Officiellement, quelques éléments (autrement dit,
pas tout) du référentiel pourront être consultés sur place et sur
demande. Qui pourra faire une telle demande ? « Les professionnels de la
justice, les associations, les mouvements eux-mêmes, les pouvoirs publics, les
ministères et les élus locaux (…). Des particuliers également peuvent déjà nous
consulter.» nous dit Georges Fenech dans Libération,
le 3 août dernier.
Autrement dit: le nouveau référentiel, c'est
comme l'ancien système, mais... en exactement pareil.
Première question. Pour 10 000 $, pouvez-vous
me dire: qu'est-ce que les personnes ayant consulté
les dossiers pourront faire de ces informations ?
M.
Fenech nous explique
que cela pourra servir par exemple à une administration ou une collectivité
locale pour accorder ou refuser une location de salle ou un agrément
d'assistante maternelle.
Le
problème – que l'administration française aurait dû comprendre depuis des
lustres –, c'est que la personne flouée sur la base de ces informations va
pouvoir fonder une procédure devant le tribunal administratif. Mieux: elle
obtiendra gain de cause.
Vu
par le prisme de la Miviludes, les membres de sectes ressemblent toujours
davantage à ces personnes que l'administration américaine met sur une no-fly list
: trop
coupables pour qu'on les autorise à monter dans un avion de ligne, mais trop
innocentes pour qu'on les arrête...
Car
si les faits reprochés à la personne ou au groupe sont illégaux, que la
Miviludes saisisse la justice. Sinon, les dossiers de la Mission ne seront
jamais qu'une collection de déclarations éparses de victimes, témoins divers,
administrations: autant d'éléments sans valeur probante devant un tribunal.
Pour s'en
convaincre, il suffit de lire un exemple de signalement que la Miviludes
elle-même rend public dans son rapport annuel. On se délectera ainsi de celui
consacré à un adepte de l'iboga, publié dans le rapport pour 2006,
http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Miviludes_2006.pdf
,
p. 292 s. Si c'est à cela que ressemble tous les dossiers du référentiel
«dérives sectaires», on ne va pas aller bien loin...
De
fait, force est de constater qu'aucune affaire judiciaire n'a abouti grâce à des
informations de la Miviludes. À tel point que son président est obligé de
mouiller sa chemise et de salir ses chaussures pour obtenir un
résultat. Ainsi, dans son rapport
2008
, la Miviludes s'enorgueillit de l'auto-dissolution de l'association
Amour et miséri-
corde, survenue sous la pression médiatique que le
président de la Mission a suscitée en se rendant sur place (p. 172-173). Je vous
rassure tout de suite, Amour et miséricorde s'est reconstituée sous un
autre nom...
Rien
de neuf sous le soleil.
2 – Plus ça change, moins ça
change
Faut-il s'étonner que la mission
interministérielle ressemble encore et toujours au serpent qui se mord la queue
?
Certainement pas. La Miviludes a pris le relais de
la MILS, elle-même créée en 1998. Depuis cette date, aucune
véritable stratégie n'a été établie. Il est vrai que la Mission, placée
directement sous les auspices du Premier Ministre, est extrêmement sensible à la
coloration du gouvernement en matière de sectes. De fait, même l'actuel
président de la mission, M. Georges Fenech, ancien juge d'instruction et ancien
député, a aujourd'hui perdu sa liberté de parole.
Ainsi, alors qu'il préside la commission
parlementaire sur les enfants dans les sectes, il rédige en 2006 un rapport
dans
lequel il utilise le vocable «sectes». Mais devenu président de la Miviludes,
et à ce titre haut fonctionnaire, il fait sien le leitmotiv du gouvernement en
la matière et déclare : « Nous ne voulons pas simplement passer en revue
tout ce qui peut s'apparenter à une secte en France. Nous ne nous intéressons
qu'aux (…) mouvements à dérive sectaire.»
Attention : la question à 20 000 $ arrive...
C'est quoi une
dérive sectaire ?
