe temporal. Cette hypothèse s’appuie sur
l’observation que certains individus souffrant d’épilepsie
du lobe temporal ressen- tent une déréalisation,
une aura
extatique ainsi qu’une altération de la perception du
temps et de l’espace.»
Mario
BEAUREGARD mentionne aussi une expérience du neurologue
croyant RAMACHANDRAN, l’auteur du «Fantôme Intérieur», qui a comparé un groupe d’ individus
soufrant d’épilepsie du lobe temporal à un groupe d’individus
religieux
et qui a conclu qu’ «il existe un module cérébral
de Dieu localisé dans le lobe temporal et sous-tendant
la croyance
au religieux et au spirituel». BEAUREGARD le conteste,
mais pas, comme je l’aurais apprécié, en invoquant que
l’échantillon étudié aurait dû comporter des athées.
Il
est vrai que c’est une espèce rarissime outre-atlantique…
SAVER
et RABIN, en 1997, contestaient déjà ce genre de localisations
simplistes. Ils
écrivaient en effet: «Il n’existe aucune structure
propre au discours religieux dans l’hémisphère gauche,
à sa teneur
prosodique ou émotionnelle dans l’hémisphère droit,
ou aux discussions scolastiques ou talmudiques dans
le lobe
frontal» . Et ils ajoutaient: «Le substrat neural
de la prépondérance d’une pensée ou d’un affect est
donc l'ensemble
du cerveau.
Et
de fait, mais c’est moi qui vais tenter de résumer:
ce sont les interconnexions entre les deux hémis- phères,
et celles
entre le cortex et les zones sous-jacentes du cerveau
affectif, c’est-à-dire le système limbique dont l’hypothalamus
qui commande le système hormonal etc, ce sont ces interconnexions
qui sont responsables de l’équilibre
fonctionnel du cerveau. Son fonctionnement, dont on
ne cesse pas de découvrir la complexité, est en effet
la résultante d’influences multiples: psychologiques,
neuro-physiologiques, hormonales, génétiques, éducatives,
etc…, et qui sont en équilibre instable.
Passons
à l’APPROCHE NEURO-PHYSIOLOGIQUE de la foi:
Toute
expérience religieuse procure un sentiment de satisfaction,
qui va de la béatitude au plaisir mitigé fait de peur
et de fascination. Sans plaisir, pas de religion.
La
DOPAMINE est un des principaux neurotransmetteurs du
cerveau, ainsi que notamment la sérotonine, l'ocytocine,
l’histamine
et la noradrénaline qui sont produites dans le cerveau
moyen ou mésencéphale et dont le rôle est de modifier
l’activité générale du cerveau antérieur, cortex et
régions profondes.
La
dopamine nous intéresse car c’est le neurotransmetteur
de la récompense, du contentement, du plaisir. C’est
pourquoi
les promesses sont si souvent crues, même celle du paradis.
Les
pratiquants du yoga tantrique l’avaient compris: la
sanctification de l’acte sexuel pour atteindre une plénitude
de
l’énergie vitale, supposent bien sûr une activation
mésolimbique. Mais là, je sors du sujet.
Revenons-y: il paraît qu’un peu de sucre suffit à augmenter la
sécrétion de dopamine.
L’usage
débridé des couleurs dans les églises et temples bouddhiques
résulteraient de cette tendance naturelle de chaque
être humain à apprécier le sucre ou la couleur d’un
fruit…
Il
en va de même pour les formes géométriques utilisées
comme symboles religieux (et maçonniques).
La
consonance en musique en est un autre exemple: 4 %
des auditeurs d’un morceau de musique ressen- tent un
transport
extatique: rappelez-vous la conversion de Paul CLAUDEL,
ancien croyant, en entendant le Magnificat.
Je
voudrais à présent dire quelques mots à propos de la
méditation, des états mystiques, du nirvana, des transes
chamaniques,
des rituels et de l’expérience de la mort imminente.
D’AQUILI
et NEWBERG ont étudié l’action de la MEDITATION sur
le cerveau. La déconnexion des aires cérébrales se fait
soit en fixant un objet brillant (c’est une sorte d’auto-hypnose),
soit en ne pensant à rien. La
méditation est un exercice de pensée et ce sont d’abord
les régions du cortex qui travaillent, mais le fonctionnement
cérébral se modifie jusqu’à l’hypothalamus et le tronc
cérébral, siège des fonctions végétatives, en passant
évidemment par la case limbique, le siège des émotions.
L’état
de transcendance ne serait alors qu’un effet collatéral
de la méditation, un épiphénomène, en somme.
Ce
qui pour moi est révélateur, c’est que la méditation
n’est pas nécessairement associée à la religion: pour
qu’elle le
soit, il faut s’attendre à un Au-delà, donc avoir baigné
dans un milieu culturel religieux, mais cela, aucun
neurophysiologiste
croyant ou déiste ne le reconnaît…
Dans
les ETATS MYSTIQUES, les valeurs contraires comme le
bien et le mal, la justice et l’injustice, sont abolies.
Toutes
les choses tendent
vers une unité indifférenciée et panthéiste: Dieu est
en chacun de nous et tout l’univers est Dieu. Et, on
s’en
doute, un athée ne deviendra jamais mystique, sauf peut-être
par opportunisme, à l’approche
de la mort, conformément au pari de PASCAL.
Le
NIRVANA des bouddhistes, lui, est atteint lorsque la
méditation entraîne la déconnexion, on dit aussi la
dé-afférentation,
des deux systèmes nerveux végétatifs para et orthosympathiques.
La
perte d’orientation due à la déconnexion des lobes pariétaux
droits et gauches donne un sensation d'espace infini,
d’une dissolution totale de la séparation entre le monde
et soi, une impression de vide et de grand calme.
La
TRANSE CHAMANIQUE des indiens de Haute Amazonie est
un état de conscience qui résulterait d’une modification
du taux de sérotonine dans le cerveau. Ils fabriquent
une décoction contenant plusieurs alcaloïdes, qui provoque
non pas des hallucinations mais qui exacerbe un sentiment
divin, évidemment préexistant.
Quant
au RITUEL, action répétitive stéréotypée, c’est
le comportement anti-stress le plus fréquent. Tout rituel
apporte
un certain apaisement, qui diminue le stress, l’angoisse
et le taux de glucocorticoïdes.
La
religion regorge de rites à la limite de la compulsion,
depuis les conduites superstitieuses jusqu’aux prières
et signes
de croix.
On
a même montré que la fréquence des TOC était supérieure
à la normale chez les catholiques pratiquants. Ils vivraient
même plus vieux.
Afin
de déterminer si les expériences religieuses vécues
par des religieuses sont le fruit de processus imaginaires
ou hallucinatoires,
ou bien s’ils ont une réalité objective, Mario BEAUREGARD
a étudié le phénomène de l’ EXPERIENCE DE
MORT IMMINENTE.
Cette
expérience survient lorsque la personne sait ou entend
qu’elle va mourir. Elle s’accompagne d'halluci- nations
visuelles
et auditives, mais parfois aussi de visions affreuses
de l’enfer. Le
sujet a limpression de se détacher de son corps, il
a un sentiment d’intemporalité, d’harmonie et
d’unité avec l’univers,
et de voir un point lumineux au bout d’un tunnel etc
..
BEAUREGARD
semble convaincu par certains cas vécus que «les expériences
religieuses, spirituelles et mystiques peuvent
survenir même lorsque le cerveau ne fonctionne plus» et donc lorsque l’EEG est plat. Si
tel est bien le cas, écrit-il, alors nous pouvons affirmer
que chez des individus neurologiquement et psychologiquement
sains, ces expériences sont corrélées à des modifications
neurologiques et neurochi- miques, mais qu’elles
ne sont PAS le produit de processus hallucinatoires
générés par le cerveau.