Pas plus que ces prédécesseurs, Georges Fenech ne
la définit. Cette figure de style permet au gouvernement de se débarrasser de la
patate chaude : Depuis Raffarin (2003), il n'y a plus de sectes en France, il
n'y a que des mouvements à dérive sectaire. On a bien avancé, là !
Bref, en arrivant rue de Bellechasse, Fenech doit
se soumettre ou se démettre. Finalement, il choisit la première option et fait
sien le concept inepte de la dérive sectaire. Pas de définition donc, mais juste
« un faisceau d'indices : des exigences financières exorbitantes, des
démêlés avec la justice, (…) une rupture familiale » (Libération,
3 août 2009
).
Ce faisant, il reprend là, mot pour mot,
quelques-uns des dix critères de la secte, énoncés dans le rapport parlementaire
de 1996. Devant cet emprunt flagrant, on peut tirer deux conclusions :
1 – Fenech le reconnaît implicitement:
mouvement à dérive sectaire = secte. Mais le politiquement
correct s'impose désormais à lui et il n'est plus libre d'appeler un chat un
chat
2 – Georges Fenech, le Monsieur « Dérive
sectaire » en France est, lui aussi, tombé dans le panneau des fameux
dix critères. En effet, ces indicateurs – dégagés à l'origine
par la Direction centrale des renseignements généraux (DCRG) – ne visaient pas à
déterminer si tel mouvement était ou non une secte. Il s'agissait au contraire
de dix critères permettant d'établir la dangerosité d'un
mouvement que la DCRG considérait déjà comme une secte. Cette
erreur de Georges Fenech est symptomatique de l'abîme de non réflexion dans
laquelle la Miviludes l'a aujourd'hui plongé.
Pris en étau entre le n'importe quoi et
le pourvu que ça mousse, Georges Fenech se retrouve contraint d'aligner
les contradictions :
Une secte – qui se définit comme une
organisation qui croit autrement – a le droit d'exister si elle ne commet pas
d'abus (…). Nous n'avons pas
vocation de surveiller les mouvements sectaires mais de signaler des dérives
sectaires.
Libération,
3 août 2009
Oh la jolie figure de rhétorique ! Autrement dit,
un mouvement a le droit d'être sectaire, mais il n'a pas le droit de dériver
vers le sectaire... Ri-di-cu-le !
Or, en 2006, dans son rapport
susmentionné sur les enfants dans les sectes, le même Georges
Fenech, alors député, déclarait (p. 202) :
Les notions de «dérive sectaire» ou de «fait sectaire» sont très ambiguës. Que désignent donc ces termes ? (…) N’arrive t-on pas alors à
l’affirmation que le simple fait d’être une secte serait une dérive
?
Dans
le même ordre d'idées, il est assez pathétique de voir M. Fenech prendre
aujourd'hui la défense de Nicolas Sarkozy dans un dossier où l'actuel Président
de la République (alors ministre des finances et du budget) s'est fait manipuler
en beauté par l'Église de scientologie : lorsqu'il a reçu Tom Cruise en grandes
pompes dans son bureau à Bercy, en août 2004.
Ainsi,
dans Le Républicain
Lorrain
du 2 juin 2009
, le journaliste lui demande :« Nicolas Sarkozy n'a-t-il
pas brouillé les cartes en recevant Tom Cruise ? » Et Fenech de répondre
:
Il
faut évacuer ce fantasme de la rencontre entre Tom Cruise et Nicolas Sarkozy
alors ministre du Budget (…) Si Tom Cruise souhaite venir à la
Miviludes, je le recevrai sans souci. (…) Ni moi ni Nicolas Sarkozy ne
sommes soupçonnables de prosélytisme.
En bon
politicien, Fenech ne répond pas à la question. On ne lui demande pas si Sarkozy
est prosectaire. On veut simplement savoir si cette rencontre n'a pas envoyé à
l'opinion des signaux contradictoires. Car oui, c'est évident que Sarkozy a
ainsi brouillé les cartes. Mais Fenech se garde bien de dire que Sarkozy s'est
fait manipuler.
Pourquoi
Tom Cruise, VIP n°1 de la Scientologie demande-t-il audience au ministre des
finances de l'époque ? Pour parler de la sortie en France de son dernier film ?
Non :
-
En tant que célébrité, statut
particulier en scientologie, il a le devoir d'user de son influence pour faire
accepter la scientologie comme une religion respectable (voire sur ce point, ma thèse de doctorat, pp.
310-312).
-
Juste
avant d'arriver à Bercy, Nicolas Sarkozy avait occupé l'Hôtel de la place
Beauvau, en tant que ministre de l'intérieur. À ce titre il était également
ministre des cultes.
Qui
mieux qu'un ancien (et futur) ministre des cultes devenu ministre des finances
pourrait octroyer à l'Église de Scientologie une exonération fiscale ? Mais ça,
Georges Fenech préfère le balayer sous le tapis.
Autre signe de l'asservissement du président de la
Mission aux services de l'Hôtel Matignon: en mai dernier, il lâche qu'avec son
futur référentiel, « il s'agit d'élaborer une liste des mouvements
sectaires.» (Le
Figaro, 19 mai 2009
). Mais, en août, il se reprend : « Il n'a jamais été
question de dresser une liste des sectes. » (Libération
3 août 2009
).
On comprend qu'avec l'oeil de Moscou... pardon, de
Matignon constamment rivé dans son dos, la Mission n'a jamais eu les coudées
franches pour tenter de dépasser le clivage anti-sectes / pro-sectes. Elle
demeure un organisme très consensuel qui n'existe que pour la publication de son
rapport annuel, époque à laquelle elle se rappelle au bon vouloir de la
presse.
Entre un gouvernement qui se fout des sectes comme
de l'An 40 (mais continue d'en causer parce que c'est vendeur) et des agents de
l'État ignorants en la matière, la Miviludes s'avère incapable de prendre des
mesures effectives. Elle n'en finit pas, rapport après rapport, de faire des
recommandations dont 99 % demeurent lettre morte.
Bref, rien ne
change rue de Bellechasse. À commencer par le contenu du rapport annuel qui nous
sert la même salade administrativement bien rodée. J'en veux pour preuve que,
par 3 fois (2004, 2007, 2008), le rapport annuel de la Mission a mis
l'accent sur les dangers du satanisme en France. Et par 3 fois,
j'ai pouffé de rire en lisant les pages inénarrables qui tentent de nous en
convaincre. Ce chapitre récurrent dit à la ménagère de moins de 70 ans: «
Mais oui, ma brave dame. Satan est parmi nous. Yz'ont dit dans le
poste.» Le rapport de la Miviludes, prochaine publication des éditions TF1
?
La pensée unique miviludienne trouve en fait sa
source en la matière dans un document publié en 2004 sur le site Internet de la
Mission : un document de synthèse de 4 pages intitulé Satanisme
et dérive sectaire - Quels sont les risques, comment les prévenir ?
,
bourré de clichés et d'erreurs grossières, ressassant des informations de 40 ans
et ignorant des concepts fondamentaux. Ce document séminal en dit long sur
l'état des dossiers de la Miviludes. Signalements laconiques, témoignages
hautement subjectifs, copies de pages Web, racontars en tout genre,...
Pourtant en 2006, la Miviludes avait publié Le
satanisme: un risque de dérive sectaire, (http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/guide_satanisme_derive_sectaire.pdf
),
un document incommensurablement plus juste en la matière mais auquel elle ne se
réfère pas. À croire que la Miviludes ne sait même pas se relire...
Toutefois Fenech est catégorique : la Miviludes
est l'avenir de la lutte anti-mouvemements à dérive sectaire.
3 – Miviludes über
alles
Ainsi, dans son rapport
2008, la Miviludes explique que, de 2004 à 2008, la mission avait recueilli
un nombre important de témoignages concordants contre une gourelle du groupe
Amour et Miséricorde. Selon le rapport : «Seule la Miviludes était
en mesure de collecter et de centraliser ces éléments disparates» (p.171).
On croit rêver ! Et la DCRG, à quoi elle servait ?