Il
ne l’écrit évidemment pas, mais cela semble sous-entendre
pour lui la réalité objective de Dieu.
Patrick
JEAN-BAPTISTE au contraire, estime que les expériences
de mort imminente, tout comme l'épilepsie, dépendent
du contexte culturel, ce qui suggère une fois encore
l’importance de l’éducation religieuse et du contexte
culturel, mais lui non plus ne le précise pas.
Quelles
sont les implications morales de la neurophysiologie
?
Toute
science, d’abord fondamentale, finit par dépasser le
stade de la compréhension des phénomènes pour passer
à
celui de l’application. Il était donc prévisible que
des neurophysiologistes croyants, prosé- lytes et néopositivistes,
cherchent
à faire en sorte que la science se substitue à la religion,
ou au moins la conforte, par des moyens techniques.
Non
plus par telle ou telle substance psychotrope, le LSD
par exemple, mais par une intervention extérieure sur
le cerveau,
et cela depuis que PENFIELD leur en a donné l’idée en
appliquant des électrodes sur le cortex lors d’interventions
chirurgicales.
Plutôt
que des gaz ou des sons appropriés, on utilise la «stimulation magnétique transcrânienne» : elle se base
sur le
fait que le tissu nerveux est, chez l’homme comme chez
les oiseaux migrateurs par exemple, sensible au magnétisme.
C’est
à première vue surprenant puisque les tissus biologiques
ne sont pas métalliques et qu’un champ magnétique ne
devrait pas y induire un courant électrique. Mais
on a découvert en 1992 que chaque gramme de cerveau humain
contient 5 millions de cristaux de magnétite, un oxyde
de fer magnétisé, et qu'il y en aurait jusqu’à
100 millions par gramme dans les méninges. Les perturbations
magnétiques
modifie- raient donc la réactivité de la membrane
du neurone, un peu comme le champ magnétique induit
par un cours d’eau souterrain active sans doute les
neurones du cortex moteur d’un sourcier, (lequel n’est
pas
nécessairement un charlatan), ce qui provoque une légère
contraction de ses muscles, amplifiée par sa baguette.
Le
premier stimulateur magnétique transcrânien a été réalisé
par le Canadien Michael PERSINGER qui a mis au
point son
casque OCTOPUS, parce que constitué de 8 électroaimants
placés perpendiculairement au-dessus des huit lobes
cérébraux.
Cela
me fait penser à Edgar P. JACOBS, dans la Marque Jaune,
lorsque le professeur Septimus, avec son télé-encéphalographe,
téléguidait Olrik vers Blake et Mortimer. Inquiétante
anticipation de ce qui pourrait un jour devenir
une réalité.
Selon
Michael PERSINGER, le contrôle à distance de chaque
cerveau humain serait réalisable dans un proche avenir,
lorsqu’on
aura mis au point de puissants émetteurs.
Certains
neurophysiologistes cherchent déjà à agir à plus grande
distance que PERSINGER sur les cerveaux. D’abord à
des fins militaires et commerciales évidemment, mais
aussi pour renforcer la foi par telle fréquen- ce, ou
même, tant qu’à
faire, pour rendre un athée croyant, par telle
autre fréquence !
A
ce sujet, un article de Mario BEAUREGARD m’a fait bondir: «Une fois que nous aurons découvert les diverses corrélations
neurobiologiques de l’union mystique, et, par conséquent,
de la transformation spirituelle, on peut imaginer que,
dans un avenir proche, nous aurons assez de connaissances
pour pouvoir favoriser la transformation spirituelle
des individus, en combinant la métacognition et la stimu-
lation
interne et externe du cerveau».