On va me rétorquer que les flics de la DCRG ne
pouvaient pas avoir connaissance de tous les faits sectaires dont les
fonctionnaires de l'État étaient dépositaires. Ah oui... Sauf que c'était
précisément leur boulot de récupérer cette information, de l'évaluer, de la
valider auprès d'autres contacts, avant de la transmettre pour analyse au sein
de la Direction centrale, au ministère de l'intérieur, place Beauvau. Jusqu'à sa
fusion avec la DST en 2008, la DCRG était l'expéditeur de 95 % des informations
fiables en la matière que détenait la Miviludes.
Mais la DCRG, c'est la Gestapo, comme chacun sait.
On est donc prié de se méfier de ce service que tous les ministres de
l'intérieur successifs ont déclarés honnir lors de leur prise fonction, mais se
sont bien gardés de supprimer une fois en place...
Georges Fenech continue sur la lancée de ses
prédécesseurs : le renseignement en matière de sectes... pardon, de dérive sectaire,
n'importe qui peut en faire. À commencer par le fonctionnaire lambda,
gratte-papier au fin fond d'un bureau de la DDASS de Guéret.
Finis les agents des renseignements collectant les
informations au niveau national. Fut un temps, la DCRG avait même été écartée
des instances de la Miviludes. Tout un symbole. Bref, au lieu de s'appuyer sur
les spécialistes au sein des services de renseignement, la Miviludes cherche à
augmenter significativement le nombre de fonction- naires généralistes toutes
administrations confondues, en espérant qu'ils seront ainsi davantage
susceptibles de lui faire remonter une information.
C'est vouloir faire du quantitatif au détriment du
qualitatif. Cette démarche est tout simplement vouée à l'échec. L'exemple le plus flagrant est celui des
Cellules départementales de vigilance (CDV). Lancées en 1999, elles étaient
censées constituer un maillage territorial imparable. Un organisme
inter-administrations, placé sous les auspices du préfet qui allait prendre dans
ses rêts locaux les gourous de tout poil.
Dans son rapport 2005, la Miviludes est confiante
dans l'avenir du concept. Mais il est pourtant plus que l'heure du bilan. 6 ans
après avoir été lancées, les CDV s'avèrent un fiasco: en 2005, sur 96 CDV, 63
ne se sont pas réunies une seule fois ! (Miviludes, Rapport 2005, p. 140, http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_Miviludes_2005-2.pdf
).
Ah ! elle va être belle, la collecte d'informations à la DDASS de Guéret...
Cette multiplication des voies de transit de
l'information pose deux problèmes.
-
Elle est mise en place pour assurer que
l'information brute ne se perdra pas dans les méandres de l'adminis-
tration
locale et remontera jusqu'à l'administration centrale. Mais généralement, les
administrations dans lesquelles ce genre d'information ne remontent pas sont les
administrations non policières, précisément parce qu'elles ne sont pas formatées
ni même faites pour ça.
-
Elle engendre un taux élevé d'informations
faussement validées car non discriminées. Un exemple pour
illustrer mon ésotérique propos :
Ex.: la DDASS de Guéret transmet une information à
la DRASS de Limoges, qui la transmet à son ministère de tutelle, qui la transmet
à la Miviludes. Cette information correspond en tous points à une information
reçue de la Sous-direction de l'information générale (SDIG – en quelque sorte la
nouvelle appellation des RG en province) de Guéret. Donc, dans l'esprit de ces
détectives du dimanche, l'information est vérifiée. Elle est fiable. Et zou,
dans le référentiel ! Sauf que le fonctionnaire de la SDIG a obtenu
l'information d'un de ses contacts à la DDASS ! Il s'agit donc là d'une seule et
même information, non corroborée.
De ces fonctionnaires ordinaires, la Miviludes
veut faire des agents de renseignement, sans qu'ils en aient la fibre, l'envie,
ni même la formation. Alors qu'ils devraient demeurer de simples contacts au
sein des réseaux de véritables agents chargés de la collecte au sein des
services de renseignement compétents: DCRI, SDIG et Direction du Renseignement
de la Préfecture de Police (DR-PP
).
Maintenant, on peut toujours se dire que c'est la
Miviludes qui va réaliser ce travail de recoupement et d'analyse des
informations brutes, afin de séparer le bon grain (les vraies informations) de
l'ivraie (les racontars). Malheureu- sement, au vu de la composition de la
Miviludes, on est bien loin du compte.
4 - Une composition
totalement inadaptée
Georges Fenech était, sur le papier, le gars le plus
compétent que l'on aurait jamais pu espérer voir à la tête de la Mission.
Magistrat, on lui doit d'avoir mener à bien (malgré les nombreux obstacles)
l'instruction préparatoire du procès de l'Église de scientologie de Lyon. Mais,
on l'a vu, M. Fenech en est aujourd'hui réduit au rang de haut fonctionnaire aux
ordres de Matignon dont les seules simili-enquêtes se font devant
les caméras de télévision. L'exemple d'Amour et
Miséricorde en 2008 est représentatif. Mais déjà en 2006, M. Fenech - alors
président de la commission parlementaire sur les sectes - avait inauguré
la technique
en se rendant, devant les caméras de télévision, dans la
communauté de Tabitha's Place.
Le président de la mission est épaulé par un
secrétaire général. L'actuelle titulaire du poste est une certaine Amélie
Cladière (en fait, son nom importe peu : dans un an, elle aura quitté la
Miviludes pour choper son galon de conseillère dans une cour d'appel). Elle est
également magistrate et ancienne juge d'instruction. Mais, là encore, ce
background ne lui est d'aucune utilité: elle est aujourd'hui rendue
VRP de luxe, en vadrouille un peu partout en Europe voire dans le monde pour
dire: « La France est à la pointe de la lutte contre les dérives sectaires.
We are the champions, my friends.»
De fait, la personnalité du secrétaire général
importe peu, pourvu qu'il ait la couleur politique du moment. Ainsi, Gilles
Bottine, ancien commissaire de police devenu magistrat, fut secrétaire général
de la Miviludes de 2002 à 2005. Les réunions de travail que j'ai eues avec lui
étaient proprement confondantes. Voilà quelqu'un qui ne comprenait rien à rien,
mais qui était persuadé d'avoir toujours raison. Je me souviens d'une séance au
cours de laquelle j'ai essayé – en vain – de lui expliquer ce que c'était qu'un
exercice illégal de la médecine. Je ne suis certes pas un grand spécialiste de
cette infraction, mais je lui ai quand même consacré une bonne partie de ma
thèse. Le bonhomme Bottine n'a jamais voulu comprendre ... Et c'était cet
individu qui représentait la lutte antisectes française à l'étranger...
La direction bicéphale de la Miviludes est censée
nous pondre une stratégie. Pour l'aider dans cette tâche, elle peut compter sur
deux organes:
Il s'agit là d'une bande de joyeux hauts
fonctionnaires issus de divers ministères concernés par les dérives sectaires.
Dans leur grande majorité, ces agents de l'État siègent au conseil une fois par
an histoire de rajouter une ligne sur leur CV. Mais la plupart d'entre eux sont
aussi compétents en matière de sectes que je le suis en physique quantique. Et
encore ...
-
Le comité exécutif de pilotage
opérationnel (arrêtez de rire, dans le fond...)
il s'agit là d'un regroupement de fonctionnaires
de terrain issus de divers ministères. Certains d'entre eux connais-
sent
bien le fait sectaire. Ils sont d'ailleurs en place depuis
plusieurs années et constituent clairement la colonne vertébrale de la
Miviludes. Les autres, en revanche, font vraiment tapisserie... Par exemple, il
va falloir m'expliquer ce que le "chargé
de mission pour la sécurisation du patrimoine à la direction de l'architecture
et du patrimoine au ministère de la culture et de la communication"
fiche dans ce comité ! Certes, ledit fonctionnaire est l'ancien agent de liaison
de la Miviludes avec le ministère de l'intérieur. Mais pour quelle raison
obscure est-il toujours, 6 ans après son départ, membre de ce
comité ?