Je
lui ai écrit pour m’indigner d’un tel manque de respect
de l’éthique. Il m’a évidemment répondu que telle n’était
pas
son intention…
Quant
à Patrick JEAN-BAPTISTE, il est très difficile de découvrir
ce qu’il pense vraiment: ce neurophysio- logiste de formation,
actuellement journaliste à «Sciences et Avenir» exprime-t-il
une opinion générale ou bien la sienne lorsqu’il
pousse l’agnosticisme scientifique jusqu’au scepticisme
radical: il estime par exemple que l’évolution ne serait
pas un fait sous prétexte qu’on n’a pas pu en vérifier
la théorie. Et pour cause ! «Comme cette théorie va
à l’encontre
de nos attentes immédiates, elle est contre-intuitive
et ne peut donc qu’être fausse», écrit-il. !
Et
voici sa conclusion: «Les observations des neuro-physiologistes peuvent
apparaître comme un plaidoyer positiviste, une inquisition
anti-divine
ou même un
évangile de l’athéisme définitif». Notez
qu’il n’a rien compris à l’athéisme, qu’il juge froid
et inhumain. Il poursuit: «Montrer que les voix entendues
par
les prophètes ne sont qu’hallucinations auditives, résultats
d’une activité anormale dans le lobe temporal gauche,
que le Nirvana n’est qu’une conséquence de la déafférentation
d’une région du lobe pariétal droit, ou que Dieu
n’est qu’une illusion affective de l’intellect – un
trompe-l’œil de la pensée humaine – sont autant d’arguments
en faveur
d’un monde profané au sens où toute sacralité rejoindrait
les limbes du cerveau, comme un aberration neuropsychologique».
Cependant,
«il n’en est rien», dit-il: «Les neurophysiologistes gardent tous plus ou moins
conscience du sacré et de la nécessité pour l’être humain
de ne
pas complètement se couper de ses croyances en un Au-delà
plutôt bénéfique, en tout cas ancestral». J’en conclus
que Patrick JEAN-BAPTISTE est au moins déiste.
Et
enfin, mieux vaut en rire, voici ce que pense le neuropsychiatre
Rhawn JOSEPH, croyant néo-gnostique, de tendance
raélienne (voir secte
de Raël) qui pense que nous avons été créés par des
généticiens extraterrestres: il prétend même le prouver
parce qu’à ses yeux, tenez-vous bien, les géoglyphes
dans les champs mésopotamiens ont la forme de deux
serpents qui s’enroulent (le caducée des médecins),
et forment un symbole qui ressemble à la double
hélice de
l’ADN !!!
Tordant,
n’est-ce pas ?: c’est le cas de le dire !
Venons-en
à l’APPROCHE GENETIQUE de la foi:
Steven
PINKER, dans son livre «The Blank Slate», (La table
rase) écrit: «La neurologie moderne nous apprend
que
la conduite sociale, les conceptions philosophiques
et religieuses, la préférence sexuelle, le sentiment
d’honnêteté,
même le choix d’un style de musique, sont définis par
les circonvolutions nerveuses et la répartition de la
matière grise dans les différents domaines du cortex». Je suis désolé, mais il semble ignorer le rôle du
système limbique,
celui des neurotransmetteurs etc …
Steve
PINKER démontre de façon «irréfutable que la construction
héréditaire est primordiale dans le fonc- tionnement de
l’esprit humain». Désolé, mais en sciences, surtout
humaines, rien n’est jamais démontré de façon irréfutable.
Il
continue: «On a ainsi déjà identifié le gène qui fait
qu’un être possède ou non le senti- ment religieux». Ou
encore: «Comme être humain, nous possédons une logique
qui sépare le bien du mal».
Désolé, mais pour moi,
ce
n’est pas une logique, c’est la conscience morale. Et
elle n’est pas inscrite dans nos gènes ! A mes yeux,
loin d’apparaître spontanément, la conscience morale,
le sens
des valeurs, le respect de l’autre, etc… ne s’acquièrent
que par une éducation «humanisante», fondée essentiellement
sur l’exemple, sur des expériences affectives, vécues
par empathie, parfois a contrario, sur l’autonomie,
l’esprit critique et sur la responsabilité individuelle.