Je ne résiste pas au plaisir de vous narrer une
anecdote qui prouve combien la plupart des fonctionnaires de terrain du comité
planent en fait à 30 000 pieds en matière de sectes. Ainsi, fin 2002, alors en
poste à la DCRG, je rencontre à la Miviludes un diplomate, membre du comité. Il
commence à m'entretenir des sectes, comme seul un diplomate est capable de le
faire. En l'écoutant me raconter comment il a attrapé le virus «sectes» en
lisant un article de presse que sa belle-soeur lui a conseillé, pour un peu,
j'aurais l'impression qui me raconte comment il a gagné la bataille des
Ardennes ... Il continue en me disant qu'il a assisté très récemment à un
colloque sur les sectes, organisé à l'École nationale de la magistrature à
Paris. Il me parle notamment d'une présentation impres- sionnante de trois heures
consacrée à l'Église de scientologie. Et il s'étonne que ni moi ni aucun de mes
collègues de la DCRG n'ait été présent dans la salle. Devinez qui avait donné
cette fameuse conférence de trois heures sur la Scientologie ? Votre serviteur,
que le diplomate inspiré n'avait même pas reconnu ...
- Des fonctionnaires détachés
Pour le reste, il y a 7 fonctionnaires détachés à
la Miviludes par leur ministère de tutelle (cf. http://www.assemblee-nationale.fr/12/budget/plf2007/b3363-a12.asp
),
à savoir lAffaires sociales, Éducation nationale, Finances, Intérieur,...
On le voit, sur le papier, la Miviludes ne manque
pas de bras. Mais se posent alors deux questions (insidieuses, je le
reconnais).
-
Combien d'actions judiciaires ont abouti grâce aux
informations fournies par de la Miviludes ? Réponse: aucune.
-
Quant aux actions judiciaires menées à bien à
l'encontre des responsables de secte, comment diable ont-elles pu aboutir à des
condamnations sans recevoir d'informations de la Miviludes ? Réponse:
Les magistrats instructeurs et les enquêteurs de la Police judiciaire ont besoin
d'autre chose que trois pages web et deux courriels d'anciens membres pour
établir indubitablement la responsabilité pénale des gourous ; ils sont donc
allés chercher leur informations ailleurs qu'à la Miviludes.
En fait, si la Mission est incapable de trouver sa
place au sein de l'arsenal répressif français, c'est en raison d'un
manque flagrant de capacités d'analyse de l'information reçue et de production
de renseignement.
Ainsi, l'agent de liaison de la Miviludes pour le
ministère de l'intérieur se garde bien de se risquer sur ce terrain: du temps
de la DCRG (jusqu'à la mi-2008), il préférait passer des après-midi entiers à
recopier les notes de renseignement que les fonctionnaires spécialisés de la
Place Beauvau avaient pour instruction de lui laisser lire.
Par ailleurs, les seuls personnes un tant soit peu
analystes à avoir jamais travaillé à la Miviludes sont des étudiants en
troisième cycle universitaire qui n'ont fait qu'un passage éclair rue de
Bellechasse, le temps d'un rapport de stage.
C'est donc à ces différents agents de l'État et
hauts fonctionnaires que M. Georges Fenech veut confier les dossiers auxquels
vont s'abreuver les services de police et de gendarmerie de France et de Navarre
pour faire condamner les sectaires... J'entends d'ici les gourous s'esclaffer et
trinquer à leur impunité à long terme.
*
* *
La question n'est pas de savoir à quoi sert la
Miviludes aujourd'hui. On l'a vu: à rien. Il faut en revanche déterminer à quoi
servira la Miviludes à l'avenir.
De trois choses l'une:
-
Soit la Miviludes continue à faire de la collecte
quantitative de l'information. Et elle demeurera un machin
dilapidant l'argent du contribuable (c'est à dire le vôtre);
-
Soit elle se mue en organisme orienté vers
l'analyse de l'information;
-
Soit elle laisse la place à certains services de
police judiciaire adéquatement réorganisés.
Le maître mot de cette évolution nécessaire est:
Renseignement. Nous verrons ultérieurement que:
- la Miviludes refuse cette approche pour l'avenir,
- la pérennité de la lutte antisectes passe pourtant par le renseignement
criminel.