Pourquoi
diable faut-il donc toujours que tout soit noir ou blanc
?
Ce
n’est pas parce que science et religion sont contradictoires
que deux thèses différentes sont nécessai- rement inconciliables:
elles peuvent être complémentaires: l’inné et l’acquis
coexistent, me semble-t-il, même si les proportions
sont variables !
Certains
journalistes scientifiques ne sont pas en reste. Vous
avez peut-être lu le magazine SCIENCE ET VIE d’août
2005, intitulé «Pourquoi Dieu ne disparaîtra jamais». C’est
un plaidoyer inacceptable, j’allais dire démagogique,
en faveur de la croyance. Les sous-titres sont
révélateurs:
«Notre
cerveau est programmé pour croire. Une molécule de la
foi aurait été identifiée. La foi, remède miracle
contre
l’anxiété. L'irrésis- tible ascension de Dieu depuis les
origines. La peur de la mort existera toujours. Dieu
ne peut
donc pas disparaître» ! Et,
bien sûr, «le sentiment religieux aurait aussi une base
génétique». J’apprécie quand même le conditionnel.
Le
comble, c’est Dean HAMER, celui qui pensait avoir trouvé
en 1993 un soi-disant gène de l’homosexualité, et qui
a
prétendu ensuite avoir trouvé le gène de Dieu, le gène
VM AT2, mais il a dû reconnaître qu’il y en a sans doute
bien
d’autres… On se croirait revenu à l’époque de la découverte
des diastases (on dit à présent enzymes), lorsqu’on
aurait bien expliqué le fonctionnement d’une horloge
en inventant une «horlo-gease» !
Personnellement,
il me semble probable que, par complexifications successives,
et/ou par mutation, la psychophysiologie
de notre cerveau se soit adaptée génétiquement au cours
de l'évolution, de manière à mettre en place
un mécanisme de défense hédoniste, imaginaire et illusoire,
dénommé notamment Dieu.
A
mes yeux, notre cerveau hérite seulement de potentialités,
de virtualités, certes inégales, et qui seront plus
ou moins
actualisées, par l’éducation, l’esprit critique et les
expériences personnelles, face au milieu ambiant.
Reste
donc à aborder l’approche EDUCATIVE de la foi :
J’ai
émis l’hypothèse que l’éducation religieuse précoce
pourrait laisser des traces neuroniques non seule- ment
dans le
système limbique mais aussi dans les lobes temporaux
et frontaux. Se
pourrait-il dès lors que ces traces d’éducation religieuses
puissent hypothéquer, plus qu’on ne le pense bien qu’à
des
degrés divers, l’acquisition ultérieure de l’esprit
critique, de la liberté de pensée, et du libre choix
ultérieur des convictions
?
Aucune
étude n’a encore été réalisée à ce sujet mais, en toute
logique, et toutes religions confondues, si l'hypothèse
d’une «imprégnation affective» s’avérait fondée, l’éducation
religieuse, du moins à mes yeux, pourrait constituer
dans le chef des parents et des éducateurs religieux,
bien que sincères et de toute bonne foi jusqu’à preuve
du contraire, une malhonnêteté intellectuelle et morale
inconsciente… Ne leur en déplaise.
On
pourrait m’objecter que, très légitimement, croyants
comme incroyants, nous influençons tous nos enfants.
Sans
doute, mais, à mon avis, chez les parents croyants,
c’est de manière plus affective et plus profonde, puisqu’ils
s’engagent
en témoignant physiquement de leur foi et de leurs certitudes.
Les
parents incroyants, eux, témoignent de leurs doutes.
Les
deux styles d’éducation ne sont pas comparables: il n’est pas du tout équivalent d’affirmer l’existence
d’une «puissance supérieure» qui a toutes les chances d’être
rapidement perçue comme imaginaire et illusoire, ou
de s’en
abstenir.
La
justification habituelle: «Ils choisiront plus tard» me paraît dès lors une solution de facilité pour le
moins contestable.
Au
contraire, l’optique éducative laïque qui consiste à
ne pas susciter ni à amplifier de faux problèmes métaphysiques,
mais à répondre au fur et à mesure aux interrogations
des enfants, permet de développer leur esprit
critique à tous points de vues et de faire apparaître
chez eux une force intérieure leur permet- tant de supporter
sereinement les incertitudes par une confiance raisonnable
en la science.
Alors,
l’inconnu (ce qui n’est pas encore compris actuellement),
n’est plus attribué à un dieu, et la foi n'apparaît
pas.
Les adultes qu’ils deviendront pourront effectivement
et librement décider s’ils restent laïques ou si une
forme de
croyance, découverte consciemment, répond mieux à leurs
attentes.
Je
rêve notamment d’un débat télévisé qui tenterait de
faire découvrir aux parents croyants leur respon- sabilité
morale…
D’autant
plus que ce sont les mêmes parents, dont 10% seulement
fréquentent encore les églises, qui mettent leurs
enfants dans l’enseignement «libre», estimant sans doute
que le niveau socio- culturel y est supérieur à celui
de
l’enseignement officiel, non élitiste lui, puisqu’ouvert
à tous.
Je
rêve aussi de voir le jour où nos deux réseaux d’enseignements
fusionneront en un réseau unique, mixte et pluraliste,
et où il n’y aurait même plus de cours de religion,
ceux-ci se donnant dans les lieux de culte. La religion
est
en effet une affaire privée dont la place est
dans les lieux de culte et pas dans les espace publics.
Par
contre, ce qui devrait être instauré pour tous, c’est
un «cours» entre guillemets d’humanisme englo-
bant en
priorité
TOUS les aspects des relations humaines et de la vie
en commun, à tous points de vue ?
En
bref, apprendre à penser, à être libre, ouvert aux autres
et au monde.
- Michel
THYS
- 23
février 2006.
-
Bibliographie
Références
bibliographiques de Michel Thys
Mes
hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique
et éducative de la foi, ainsi que sa fréquente persistance
neuronale sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment:
Antoine
VERGOTE, chanoine: «Psychologie religieuse»,
du, Ed. Dessart 1966. (ancien professeur à l'Université
catholique de Louvain.1966)
Vassilis
SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT D: «Religion
et développement humain» - 2001.
Patrick
JEAN-BAPTISTE: «La biologie de dieu» - Agnès
Viénot 2003.
Jean-Didier
VINCENT: «Voyage extraordinaire au centre du cerveau»
- Odile Jacob 2007.
V.S.
RAMACHANDRAN: «Le fantôme intérieur» - Odile
Jacob 2002.
Jean-Pierre
CHANGEUX: «L’homme neuronal» - 1993, «L’homme
de vérité» - 1994
Pascal
BOYER: «Et l’homme créa les dieux».
Antonio
DAMASIO: «L’erreur de Descartes» 2001 et «Spinoza
avait raison».
Henri
LABORIT: «Une vie» 1996 «Derniers entretiens»
Mario
BEAUREGARD: «Du cerveau à Dieu» «The spiritual
brain»
Michaël
PERSINGER: «On the possibility of directly accessing
every human brain by electromagnetic induction of fundamental
algorythms».- 1995.
Paul
d. Mac LEAN: «Les trois cerveaux de l’homme»
- 1990.
Joseph
LEDOUX: «Emotion, mémoire et cerveau» - 1994.
John
SAVER & John RABIN: «The neural substrates of
religion experience» - 1997.
Francis
CRICK: «Une vie à découvrir»
Via
internet: «Le cerveau à tous les niveaux»
Etc…
Michel
Thys
Source:http://michel.thys.over-blog.org/
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